Home Santé Un délinquant sexuel subit une opération chirurgicale complète en matière de genre. Doit-elle être transférée dans une prison pour femmes ?

Un délinquant sexuel subit une opération chirurgicale complète en matière de genre. Doit-elle être transférée dans une prison pour femmes ?

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Publié le 18 février 2026 à 12h32. Une femme transgenre incarcérée depuis plus de deux décennies pour des crimes sexuels demande à être transférée d’une prison pour hommes vers un établissement pour femmes après avoir subi une opération de réassignation sexuelle, une requête qui soulève des questions complexes de sécurité et de droits.

  • Amanda Cooper, condamnée comme délinquante dangereuse, souhaite être transférée dans une prison pour femmes suite à une opération chirurgicale de réassignation sexuelle.
  • Le Service correctionnel du Canada (SCC) s’oppose à ce transfert, invoquant un risque de récidive et des antécédents de comportement obsessionnel envers le personnel féminin.
  • L’affaire sera examinée devant la Cour fédérale, l’avocate de Cooper arguant que sa situation correspond désormais à la définition du sexe féminin selon la politique correctionnelle.

Amanda Cooper, 58 ans, est emprisonnée depuis 2001 pour des agressions sexuelles commises contre plusieurs femmes. Après avoir subi une opération de réassignation sexuelle en septembre 2024 – incluant la création d’un vagin et la formation de seins – elle réclame son transfert vers un établissement pénitentiaire pour femmes. Selon ses dossiers correctionnels, elle est désormais reconnue comme étant de sexe féminin.

Le Service correctionnel du Canada s’y oppose fermement. Dans des documents déposés devant les tribunaux, les responsables correctionnels mettent en avant le risque de récidive de Cooper et son historique de « liens obsessionnels » avec le personnel féminin, estimant qu’elle représenterait un « risque très élevé pour la sécurité » des autres détenues. Cooper est actuellement incarcérée à l’établissement Millhaven, une prison à sécurité maximale pour hommes située près de Kingston, en Ontario.

Son avocate, Jessica Rose, de PATH Legal, plaidera devant la Cour fédérale la semaine prochaine pour obtenir un transfert immédiat. Elle s’appuie sur une directive du commissaire du SCC datant de 2022, qui stipule que le sexe d’un détenu est « déterminé uniquement par ses organes génitaux actuels ». Rose estime que cette directive devrait impliquer l’hébergement de Cooper en fonction de son sexe actuel.

« De notre point de vue, l’identité de genre d’Amanda et ses organes génitaux s’alignent. Elle est physiquement une femme, elle s’identifie comme une femme. Elle a subi une opération de confirmation de genre complète. Il n’y a donc aucune base légale pour que le SCC la maintienne dans une prison pour hommes, quelles que soient les considérations de sécurité sur lesquelles il peut s’appuyer. »

Jessica Rose, avocate chez PATH Legal

L’affaire Cooper est d’autant plus particulière qu’elle est l’une des rares détenues sous responsabilité fédérale à avoir subi une opération chirurgicale complète de réassignation sexuelle, et l’une des rares à se voir refuser un transfert dans une prison pour femmes après cette intervention. Entre mars 2017 et mars 2025, 129 demandes de transfert vers des établissements pour femmes ont été reçues de la part de détenus assignés hommes à la naissance, selon les chiffres du SCC. Environ trente d’entre elles ont été approuvées, 72 ont été refusées et 22 ont été retirées.

Les détenus de divers genres représentent environ 1 % de la population carcérale fédérale. En octobre dernier, 90 femmes s’identifiaient comme transgenres, dont une douzaine au maximum avaient subi une opération chirurgicale de réassignation sexuelle. Dix-sept étaient incarcérées dans des établissements pour femmes, tandis que 73 se trouvaient en prison pour hommes.

Rose décrit la situation actuelle de sa cliente comme un isolement auto-imposé. Cooper séjourne dans une unité d’intervention structurée – remplaçant l’isolement cellulaire depuis 2019 – et affirme avoir été victime d’intimidation et de menaces de la part d’autres détenus, allant jusqu’à une agression sexuelle. Elle craint pour sa sécurité physique et a été la cible de propos dénigrants.

« Je suis une femme avec un vagin dans une prison pour hommes. Vous pensez que je suis en sécurité ici ? »

Amanda Cooper, via son avocate

Le SCC exprime de vives inquiétudes quant à un éventuel transfert. Cooper a passé une grande partie de sa détention fédérale, jusqu’en 2018, dans une unité spéciale de détention à sécurité maximale au Québec, après avoir menacé d’agresser sexuellement et de tuer du personnel féminin. Un agent de libération conditionnelle a récemment noté une augmentation de son comportement verbalement agressif envers le personnel féminin.

Le SCC estime que les traitements hormonaux et l’opération de réassignation sexuelle n’ont pas atténué le risque de récidive de Cooper. Elle nie que son comportement actuel soit lié à ses pulsions passées, affirmant que ces dernières appartiennent à son « moi décédé », une attitude que le SCC juge problématique car elle ne prend pas ses responsabilités.

Le SCC souligne également que les prisons pour femmes sont gérées différemment de celles pour hommes, avec moins de surveillance et des espaces de vie plus ouverts. L’introduction de Cooper nécessiterait des mesures de sécurité importantes qui pourraient créer un climat d’inquiétude et de peur parmi les autres détenues.

Heather Mason, cofondatrice de l’organisation Canadian Women’s Sex-Based Rights, qui poursuit le gouvernement fédéral en justice concernant sa politique sur les détenus transgenres, estime que Cooper ne devrait pas être transférée. Elle insiste sur le fait que la chirurgie ne prévient pas la violence sexuelle et que l’évaluation du risque de Cooper par le SCC doit primer sur son anatomie.

« La chirurgie ne prévient pas la violence sexuelle. Le Service correctionnel du Canada a déjà déclaré que le comportement de cet individu et son historique en font un risque élevé pour les femmes. Cette évaluation compte bien plus que l’anatomie. »

Heather Mason, cofondatrice de Canadian Women’s Sex-Based Rights

Le SCC a refusé de commenter spécifiquement le cas de Cooper. Dans un communiqué, un porte-parole a réaffirmé son engagement à respecter l’identité et l’expression de genre conformément à la Loi canadienne sur les droits de la personne, tout en soulignant que les demandes de transfert peuvent être refusées si des problèmes de santé ou de sécurité ne peuvent être atténués efficacement. Les détenus insatisfaits peuvent faire appel des décisions par le biais des mécanismes internes du SCC, ainsi qu’auprès de la Commission canadienne des droits de la personne et du Bureau de l’enquêteur correctionnel.

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