Publié le 7 février 2026 à 12h28. L’hôpital La Fe de Valence est devenu le premier centre hospitalier à tester un prototype révolutionnaire : le Casque-PET, un scanner de tomographie par émission de positons conçu spécifiquement pour le cerveau, qui pourrait transformer le diagnostic et le traitement des maladies neurologiques complexes.
- L’hôpital La Fe de Valence a été sélectionné pour valider un prototype de Casque-PET, un scanner cérébral innovant.
- Cette technologie promet un diagnostic plus précoce de maladies telles que la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, l’épilepsie et les tumeurs cérébrales.
- Le Casque-PET offre une meilleure résolution d’image, une réduction de la dose de rayonnement pour le patient et un confort accru.
L’hôpital La Fe de Valence a franchi une étape importante dans la lutte contre les maladies neurologiques en devenant le premier établissement à accueillir le Casque-PET, un dispositif d’imagerie médicale qui pourrait bien redéfinir les standards du diagnostic cérébral. Cette innovation, fruit d’un modèle d’achat public pré-commercial, ouvre de nouvelles perspectives pour la détection précoce de pathologies telles que la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, l’épilepsie et les tumeurs cérébrales.
Le choix de La Fe s’explique par la qualité de son Espace Clinique d’Imagerie Médicale et par la complexité des cas traités. Lors d’une visite au service de Médecine Nucléaire, le ministre de la Santé, Marciano Gómez, a souligné que cette sélection témoigne de l’excellence de l’hôpital. Il a également insisté sur l’importance de la synergie entre les avancées technologiques et le savoir-faire des équipes médicales.
Irene Torres, assistante en radiophysique hospitalière à l’hôpital La Fe, et Begoña Martínez, spécialiste en médecine nucléaire (neurologie) au sein du même établissement, sont chargées de tester ce nouvel appareil. Elles expliquent que le Casque-PET permettra d’« améliorer l’image du cerveau grâce à des études plus rapides et plus confortables, avec une dose plus faible pour le patient et des images de qualité et de résolution supérieures ».
La géométrie au service du cerveau
La principale différence entre les équipements PET conventionnels et le Casque-PET réside dans son architecture physique et sa proximité avec le patient. Alors que les scanners traditionnels sont dotés d’une structure cylindrique d’un diamètre compris entre 70 et 80 centimètres, ce prototype réduit cette base à seulement 26 centimètres, s’adaptant ainsi de manière compacte à la tête du patient.
« La singularité de ce dispositif réside dans sa forme et sa proximité avec l’objet d’étude, le cerveau. Cette proximité n’est pas seulement esthétique : en rapprochant les détecteurs, la sensibilité des équipements est accrue, ce qui est indispensable pour une bonne différenciation entre le signal et le bruit, améliorant ainsi de façon exponentielle la netteté de l’image. »
Irene Torres, assistante en radiophysique hospitalière à l’hôpital La Fe
Irene Torres explique que cette spécialisation est la clé de sa précision. De plus, l’appareil intègre une technologie inédite dans les systèmes standards : la capacité d’identifier la profondeur d’interaction photonique à l’intérieur du verre du détecteur. Cette caractéristique permet « une amélioration significative de la résolution spatiale, ce qui permet de mieux voir les petites structures ». Concrètement, les médecins pourront observer des détails anatomiques et fonctionnels qui étaient auparavant inaccessibles lors des examens du corps entier.

Moins de rayonnement et plus de confort : un nouveau paradigme pour le patient
L’un des principaux avantages de cette avancée technologique est l’optimisation de la sécurité des patients. Irene Torres explique que, grâce à une sensibilité accrue du nouveau design, il est possible d’utiliser une activité radiopharmaceutique plus faible pour réaliser l’étude. L’objectif est de réduire la dose de rayonnement, notamment chez les patients nécessitant un suivi régulier, ou de réduire le temps d’étude pour pouvoir examiner davantage de patients dans la même journée.
« L’impact de la réduction des doses vise à diminuer la probabilité d’effets à long terme dus aux rayonnements. »
Begoña Martínez, spécialiste en médecine nucléaire à l’hôpital La Fe
Cette réduction de la charge radioactive a un impact direct sur les patients, en particulier ceux qui nécessitent une surveillance continue, ainsi que sur le personnel soignant chargé de manipuler ces substances. L’objectif est de « minimiser la probabilité d’effets secondaires à long terme dus aux radiations, tout en maintenant la plus haute qualité de diagnostic ».
Le confort du patient est également une priorité. L’équipement, de conception modulaire, comprend une chaise motorisée ergonomique qui s’adapte à toutes les positions, facilitant l’examen même pour les personnes en fauteuil roulant. Begoña Martínez souligne qu’il est essentiel d’accélérer le temps de positionnement, car « la sensibilité de l’équipement nous donnera la possibilité de réaliser l’étude dans les plus brefs délais, compte tenu de sa difficulté de positionnement chez les patients présentant des lésions après un accident vasculaire cérébral ou des troubles du mouvement ». Un algorithme de correction des mouvements est en cours de validation.

