Publié le 2025-10-30 10:40:00. La police de Delhi s’oppose fermement à la libération sous caution de cinq militants impliqués dans les émeutes de 2020, les accusant d’avoir délibérément retardé le procès et d’avoir fomenté une rébellion à l’échelle nationale.
- La police estime que les accusés tentent de se présenter en victimes face à une détention prolongée, alors qu’ils seraient eux-mêmes responsables des reports judiciaires.
- Un affidavit déposé auprès de la Cour suprême dénonce un complot visant à saper l’intégrité du pays et à inciter à la violence armée.
- Des allégations spécifiques sont détaillées concernant le rôle présumé d’Umar Khalid, Sharjeel Imam, Meeran Haider, Gulfisha Fatima et Shifa Ur Rehman dans l’organisation des troubles.
Dans une déclaration solennelle adressée à la Cour suprême, la police de Delhi a vivement contesté toute libération sous caution pour Umar Khalid, Sharjeel Imam, Meeran Haider, Gulfisha Fatima et Shifa Ur Rehman, tous poursuivis dans le cadre d’une vaste affaire de conspiration liée aux émeutes qui ont secoué la capitale indienne en 2020. Selon les autorités policières, les prévenus instrumentalisent leur longue incarcération pour invoquer la « carte de la victime », occultant ainsi leur propre rôle dans les retards répétés du procès.
L’affidavit déposé par la police soutient qu’aucun motif valable de libération sous caution ne peut être invoqué sur la base de ces délais. Les requérants, au contraire, seraient les principaux instigateurs de ces ajournements, motivés par des intentions jugées « de mauvaise foi et malveillantes ». La police a souligné un passage clé de sa déclaration :
« Aucun motif de libération sous caution n’a été avancé par les pétitionnaires. Il est avancé qu’il n’incombe pas aux requérants qui, pour des raisons malhonnêtes et malveillantes, ont retardé le début du procès, de venir jouer la carte de la victime et de demander une libération sous caution au motif d’une incarcération prolongée ».
Une tentative de déstabilisation nationale mise en lumière
La police de Delhi a en outre affirmé que la conduite des accusés, conjuguée à des preuves « irréfutables et visibles », les prive de tout droit à demander une libération conditionnelle. L’affidavit détaille la gravité de la conspiration présumée :
« La conspiration ourdie, nourrie et exécutée par le pétitionnaire visait à frapper au cœur même de la souveraineté et de l’intégrité du pays en détruisant l’harmonie communautaire ; incitant la foule non seulement à abroger l’ordre public, mais aussi à l’inciter à la rébellion armée ».
Les investigations menées par la police suggèrent que les prévenus auraient eu l’ambition de répliquer et d’exécuter ce complot à l’échelle de toute l’Inde. Les autorités ont déclaré :
« Les preuves enregistrées suggèrent que le complot en question visait à être reproduit et exécuté par PAN India. Aucune liberté sous caution ne peut être accordée aux pétitionnaires pour avoir commis un délit odieux de la plus haute importance, attaquant les racines mêmes de l’intégrité et de la souveraineté du pays ».
Pour étayer leur argumentation, la police de Delhi s’est également appuyée sur des observations antérieures de la Haute Cour de Delhi, formulées dans le cadre d’une affaire similaire, qui attribuaient déjà la responsabilité des retards de procédure aux accusés eux-mêmes. Une décision rendue par la Haute Cour de Delhi le 2 septembre dernier avait d’ailleurs rejeté les demandes de libération sous caution d’Umar Khalid et d’autres.
Des accusations précises contre les militants
L’affidavit détaille les rôles présumés de chaque accusé. Umar Khalid est présenté comme le principal instigateur des émeutes, ayant notamment encadré Sharjeel Imam dans la planification initiale des violences. Les discussions sur WhatsApp de ce dernier, datant de décembre 2019, seraient la preuve de son implication active. La police allègue qu’Umar Khalid aurait conceptualisé le blocage des routes (« chakka jam ») comme un moyen de provoquer des émeutes, distinct des manifestations pacifiques, et aurait mis en œuvre cette idée via Sharjeel Imam et Asif Iqbal Tanha, entraînant la création de sites de protestation à Shaheen Bagh et Jamia. Des violences auraient éclaté dès le 13 décembre 2019 lors d’une manifestation à Jamia, causant des blessés parmi les civils et les forces de l’ordre.
Il est également allégué qu’en janvier 2020, Umar Khalid aurait tenu une réunion secrète à Seelampur avec Gulfisha Fatima, Natasha Narwal, Devangana Kalita et d’autres, leur demandant de mobiliser les femmes locales pour stocker des armes et du matériel afin d’attiser la violence. Face à l’échec de ce plan, Khalid aurait ensuite fait appel à des femmes de Jahangirpuri pour participer aux manifestations de Jaffrabad et intensifier les troubles.
Gulfisha Fatima est accusée d’avoir joué un rôle central de coordinatrice locale dans la transformation de sit-in pacifiques en manifestations violentes. Meeran Haider, en tant que membre du comité de coordination de Jamia, aurait supervisé plusieurs sites de protestation jour et nuit, collecté des fonds et encouragé les manifestants à s’attaquer à la police et aux non-musulmans. Quant à Shifa-Ur-Rehman, il est accusé d’avoir organisé et financé des manifestations sous couvert de contestation contre la loi sur la citoyenneté (CAA) et le registre national des citoyens (NRC). En sa qualité de président de l’association des anciens élèves de Jamia, il aurait reçu et distribué des fonds pour soutenir les campements de protestation, qui auraient culminé avec les émeutes dans le nord-est de Delhi entre le 23 et le 26 février 2020.
La Cour suprême, composée des juges Aravind Kumar et NV Anjaria, doit examiner demain les requêtes déposées par Khalid et ses coaccusés suite au jugement de la Haute Cour de Delhi du 2 septembre, qui leur avait refusé la libération sous caution. Lors de la dernière audience, le 27 octobre, le juge Kumar avait d’ailleurs souligné que les accusés étaient détenus depuis plus de cinq ans, interrogeant implicitement le solicitor général adjoint SV Raju sur la possibilité d’une libération sous caution motivée par la durée de la détention.