Publié le 2025-10-19 12:00:00. Une nouvelle étude de l’Université McGill met en lumière les bienfaits de l’entraînement cognitif pour stimuler la production d’acétylcholine, un neurotransmetteur essentiel à la mémoire et à l’attention, même chez les personnes âgées en bonne santé.
- Un programme d’entraînement cérébral en ligne a conduit à une augmentation mesurable de l’acétylcholine dans une zone clé du cerveau.
- Les participants de l’étude AMÉLIORER ont consacré 30 minutes par jour pendant 10 semaines à des exercices cognitifs ciblés.
- Cette recherche démontre pour la première fois qu’un tel entraînement peut compenser le déclin naturel de la fonction cholinergique lié à l’âge.
Le vieillissement s’accompagne d’un déclin naturel des fonctions cognitives, un phénomène qui peut affecter même les individus en bonne santé, sans diagnostic de démence. Une étude clinique menée par des chercheurs de l’Université McGill à Montréal, au Canada, suggère qu’un programme d’entraînement cognitif pourrait inverser cette tendance en stimulant la production d’acétylcholine, un messager chimique cérébral crucial pour la mémoire et l’attention.
L’essai clinique, baptisé AMÉLIORER (Improving Neurological Health in Aging via Neuroplasticity-based Computerized Exercise), a impliqué 92 participants âgés de 65 ans et plus, tous en bonne santé et sans troubles cognitifs diagnostiqués. Ces participants ont été répartis aléatoirement en deux groupes. Pendant 10 semaines, chaque groupe a consacré 30 minutes par jour à une activité spécifique sur ordinateur ou appareil mobile. Le groupe d’intervention a utilisé BrainHQ, une plateforme d’exercices cognitifs en ligne, tandis que le groupe témoin a participé à des jeux à des fins de divertissement.
Pour évaluer les changements biochimiques, les chercheurs ont eu recours à la tomographie par émission de positons (TEP) et à un traceur radioactif. Les résultats ont révélé une augmentation de 2,3 % de la production d’acétylcholine dans le cortex cingulaire antérieur, une région cérébrale vitale pour l’apprentissage, la mémoire, l’attention et les fonctions exécutives, chez les participants du groupe BrainHQ. Aucune modification significative n’a été observée dans le groupe témoin.
Le Dr. Étienne de Villers-Sidani, neurologue au Neuro (Institut-Hôpital Neurologique de Montréal) affilié à McGill et auteur principal de l’étude, a exprimé son optimisme : « J’ai toujours cru qu’il y avait des choses que l’on pouvait faire et qui avaient un impact positif sur la santé du cerveau. Maintenant, je suis encore plus sûr, avec ce que nous voyons, que l’entraînement cérébral a un impact profond sur la santé des principaux systèmes chimiques du cerveau. »
Avec l’aimable autorisation de brainHQ
La plateforme BrainHQ a déjà fait l’objet de plus de 300 études, certaines ayant démontré une amélioration de la vitesse de traitement visuel chez les personnes âgées. Cependant, cette nouvelle recherche se distingue en identifiant les changements biochimiques sous-jacents.
L’acétylcholine joue un rôle fondamental dans l’apprentissage et la mémoire. Elle agit comme un neurotransmetteur et un neuromodulateur, facilitant la communication entre les neurones et influençant leur activité. Elle contribue également à la vigilance et intervient dans d’autres fonctions corporelles, telles que la régulation de la pression artérielle et la contraction musculaire.
Il est important de noter que la production d’acétylcholine diminue naturellement avec l’âge. Des recherches antérieures ont montré une réduction d’environ 2,5 % par décennie dans le cortex cingulaire antérieur entre 20 et 80 ans. « L’une des premières choses que je dis toujours est : « Gardez votre cerveau actif » », souligne le Dr. Jennifer Pauldurai, neurologue à Inova Health System, qui n’a pas participé à l’étude. « Nous le disons tous, mais personne n’avait vraiment été capable de prouver ou de montrer des changements objectifs dans le cerveau. »
Les chercheurs distinguent cependant clairement les exercices d’entraînement cognitif des simples jeux ou puzzles. Les exercices de BrainHQ, tels que « Double Décision » (qui demande d’identifier simultanément des objets centraux et périphériques) et « Arrêt sur image » (qui implique la distinction tardive d’une image cible), sont conçus pour être adaptatifs. Ils augmentent progressivement la difficulté à mesure que l’utilisateur progresse, poussant le cerveau à ses limites et imitant les contraintes du monde réel comme les contraintes de temps et les distractions.
« Les jeux comme le sudoku ou les mots croisés sont faits pour vous divertir ; ils sont conçus pour vous impliquer et vous enthousiasmer », explique Joaquin Anguera, professeur agrégé à l’Institut Weill pour les neurosciences de l’Université de Californie à San Francisco, qui n’a pas participé à l’essai. « Les exercices BrainHQ, en revanche, obligent le cerveau à relever des défis spécifiques et mesurables. » Les participants du groupe témoin ont joué à des jeux tels que le Solitaire Double Klondike et Bricks Breaking Hex.
Avec l’aimable autorisation de brainHQ
Posit Science, l’entreprise à l’origine de BrainHQ, a parrainé cet essai. Les résultats ont été publiés dans la revue JMIR Serious Games.
Bien que prometteurs, les résultats de l’essai INHANCE comportent des limites notables. La population étudiée était majoritairement blanche et éduquée, vivant dans la région de Montréal. Le Dr. de Villers-Sidani reconnaît la nécessité d’études futures impliquant des populations plus diverses. De plus, certains experts soulèvent la question d’un potentiel biais, étant donné la participation de chercheurs de Posit Science à l’étude, et le coût des abonnements annuels à BrainHQ, qui peut s’élever à 96 $, rendant la plateforme inaccessible pour certains.
Un essai de suivi, financé par le National Institutes of Health (NIH), examinera l’impact des exercices d’entraînement cérébral sur les personnes souffrant de troubles cognitifs légers. « Vous devriez considérer votre cerveau comme un organe physique et médical », rappelle le Dr. Pauldurai. « Nous avons encore besoin d’un engagement physique. » Elle recommande une alimentation équilibrée, 30 minutes d’activité physique quotidienne et sept à huit heures de sommeil par nuit. « Prenez soin de votre santé médicale, prenez soin de votre santé mentale, faites-vous des amis », conclut-elle. « Et faites des choses amusantes et stimulantes avec votre cerveau tout le temps. »