Un détecteur multipathologique : de la maladie de Parkinson à la psychiatrie
Bien que la maladie d’Alzheimer soit au cœur de cette avancée, le Casque-PET a un champ d’application beaucoup plus large, allant de l’épilepsie aux troubles psychiatriques. La clé du diagnostic de maladies aussi diverses réside dans la combinaison du scanner avec produits radiopharmaceutiques spécifiques.
Begoña Martínez explique que l’appareil utilise « un isotope radioactif (émetteur de positons, qui après son annihilation produira une paire de photons détectés par coïncidence dans le Casque-PET) et un composé qui agira comme un vecteur vers l’objet d’étude et qui nous permettra de visualiser certains processus physiologiques et métaboliques liés à la maladie. Par exemple, il existe plusieurs produits radiopharmaceutiques marqués avec le radio-isotope fluor-18 qui permettent de visualiser les plaques amyloïdes qui se déposent dans le cerveau des patients atteints de la maladie d’Alzheimer ; ou les acides aminés radiomarqués qui s’accumulent dans les tumeurs cérébrales. »
Cette spécialisation de l’équipe permettra également de désengorger les équipements TEP/CT classiques, actuellement saturés en raison de la priorité accordée aux études oncologiques. L’objectif est que le Casque-PET soit dédié aux études centrées sur le cerveau, permettant une gestion plus efficace des ressources hospitalières.
Intelligence artificielle et talents multidisciplinaires
Le Casque-PET n’est pas seulement un dispositif matériel ; c’est un système intelligent. L’équipement intègre une station de traitement d’images qui utilise l’intelligence artificielle (IA) pour traiter et optimiser les résultats du diagnostic. Bien que l’équipement soit encore en phase de validation pré-opérationnelle, Begoña Martínez est convaincue que « l’IA jouera un rôle fondamental dans l’optimisation des ressources pour réaliser une image diagnostique de haute qualité ».
Cependant, comme l’a rappelé le ministre Marciano Gómez, « la technologie seule ne suffit pas sans le facteur humain ». La validation de ce prototype nécessite une infrastructure complexe et coordonnée impliquant des médecins nucléaires, des radiophysiciens, des infirmiers, des techniciens en imagerie, des radiopharmaciens, ainsi que des services informatiques et d’infrastructure. Irene Torres souligne que pour ce projet, ils disposent « d’un personnel très motivé et désireux de faire progresser les connaissances en matière de technologie appliquée à l’amélioration du diagnostic », ce qui est essentiel pour surmonter les défis logistiques d’une installation de ce type. De plus, « la plateforme est en cours de préparation pour que les médecins puissent comparer les images de manière optimale et sans que leur préparation ne prenne beaucoup de temps, c’est-à-dire que le temps consacré soit uniquement dédié à l’évaluation des images ».
Le chemin vers le système national de santé
Le processus permettant à cette technologie d’être largement utilisée est ambitieux mais rigoureux. L’équipement est actuellement calibré et caractérisé grâce à des tests sur des mannequins techniques. « Dès que nous aurons obtenu des images de mannequins d’une qualité suffisante, les études sur des patients volontaires commenceront », et une fois cette phase terminée, les études débuteront avec 10 patients volontaires, une étape qui doit être franchie avant mars 2026. « Ces images seront évaluées par des médecins nucléaires spécialisés en neuroimagerie nucléaire pour comparer les résultats avec ceux obtenus par la TEP commerciale et le Casque-PET. »
Irene Torres prévient que « le calendrier de commercialisation définitive est complexe et peut prendre des années, car il nécessite l’obtention du marquage CE et la validation des équipements dans d’autres centres complémentaires. Cependant, la promotion des marchés publics pré-commerciaux, financés par des fonds européens de la Nouvelle Génération, a considérablement accéléré les délais de développement ». La société de développement, SÉDÉCAL, a réussi « en moins d’un an, à décider de la meilleure technologie, à l’assembler et à préparer l’équipement. Vient maintenant la partie la plus intéressante du point de vue clinique, qui est d’analyser, en plus des propositions de base, ce que l’on peut obtenir d’autre de l’équipement compte tenu de sa conception et de ses performances. De plus, nous sommes en contact étroit avec l’entreprise qui fournit l’équipement, avec laquelle nous devrons nous coordonner pour apporter les améliorations et modifications nécessaires. »
Le service de médecine nucléaire de La Fe possède une vaste expérience dans la validation de prototypes d’imagerie TEP et de caméras Compton. « Le PROSPET (I3M-UPV-CSIC), CareMiBrain (Oncovision), la caméra MACACO (IFIC-UV-CSIC) et récemment, IMAS (FBI-Conselleria Sanidad) sont des exemples de divers équipements d’imagerie moléculaire qui ont été validés ou sont en cours de validation au sein du service », énumère Irene Torres. Grâce à la passion de l’équipe et au soutien institutionnel, le Casque-PET est en passe de devenir la promesse d’« un avenir où le cerveau humain est un peu moins mystérieux et ses maladies, beaucoup plus traitables ».
Il est important de rappeler que ce projet est financé par le Ministère de la Santé et s’inscrit dans une initiative portée par le CDTI et le CIBER, cofinancée par les fonds MRR et Next Generation.