Publié le 12 octobre 2025. Une militante humanitaire américaine, Félicia Rangel-Samponaro, se retrouve au cœur de procédures judiciaires migratoires, passant de l’aide aux camps mexicains à l’accompagnement des migrants devant les tribunaux d’immigration américains.
- Félicia Rangel-Samponaro accompagne bénévolement des immigrés lors de leurs audiences devant les tribunaux américains.
- Elle documente et partage ces moments, y compris les arrestations post-audience, sur les réseaux sociaux.
- Son action, initialement axée sur l’éducation des enfants migrants au Mexique, s’est étendue au soutien juridique et émotionnel aux États-Unis.
Ce qui était autrefois une mission d’éducation pour les enfants et familles de migrants dans les camps mexicains, notamment à Matamoros, a pris une nouvelle dimension pour Félicia Rangel-Samponaro. Depuis 2018, avec son compagnon Victor Cavazos, elle dirige « The Sidewalk School », une organisation dédiée à l’aide aux populations en attente d’une procédure d’immigration aux États-Unis. Mais la donne a changé. L’intensification des arrestations et des expulsions sous l’administration Trump a déplacé le besoin d’aide vers l’intérieur du territoire américain, directement devant les tribunaux d’immigration.
Aujourd’hui, Rangel-Samponaro consacre une partie de son temps à se rendre chaque semaine au tribunal de la vallée du Rio Grande, dans le sud du Texas. Son rôle ? Observer, écouter les audiences, et surtout, être présente pour des personnes souvent démunies et sans soutien. Elle filme les derniers instants de liberté des immigrés avant leur expulsion, partageant ces moments sur ses réseaux sociaux pour sensibiliser et documenter la situation.
Un appel inattendu a marqué un tournant dans son engagement. Une mère célibataire, Johanna, vivant à Houston, à cinq heures de route de chez elle, lui a demandé de l’accompagner à son audience d’immigration. L’avocate de Johanna avait abandonné son dossier, la laissant face à un juge sans représentation légale et sans soutien familial aux États-Unis. Johanna cherchait avant tout une présence réconfortante.
« Elle était à la fin de son processus. En fait, elle m’a envoyé ses papiers judiciaires pour que je puisse vérifier que tout cela était vrai, parce que je ne la connaissais pas et qu’elle ne me connaissait pas vraiment », explique Félicia Rangel-Samponaro, encore émue par cette requête.
Après une hésitation, notamment face à la difficulté émotionnelle de filmer des enfants lors d’arrestations par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), Félicia a finalement accepté. Elle a voyagé jusqu’à Houston, accompagnée d’un prêtre catholique local, pour soutenir Johanna. La présence de ces soutiens a convaincu le juge de reporter l’audience de Johanna à novembre, lui accordant ainsi un délai pour trouver un avocat pro bono. Le juge a toutefois précisé qu’il n’y aurait plus de reports.
L’approche de Rangel-Samponaro est décrite comme profondément humaine. Alors qu’auparavant, elle tissait des liens avec les personnes dans les camps mexicains, la rapidité des procédures actuelles la confronte à une réalité plus déshumanisante. Elle entend des noms, des cas, et trente minutes plus tard, documente une arrestation. Ce changement de rythme et la witnessing direct des expulsions pèsent lourdement sur sa santé mentale, malgré une exposition antérieure à la souffrance.
Les opérations de l’ICE, que ce soit devant les tribunaux ou lors de perquisitions sur les lieux de travail, sont devenues, selon Félicia, de plus en plus agressives. Elle décrit une présence accrue d’agents, y compris dans des situations où les personnes interpellées ne résistent pas, créant un climat de peur.
Face à cette escalade, Rangel-Samponaro reste déterminée. Elle continue de se rendre aux audiences, documentant les arrestations, même lorsque les agents tentent d’intimider en filmant les militants eux-mêmes. La question de l’avenir de sa mission et de celle de « The Sidewalk School » reste ouverte, alors que la politique d’immigration semble se durcir.