Home Santé Un édulcorant courant peut endommager la barrière cérébrale critique et risquer un accident vasculaire cérébral : ScienceAlert

Un édulcorant courant peut endommager la barrière cérébrale critique et risquer un accident vasculaire cérébral : ScienceAlert

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Publié le 9 février 2026 23:03:00. Longtemps présenté comme une alternative saine au sucre, l’érythritol, un édulcorant très répandu, pourrait en réalité fragiliser une barrière protectrice essentielle du cerveau, avec des conséquences potentielles sur le risque d’accidents vasculaires cérébraux et de problèmes cardiaques.

  • Une étude de l’Université du Colorado suggère que l’érythritol peut endommager les cellules de la barrière hémato-encéphalique, un système de sécurité crucial pour le cerveau.
  • Des recherches observationnelles antérieures avaient déjà établi un lien entre la consommation d’érythritol et une augmentation des risques de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux.
  • L’érythritol perturbe l’équilibre délicat des vaisseaux sanguins, réduisant la production d’oxyde nitrique (qui les détend) et augmentant l’endothéline-1 (qui les contracte).

L’érythritol, présent dans de nombreux produits alimentaires comme les barres protéinées et les boissons énergétiques, est depuis longtemps considéré comme une option sans danger pour les personnes souhaitant réduire leur consommation de sucre. Cependant, de nouvelles recherches remettent en question cette perception. Une étude récente menée par l’Université du Colorado révèle que cet édulcorant pourrait avoir des effets néfastes sur la barrière hémato-encéphalique, une structure vitale qui protège le cerveau des substances nocives tout en permettant le passage des nutriments essentiels.

Les résultats de cette étude corroborent des observations antérieures, publiées notamment dans la revue Nature, qui avaient déjà mis en évidence un lien entre la consommation d’érythritol et une augmentation des risques de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux. Les chercheurs ont exposé des cellules de la barrière hémato-encéphalique à des concentrations d’érythritol couramment retrouvées après la consommation d’une boisson gazeuse édulcorée. Ils ont alors observé une cascade de dommages cellulaires qui pourraient rendre le cerveau plus vulnérable à la formation de caillots sanguins, une cause majeure d’accidents vasculaires cérébraux.

L’érythritol induit ce que les scientifiques appellent un stress oxydatif, inondant les cellules de radicaux libres – des molécules instables et potentiellement nocives – tout en affaiblissant les défenses antioxydantes naturelles de l’organisme. Cette double agression compromet la capacité des cellules à fonctionner correctement et peut même entraîner leur mort. Mais l’impact le plus préoccupant pourrait être celui de l’érythritol sur la capacité des vaisseaux sanguins à réguler le flux sanguin.

Les vaisseaux sanguins sains agissent comme des régulateurs de la circulation, se dilatant pour répondre aux besoins accrus en oxygène des organes (par exemple, pendant l’exercice) et se contractant lorsque ces besoins diminuent. Cet équilibre est maintenu grâce à deux molécules clés : l’oxyde nitrique, qui favorise la relaxation des vaisseaux sanguins, et l’endothéline-1, qui les contracte. L’étude a démontré que l’érythritol perturbe ce système, réduisant la production d’oxyde nitrique tout en augmentant celle d’endothéline-1. Le résultat pourrait être un rétrécissement persistant des vaisseaux sanguins, privant potentiellement le cerveau d’oxygène et de nutriments.

Ce déséquilibre est un signe précoce connu d’accident vasculaire cérébral ischémique – le type causé par un blocage des vaisseaux cérébraux par des caillots sanguins. Plus inquiétant encore, l’érythritol semble entraver les mécanismes naturels de l’organisme destinés à dissoudre ces caillots. Normalement, lorsque des caillots se forment, les cellules libèrent un « anti-caillot » appelé activateur tissulaire du plasminogène, qui permet de débloquer les vaisseaux avant qu’un accident vasculaire cérébral ne survienne. Or, l’étude révèle que l’érythritol bloque ce processus protecteur, laissant les caillots sanguins libres de causer des dommages.

Ces résultats de laboratoire sont corroborés par des études menées sur des humains. Plusieurs études observationnelles à grande échelle ont montré que les personnes consommant régulièrement de l’érythritol présentent un risque significativement plus élevé de maladies cardiovasculaires, notamment de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux. Une étude majeure, ayant suivi des milliers de participants, a révélé que ceux qui avaient les taux sanguins d’érythritol les plus élevés étaient environ deux fois plus susceptibles de subir un événement cardiaque majeur.

Il est important de noter que cette recherche présente certaines limites. Les expériences ont été menées sur des cellules isolées en laboratoire, et non sur des vaisseaux sanguins complets. Les scientifiques reconnaissent donc qu’il est nécessaire de réaliser des tests plus sophistiqués, utilisant des systèmes de « vaisseaux sanguins sur puce » qui imitent plus fidèlement la physiologie humaine, afin de confirmer ces effets.

Ces découvertes sont d’autant plus importantes que l’érythritol se distingue des autres édulcorants. Contrairement aux édulcorants artificiels comme l’aspartame ou le sucralose, l’érythritol est techniquement un polyol – un composé naturel produit en petites quantités par l’organisme. Cette classification lui a permis d’échapper aux récentes recommandations de l’Organisation mondiale de la santé qui déconseillaient l’utilisation d’édulcorants artificiels pour la gestion du poids.

L’érythritol a également gagné en popularité auprès des fabricants de produits alimentaires car il se comporte davantage comme du sucre que d’autres alternatives. Alors que le sucralose est 320 fois plus sucré que le sucre, l’érythritol n’offre qu’environ 80 % de la douceur du sucre, ce qui le rend plus facile à utiliser dans les recettes sans altérer excessivement le goût. On le retrouve aujourd’hui dans des milliers de produits, y compris de nombreux aliments « sans sucre » et « adaptés aux régimes cétogènes ».

Les agences de réglementation, telles que l’Agence européenne de sécurité des aliments et la Food and Drug Administration américaine, ont approuvé l’érythritol comme étant sûr pour la consommation. Cependant, ces nouvelles recherches s’ajoutent à un nombre croissant d’études suggérant que même les alternatives « naturelles » au sucre peuvent comporter des risques inattendus pour la santé. Ces résultats soulèvent des questions importantes pour les consommateurs concernant les compromis liés à la substitution du sucre. Si les édulcorants comme l’érythritol peuvent être utiles pour la gestion du poids et la prévention du diabète, en aidant à réduire l’apport calorique et à stabiliser la glycémie, une consommation régulière pourrait affaiblir les barrières protectrices du cerveau et augmenter le risque cardiovasculaire.

Cette recherche met en lumière un défi majeur en science nutritionnelle : comprendre les effets à long terme des additifs alimentaires relativement nouveaux, qui sont devenus omniprésents dans l’alimentation moderne. Bien que l’érythritol puisse aider à éviter les effets néfastes d’une consommation excessive de sucre, son impact sur la barrière hémato-encéphalique suggère qu’une utilisation fréquente pourrait compromettre discrètement la protection du cerveau au fil du temps. Les consommateurs pourraient donc être amenés à reconsidérer leur relation avec cet édulcorant apparemment inoffensif et à se demander si une alternative au sucre est réellement sans risque.

Havovi Chichger, Professeur de sciences biomédicales, Université Anglia Ruskin

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Une version antérieure de cet article a été publiée en juillet 2025.

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