Le mythe d’American Psycho s’invite dans la décoration d’intérieur new-yorkaise. Vingt-cinq ans après sa sortie, le film culte inspiré du roman de Bret Easton Ellis, et son énigmatique banquier Patrick Bateman, refont surface dans l’air du temps. Un bar branché de Manhattan porte désormais son nom, un nouveau parfum s’inspire de son univers, et même le réalisateur Luca Guadagnino prépare un remake. Dans ce sillage, le concepteur Michael Ellison a trouvé dans l’esthétique trouble du protagoniste une muse inattendue pour son dernier projet : un loft d’exception à New York pour un client de longue date.
Loin de l’univers immaculé et chromé de l’appartement de Bateman dans l’Upper West Side, ce nouveau projet déploie une atmosphère résolument plus sombre, plus profonde et provocatrice. « Pour être honnête, la présentation que nous avons préparée était un peu sournoise », avoue Michael Ellison. Bien que l’on soit loin d’un repaire d’assassin, le loft est conçu comme un pied-à-terre pour un homme d’affaires du Connecticut, partageant avec le designer un goût prononcé pour l’ambiance singulière d’American Psycho. Le client, désireux d’un espace qui « susciterait la conversation », a laissé carte blanche à Ellison.
Ce projet marque un virage radical pour le designer, qui a fondé sa propre entreprise il y a trois ans après avoir été directeur du design chez Workshop/APD. Il avait auparavant conçu une maison de style Nantucket pour le même client, un univers alors caractérisé par une palette douce de blancs, crèmes, gris et bleus. Cette fois, les directives étaient radicalement différentes. Le client avait chargé Ellison de l’aider à trouver un appartement à New York pour ses séjours professionnels. Après de nombreuses visites, leur choix s’est porté sur un loft, niché dans un ancien bâtiment d’artistes de Soho, séduits par ses hauts plafonds en tôle et ses colonnes en acier.
La première audace d’Ellison fut d’installer une cloison en acier sur mesure, séparant subtilement l’entrée du salon principal. « C’était un choix très précis et intentionnel », explique-t-il. « Pour que vous puissiez vous déchausser sans perdre de vue le reste de l’appartement. » À l’intérieur, le parti pris est à l’obscurité maîtrisée. Un mur du salon se pare d’un revêtement texturé noir, évoquant « un abîme », tandis que des rideaux en laine rouge sombre encadrent les fenêtres. Un canapé vintage De Sede Snake s’enroule voluptueusement sur le sol, une chaise pivotante est suspendue au plafond, et une œuvre de Vik Muniz, « Cupidon et Psyché », trône sur un mur de la galerie. Dans la salle à manger, une toile de Wayne Pate, issue de la galerie Armature Projects, est accrochée à des chaînes. « Je voulais que tout ait l’air un peu dangereux », confie Ellison.
Les modifications architecturales sont restées minimales. Michael Ellison a remplacé les sols anciens, modernisé l’éclairage avec des luminaires Apparatus et Galerie Philia, et intégré un globe Noguchi. La cuisine, quant à elle, est désormais articulée autour d’un îlot central aux lignes épurées, en marbre Arebescato Orobico, avec des meubles peints dans le profond « Black Beauty » de Benjamin Moore. Pour le client, ce loft représente le début d’un nouveau chapitre audacieux. Pour Michael Ellison, il démontre que même l’obscurité de Bateman peut se métamorphoser en une élégance résolument contemporaine.