Publié le 13 février 2026 à 15h02. Des recherches récentes suggèrent que la démence ne serait pas uniquement une maladie du cerveau, mais pourrait être liée à un ensemble de pathologies périphériques, ouvrant de nouvelles pistes pour la prévention et le traitement.
- Jusqu’à un tiers des cas de démence pourraient être liés à des maladies affectant d’autres organes que le cerveau.
- Une étude mondiale a identifié 16 pathologies périphériques corrélées à un risque accru de démence, dont la parodontite, les maladies du foie, la perte auditive et le diabète de type 2.
- Ces découvertes remettent en question l’approche traditionnelle de la démence, centrée uniquement sur le cerveau, et soulignent l’importance d’une prévention proactive des maladies périphériques.
La démence, qui touche près de 19 millions de personnes dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé, est traditionnellement considérée comme une maladie neurologique. Cependant, une revue systématique de plus de 200 études, menée par des scientifiques de l’Université Sun Yat-sen en Chine, révèle une image plus complexe. Les résultats suggèrent que le déclin cognitif pourrait être influencé par des affections touchant d’autres parties du corps.
L’étude a identifié jusqu’à 16 pathologies périphériques potentiellement impliquées dans le développement de la démence. Les cinq affections les plus fortement corrélées à un risque accru sont la parodontite (maladie des gencives), les maladies chroniques du foie, la perte auditive, la perte de vision et le diabète de type 2. D’autres affections, telles que l’arthrose, les maladies rénales, les maladies cardiovasculaires, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et les maladies inflammatoires à médiation immunitaire, comme la sclérose en plaques et la maladie inflammatoire de l’intestin, présentent également des corrélations, bien que plus faibles.
Il est important de souligner que cette étude ne prouve pas un lien de causalité direct. Cependant, les auteurs, dont les conclusions sont publiées dans la revue Comportement humain, soulignent que leurs résultats « indiquent le potentiel d’atténuer l’incidence de la démence par une prévention proactive des maladies périphériques ». Cette approche pourrait s’avérer cruciale, car de nombreux traitements ciblant directement le cerveau ont jusqu’à présent échoué à inverser ou à ralentir la progression de la maladie.
Des recherches antérieures ont déjà mis en évidence des liens entre la démence et divers problèmes de santé périphériques, notamment les pics de glycémie, le diabète de type 2, la perte auditive, les problèmes de vision, l’inflammation intestinale et la parodontite. Des études récentes suggèrent même que l’utilisation d’appareils auditifs pourrait aider à prévenir la démence, et que le traitement de la cirrhose du foie pourrait permettre à certains patients d’éviter le déclin cognitif. Certains médicaments utilisés pour traiter le diabète ou les problèmes d’insuline pourraient également avoir un impact positif sur la santé cérébrale.
Les scientifiques ne comprennent pas encore pleinement les mécanismes qui relient la démence à ces autres pathologies. Ils supposent que le cerveau, bien que protégé par une barrière hémato-encéphalique, reste étroitement connecté aux organes périphériques par des axes complexes, tels que l’axe cerveau-intestin, l’axe cerveau-os et l’axe cerveau-immunité. Il devient donc de plus en plus difficile pour les neuroscientifiques de se concentrer uniquement sur le cerveau.
Selon le neuroscientifique Donald Weaver, de l’Université de Toronto, la démence pourrait être davantage un trouble immunologique qu’une maladie purement neurologique. Il a écrit que son laboratoire, entre autres, se concentre sur cette nouvelle théorie, car le système immunitaire est présent dans tout le corps et son dysfonctionnement pourrait avoir des conséquences généralisées, similaires aux symptômes de la démence. D’autres scientifiques suggèrent que la démence pourrait être liée à un problème métabolique, causé par une production d’énergie défectueuse dans les cellules.
En conclusion, considérer la démence uniquement comme une maladie du cerveau pourrait être une simplification excessive. Aucun cerveau n’est une île, et une approche plus holistique, tenant compte de l’ensemble du corps, pourrait être essentielle pour prévenir et traiter cette maladie complexe.