Publié le 2025-10-20 17:03:00. Une percée technologique redonne l’espoir aux personnes atteintes de dégénérescence maculaire. Un implant électronique, associé à des lunettes de réalité augmentée, permet à des patients souffrant de perte sévère de la vision centrale de retrouver la capacité de lire.
- L’étude européenne a montré que 84% des participants ont pu distinguer lettres et chiffres grâce à un implant rétinien.
- Cette innovation s’adresse aux personnes souffrant d’atrophie géographique, une conséquence de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).
- Le dispositif PRIMA, une micropuce ultrafine, est implanté sous la rétine et fonctionne en tandem avec des lunettes spécialisées.
Une avancée significative dans la restauration de la vision centrale a été rapportée à l’issue d’un essai clinique mené en Europe. Pour la première fois, des patients atteints d’atrophie géographique, une forme avancée de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) entraînant une perte de vision irréversible, ont pu recouvrer leur capacité à lire. Les résultats de cette étude, publiés dans The New England Journal of Medicine, sont porteurs d’un immense espoir pour les millions de personnes affectées par cette pathologie.
L’essai clinique a concerné 38 volontaires souffrant d’une perte sévère de leur vision centrale, au point de ne plus pouvoir identifier de symboles, même sur un tableau d’acuité visuelle. Grâce à l’implantation d’un dispositif électronique innovant et au port de lunettes de réalité augmentée, 32 d’entre eux ont retrouvé la faculté de lire des lettres, des chiffres et des mots. Ce succès, obtenu avec 84% des participants, ouvre de nouvelles perspectives pour améliorer leur qualité de vie et leur autonomie.

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est une maladie qui affecte la macula, la partie centrale de la rétine responsable de la vision fine et détaillée. Lorsqu’elle évolue vers une forme sèche, elle peut entraîner une atrophie progressive des cellules rétiniennes, appelée atrophie géographique. Cette détérioration conduit à une perte de la vision centrale, rendant difficile, voire impossible, la lecture, la reconnaissance des visages ou l’exécution de tâches quotidiennes nécessitant une perception précise des détails. Actuellement, il n’existe pas de traitement curatif pour l’atrophie géographique, qui touche environ 5 millions de personnes dans le monde.
L’implant, baptisé PRIMA, est une micropuce ultrasensible de la taille d’une tête d’épingle (2 mm de côté pour 30 microns d’épaisseur) qui est chirurgicalement insérée sous la rétine, dans la zone affectée. Cette procédure, qui dure moins de deux heures, ne compromet pas la vision périphérique existante. L’implant fonctionne comme un petit capteur photovoltaïque qui convertit la lumière en signaux électriques. Ces signaux sont ensuite transmis au cerveau via le nerf optique, créant une perception visuelle artificielle.

Pour visualiser, les patients portent des lunettes équipées d’une microcaméra et d’un ordinateur portable discret fixé à la taille. La caméra capte l’environnement et transmet les images traitées à la puce implantée via un faisceau infrarouge. Ce système permet notamment d’agrandir les textes pour faciliter la lecture. L’activation de l’appareil intervient environ un mois après l’opération, marquant le début d’une période de rééducation intensive. Les participants apprennent à interpréter ces nouveaux signaux visuels et à se concentrer, améliorant ainsi progressivement leur perception. Cette rééducation est cruciale, en particulier pour les personnes âgées, afin de maîtriser l’utilisation de ce nouvel outil visuel.
Le concept de cet implant est né il y a une vingtaine d’années dans l’esprit du professeur Daniel Palanker, de l’Université de Stanford, et du professeur José-Alain Sahel, de l’Université de Pittsburgh. « J’étais préoccupé par la dégénérescence maculaire liée à l’âge, un problème croissant. À ce moment-là, j’ai réalisé qu’il fallait profiter du fait que l’œil est transparent et transmettre des informations par la lumière », a expliqué le professeur Palanker lors d’une interview accordée à Infobae. Le professeur Frank Holz, de l’Université de Bonn, a dirigé la publication des résultats, avec la collaboration de Mahi Muqit de l’Institut d’ophtalmologie du University College de Londres et de l’hôpital ophtalmologique Moorfields Eye Hospital.

«Grâce à mon expérience antérieure en optique et électronique ophtalmiques, nous avons mis au point une conception photovoltaïque qui évite les difficultés auxquelles les implants précédents étaient confrontés», a précisé le professeur Palanker. Le dispositif est désormais en phase d’obtention de la certification CE pour une commercialisation future en Europe, avec un coût estimé comparable à celui des implants cochléaires. L’objectif est de proposer une solution de traitement accessible.
Les chercheurs travaillent actuellement à l’amélioration du logiciel pour permettre la reconnaissance d’éléments plus complexes, tels que les couleurs ou les visages, dans des scènes naturelles. Cette évolution viendrait compléter la capacité actuelle de distinguer lettres et chiffres, offrant une perception visuelle plus riche et plus fonctionnelle.

« Relire est une énorme amélioration de la qualité de vie, ça remonte le moral et ça restaure l’indépendance », a souligné le professeur Palanker. Les patients, tout en reconnaissant la nécessité d’un entraînement et d’une adaptation, ont exprimé leur enthousiasme face aux progrès réalisés. Certains ont même pu reprendre des activités telles que lire la notice d’un médicament ou s’orienter dans des environnements complexes comme le métro.
Les chercheurs insistent sur le fait que le système ne restaure pas la vision d’origine, mais offre une nouvelle manière d’accéder à l’information visuelle grâce à la technologie. Les prochaines étapes incluent l’obtention des autorisations de commercialisation et l’exploration du potentiel de cet implant pour d’autres affections rétiniennes.