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Trump Phase II et le brun préventif du cartel de Los Sol

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Publié le 08 octobre 2025. Les États-Unis annoncent une nouvelle phase dans la lutte antidrogue, passant de la mer à la terre, tandis que le Venezuela utilise des accusations de complots pour justifier d’éventuelles répressions. Ces stratégies narratives distinctes préparent le terrain pour de futurs conflits géopolitiques.

  • La politique des grandes puissances repose sur la construction d’un récit pour légitimer des actions futures.
  • Donald Trump a déclaré la fin de la « phase maritime » de la guerre contre le trafic de drogue, annonçant une extension des opérations terrestres.
  • Jorge Rodríguez, du Venezuela, a fait état de projets d’attentats à l’explosif, une manœuvre visant à créer un alibi pour des actions répressives.

Lors d’une cérémonie marquant le 250e anniversaire de la marine américaine, le président Donald Trump a officiellement annoncé le passage à une « phase terrestre » dans la lutte contre le trafic de drogue. Cette déclaration, bien plus qu’une simple phrase accessoire, signale un changement stratégique majeur. L’objectif est de poursuivre les réseaux criminels latino-américains là où ils se cachent, une fois leur présence maritime démantelée. La première phase avait justifié une présence navale accrue dans les Caraïbes ; la seconde vise désormais les corridors terrestres traversant le Venezuela et la Colombie, transformant les frontières en une continuité tactique plutôt qu’une limite.

Plutôt que d’employer le terme « intervention », Donald Trump privilégie « persécution élargie », s’appuyant sur des arguments internes tels que les décès liés aux opioïdes et la destruction des familles. Le récit véhiculé est celui de l’autodéfense, destiné à préparer l’opinion publique à accepter des actions qui, dans un autre contexte, pourraient être perçues comme des ingérences étrangères.

Parallèlement, le régime vénézuélien adopte une stratégie divergente. Jorge Rodríguez, s’identifiant comme le « chef de dialogue et de paix du Venezuela » plutôt que comme un simple dirigeant partisan, a diffusé un message sur Telegram alléguant des projets d’attentats à l’explosif contre l’ambassade américaine à Caracas, attribués à des « secteurs extrémistes de droite ». Sans présentation de preuves concrètes, le véritable objectif de cette annonce réside dans la construction d’un scénario justifiant de futures actions répressives.

Cette tactique de création de menaces imaginaires pour légitimer des représailles réelles est un schéma classique des régimes autoritaires, observé précédemment en Tchétchénie, en Turquie ou au Bélarus. La séquence est généralement la suivante : annonce d’un complot, répression des suspects désignés, puis proclamation d’avoir sauvé la nation d’un danger fabriqué, ici qualifié de « défense préventive du pouvoir ».

Ce qui unit les approches de Washington et du régime vénézuélien est la logique de contrôle narratif préalable aux événements. Les États-Unis façonnent le cadre juridique et moral d’opérations futures, tandis que le Venezuela construit un prétexte politique pour d’éventuelles arrestations. L’une cherche à étendre sa légitimité par l’action, l’autre à préserver son impunité par la manipulation.

Les implications potentielles sont considérables. Si les États-Unis intensifient leurs opérations terrestres sur le continent, des zones comme les Catatumbo, Apure, Amazonas, Zulia et Falcón, où convergent cartels mexicains, dissidents des guérillas colombiennes et réseaux de contrebande vénézuéliens, deviendront des points chauds. Ces entités opèrent souvent avec la complaisance, voire la complicité, des structures étatiques.

La « phase II » américaine reconnaît ainsi que le trafic de drogue latino-américain n’est plus un phénomène clandestin, mais un système politico-économique imbriqué dans les appareils gouvernementaux. Dans ce contexte, la distinction entre sécurité hémisphérique et souveraineté nationale s’estompe.

Face à cette éventualité, le régime vénézuélien privilégie une réponse narrative à une confrontation militaire. Il s’agit de trouver une justification pour qualifier ses opposants de « terroristes », « agents étrangers » ou « conspirateurs ». L’invention d’attaques imminentes fournit ce prétexte, permettant de criminaliser journalistes, militants ou chefs de toute opposition sous couvert de protection de la sécurité diplomatique. L’existence de l’ennemi devient secondaire par rapport à la fonction politique qu’il remplit.

Le régime de Nicolás Maduro sait qu’il ne peut empêcher une offensive américaine, mais cherche à en accroître le coût diplomatique en projetant un soutien externe. Les contacts avec Moscou, par exemple, ne visent pas une aide militaire concrète mais un écho symbolique renforçant l’illusion d’un bloc anti-américain. La Russie, sans envoyer de troupes, offre une ombre suffisante pour maintenir un récit de défi.

Il en résulte une confrontation où deux récits s’alimentent mutuellement. Washington renforce sa légitimité à agir au-delà des Caraïbes, tandis que le régime vénézuélien consolide sa légitimité à réprimer hors la loi. Dans cette nouvelle ère de conflits, la guerre se mène autant avec des mots soigneusement choisis qu’avec des armes. La « guerre de cinquième génération » vise non pas la conquête de territoires, mais le contrôle de l’imaginaire collectif. Celui qui maîtrise le récit d’un conflit finira par en contrôler l’issue.

Le Venezuela est aujourd’hui un laboratoire de ce différend mondial, un espace où la sémantique du pouvoir redéfinit les limites de la force et où chaque déclaration publique anticipe un mouvement géopolitique. La phase II n’a pas débuté par des coups de feu, mais par des récits. Les armes sont symboliques, les tranchées sont des écrans, et les victoires se mesurent en perception.

La bataille ne se déroule pas dans les montagnes ou les villes, mais dans l’esprit des soutiens du régime – instillant peur, protégeant la réputation, imposant l’obéissance. Dans ce domaine invisible, une décision individuelle – refuser de tirer, de signer, de se taire – peut avoir plus de poids qu’un bataillon. Comprendre comment se gagne une guerre sans chars, c’est aussi comprendre comment un système qui ne parvient plus à soutenir sa propre narration est voué à disparaître.

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