Publié le 05/11/2025 – 9h00 GMT+1. Une découverte prometteuse émerge des laboratoires : un antibiotique couramment prescrit, la doxycycline, pourrait jouer un rôle inattendu dans la prévention de la schizophrénie chez certains adolescents, selon une étude préliminaire. Ces recherches ouvrent la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques pour ce trouble mental complexe.
Une nouvelle étude, parue dans le prestigieux Journal américain de psychiatrie, suggère qu’un traitement à base de doxycycline, un antibiotique largement utilisé pour ses propriétés anti-infectieuses et son action sur l’acné, pourrait réduire le risque de développer la schizophrénie chez les jeunes. Les résultats, qualifiés de « préliminaires mais encourageants » par l’équipe de recherche, ont suscité un vif intérêt dans la communauté scientifique.
La schizophrénie, qui affecte environ 23 millions de personnes à travers le monde, est une maladie psychique débilitante caractérisée par des psychoses, des délires, des hallucinations et des troubles cognitifs marqués. Elle se manifeste généralement au début de l’âge adulte et, bien que contrôlable par des traitements médicamenteux, demeure incurable à ce jour.
Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs ont analysé les données de plus de 56 000 adolescents en Finlande. Parmi eux, plus de 16 000 avaient reçu une prescription de doxycycline. L’étude, qui ne constituait pas un essai randomisé contrôlé, ne permet pas d’établir un lien de causalité définitif. Néanmoins, les scientifiques émettent l’hypothèse que la doxycycline pourrait agir en diminuant l’inflammation cérébrale et en modulant l’élagage synaptique, un processus naturel où le cerveau élimine les connexions neuronales superflues. Des anomalies dans ce processus ont déjà été associées à la schizophrénie.
« Ces résultats constituent un signal important pour étudier plus en profondeur l’effet protecteur de la doxycycline et d’autres traitements anti-inflammatoires chez les adolescents psychiatriques. »
Ian Kelleher, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université d’Édimbourg et auteur principal de l’étude
Selon Ian Kelleher, cette approche pourrait « potentiellement réduire le risque de développer une maladie mentale grave à l’âge adulte ». Cependant, des experts indépendants appellent à la prudence dans l’interprétation de ces conclusions.
« De nombreux autres traitements ont montré des signes prometteurs à un stade précoce et n’ont finalement pas réussi à s’avérer efficaces dans des essais à grande échelle. »
Dominic Oliver, chercheur en psychiatrie à l’Université d’Oxford
Dominic Oliver, qui n’a pas participé à l’étude, souligne la nécessité de recherches approfondies pour confirmer ces premières observations. De même, Katharina Schmack, médecin et chercheuse en psychose à l’Institut Francis Crick au Royaume-Uni, tout en reconnaissant la significativité statistique des conclusions, tempère l’impact clinique.
« Quinze ans après le traitement à la doxycycline, au lieu d’environ cinq personnes sur 100, il y aurait désormais environ deux à trois personnes sur 100 qui développeraient la schizophrénie. »
Katharina Schmack, médecin et chercheuse en psychose à l’Institut Francis Crick
Malgré la modestie des chiffres absolus, Katharina Schmack estime que ces résultats devraient orienter les futures recherches sur le développement cérébral, l’inflammation et les processus biologiques influençant le risque de schizophrénie.
« Découvrir des associations cliniques dans des études comme celle-ci est important car cela peut guider les futures investigations biologiques. »
Katharina Schmack, médecin et chercheuse en psychose à l’Institut Francis Crick
Ces travaux ouvrent ainsi de nouvelles perspectives pour mieux comprendre et potentiellement prévenir l’apparition de troubles psychiatriques complexes chez les jeunes.