Home Santé Tumeurs enrobées de sucre : une nouvelle cible du cancer du pancréas

Tumeurs enrobées de sucre : une nouvelle cible du cancer du pancréas

0 comments 51 views

Publié le 2025-11-05 14:32:00. Des chercheurs de Northwestern Medicine ont découvert une stratégie d’évasion immunitaire jusqu’alors méconnue des tumeurs pancréatiques : un « déguisement » sucré qui rend les cellules cancéreuses invisibles aux défenses de l’organisme. Une nouvelle approche thérapeutique par anticorps vise désormais à déjouer cette ruse moléculaire pour relancer l’attaque immunitaire.

  • Les tumeurs pancréatiques camouflent une protéine de surface avec un sucre, l’acide sialique, afin d’envoyer un signal « ne pas attaquer » aux cellules immunitaires.
  • Cette dissimulation empêche le système immunitaire de reconnaître et d’éliminer les cellules cancéreuses, contribuant à la résistance du cancer du pancréas aux traitements.
  • Une thérapie expérimentale par anticorps monoclonal a réussi, dans des modèles précliniques, à bloquer cette interaction et à réactiver les cellules immunitaires contre les tumeurs.

Le cancer du pancréas, l’une des formes les plus létales de la maladie, est notoirement difficile à traiter, avec un faible taux de survie à cinq ans (environ 13 %) et une résistance particulière aux immunothérapies. Une des raisons majeures réside dans la capacité des tumeurs à échapper à la surveillance du système immunitaire. Une étude récente, publiée dans Cancer Research, a mis au jour le mécanisme précis de cette évasion : un « déguisement » moléculaire à base de sucre.

L’équipe de Northwestern Medicine, après six ans de recherches, a identifié que les tumeurs pancréatiques utilisent un mécanisme de défense naturel des cellules saines. Normalement, la présence d’acide sialique à la surface des cellules indique au système immunitaire de ne pas intervenir. Les cellules cancéreuses du pancréas sur-activent ce mécanisme en recouvrant d’acide sialique une protéine spécifique, l’intégrine α3β1. Cette dernière peut alors se lier à un récepteur immunitaire, le Siglec-10, déclenchant un signal « de retrait » qui paralyse la réponse immunitaire.

« En bref, la tumeur s’enveloppe de sucre – un geste classique de déguisé en loup – pour échapper à la surveillance immunitaire », explique Mohamed Abdel-Mohsen, auteur principal de l’étude et professeur agrégé de médecine à la Feinberg School of Medicine de l’Université Northwestern.

Réactiver le système immunitaire

Face à ce constat, les chercheurs ont développé des anticorps monoclonaux conçus pour bloquer spécifiquement cette interaction sucre-protéine. Les tests menés en laboratoire et sur des modèles murins ont montré des résultats encourageants : les anticorps ont réussi à « réveiller » les cellules immunitaires, qui ont alors commencé à attaquer activement les cellules tumorales. Par conséquent, la croissance des tumeurs chez les souris traitées a été significativement ralentie par rapport au groupe témoin.

« Il a fallu environ six ans à notre équipe pour découvrir ce nouveau mécanisme, développer les bons anticorps et les tester. Le voir fonctionner a été une avancée majeure. »

Mohamed Abdel-Mohsen, professeur agrégé de médecine

Le processus de développement de ces anticorps a nécessité un criblage minutieux de milliers de cellules productrices d’anticorps (hybridomes) avant d’identifier ceux qui présentaient l’efficacité souhaitée. « Il existe de solides arguments scientifiques pour croire que la thérapie combinée nous permettra d’atteindre notre objectif ultime : une rémission complète. Nous ne voulons pas seulement une réduction ou un ralentissement de la tumeur de 40 pour cent. Nous voulons éliminer complètement le cancer », souligne le professeur Abdel-Mohsen.

Vers les essais cliniques

L’équipe travaille actuellement à l’optimisation de ces anticorps pour une utilisation chez l’humain et prépare les premières études cliniques visant à évaluer leur sécurité et à déterminer les dosages appropriés. Parallèlement, des recherches sont menées pour tester l’association de cette nouvelle thérapie avec les traitements de chimiothérapie et d’immunothérapie existants. Un test compagnon est également en cours de développement pour identifier chez les patients les tumeurs qui dépendent de cette voie métabolique sucrée.

Si les progrès se maintiennent, le professeur Abdel-Mohsen estime qu’une telle thérapie pourrait être accessible aux patients dans un délai d’environ cinq ans.

« L’équipe peaufine actuellement l’anticorps pour un usage humain et planifie les premières études de sécurité et de dosage. »

Au-delà du cancer du pancréas, ces découvertes pourraient avoir des implications plus vastes. Les chercheurs envisagent d’explorer si des mécanismes d’évasion similaires basés sur le sucre sont à l’œuvre dans d’autres cancers difficiles à traiter, comme le glioblastome, ainsi que dans des maladies non cancéreuses où le système immunitaire est dérégulé. « Nous ne faisons qu’effleurer la surface de ce domaine », conclut le professeur Abdel-Mohsen. « Chez Northwestern, nous sommes en mesure de transformer ces connaissances basées sur le sucre en de véritables traitements contre le cancer, les maladies infectieuses et les affections liées au vieillissement. »

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.