L’artiste italien Lorenzo Marini explore les frontières entre langage et image, transformant les lettres en icônes contemporaines et en objets d’art à part entière. Son travail, qui questionne la place de l’originalité à l’ère de l’intelligence artificielle, interroge notre rapport à la beauté, à la communication et à la permanence dans un monde saturé d’images.
Marini, dont les créations ont récemment été exposées à l’archive d’État centrale, où une œuvre de 6 mètres sur 2,50 mètres est désormais exposée en permanence, considère que les lettres ont perdu leur fonction première de vecteurs de sens. « Je vois les lettres comme de nouveaux symboles contemporains, détachées de la logique de la fonction », explique-t-il. « Elles peuvent devenir des faits individuels. »
Issu du monde de la publicité, où l’objectif est de communiquer pour vendre, Marini a choisi de se consacrer à l’art, où l’imagination et la liberté priment. Il conçoit désormais des « marques et des logos qui ne représentent aucun produit », une démarche qui souligne sa volonté de créer pour le simple plaisir de créer. « L’art doit d’abord nourrir l’âme », affirme-t-il, « le portefeuille vient ensuite. »
L’artiste souligne la tension entre la demande du marché pour la répétition et le besoin d’évolution inhérent à la création artistique. Il estime que la stagnation est une « antiquité psychologique » et que l’innovation est essentielle pour rester fidèle à son inspiration. À l’heure où l’intelligence artificielle est capable de générer une infinité de formes visuelles, Marini insiste sur l’importance de l’originalité pour se démarquer du « bruit » ambiant.
Marini accorde également une attention particulière à la valeur esthétique des lettres elles-mêmes. Il les considère comme des entités dotées d’une âme propre, et s’interroge sur la lettre qui représente le mieux la condition humaine. Il affectionne particulièrement la lettre « N », qu’il décrit comme une figure évoquant « deux triangles amoureux ». « Tout a une âme », assure-t-il, « même les plantes souffrent lorsqu’elles sont coupées. »
Interrogé sur l’avenir de la perception visuelle, Marini estime que nous vivons une ère de narration perpétuelle, où les images deviennent de plus en plus immersives. Cependant, il souligne que l’esprit reste le véritable générateur de sens, et que les idées précèdent toujours la matière. Il anticipe que, face à la standardisation croissante, l’imperfection et l’unicité seront de plus en plus valorisées.
Enfin, Marini se montre prudent quant à l’idée d’une nouvelle Renaissance. Il estime que nous vivons une époque d’incertitude et de peur, et que le véritable renouveau ne viendra que lorsque le courage reviendra. « L’originalité coupe le bruit », conclut-il, résumant ainsi l’essence de son travail.