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Un pack de démarrage pour les films étrangers – The Atlantic

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Le cinéma étranger repousse les frontières de la langue pour mieux nous transporter au cœur d’histoires universelles. Des scénaristes et monteurs recommandent leurs coups de cœur, des drames argentins aux comédies musicales françaises, prouvant que les émotions transcèdent les cultures.

L’Argentine se confronte à son passé dans « 1985 »

Pour ceux qui hésitent à explorer le cinéma non américain, un détour par Argentine, 1985 s’impose. Ce drame judiciaire, disponible sur Prime Video, plonge au cœur de l’histoire vraie des procès intentés contre les dirigeants de la junte militaire qui ont opprimé l’Argentine pendant plus de sept ans. Durant cette période sombre, des milliers de personnes furent portées disparues, et des femmes enceintes capturées dans des centres de détention secrets furent assassinées après avoir donné naissance, leurs enfants étant remis à des couples de militaires. Le film débute en 1983, deux ans après la fin de la dictature. Julio César Strassera, un avocat de Buenos Aires, se voit confier la lourde tâche de poursuivre les responsables de ces atrocités. Un défi intimidant pour une nation cherchant à panser ses plaies et à affronter son histoire. Strassera, malgré ses réticences initiales, accepte finalement cette mission capitale. La terreur et la torture orchestrées par les militaires étaient bien connues, mais leur preuve devant les tribunaux s’annonçait périlleuse. L’avocat réunit alors une équipe hétéroclite de jeunes juristes qui parcourront le pays à la recherche de preuves et de témoignages. Ce procès historique, le premier de cette envergure depuis Nuremberg, ne se distingue pas seulement par son importance. La force de ce film réside également dans sa narration captivante et la richesse de ses personnages, indépendamment de leur origine géographique.

— Gisela Salim-Peyer, rédactrice adjointe

« Les Parapluies de Cherbourg » : une invitation à l’émerveillement cinématographique

« Une fois que vous aurez surmonté la barrière d’un pouce des sous-titres, vous découvrirez de nombreux autres films étonnants », confiait le cinéaste sud-coréen Bong Joon Ho en 2020, suite à la consécration de Parasite aux Oscars. Si le premier film en langue étrangère à remporter l’Oscar du meilleur film constitue une porte d’entrée idéale pour les cinéphiles curieux, une autre œuvre mérite une attention particulière pour qui souhaite élargir son horizon. Les Parapluies de Cherbourg, comédie musicale française signée Jacques Demy en 1964, dépeint le destin tragique de deux jeunes amoureux dans une ville côtière française. La splendeur visuelle du film contraste subtilement avec la mélancolie de son récit. Les amateurs de cette œuvre pourront ensuite explorer d’autres classiques français de l’époque, tels que Les 400 coups de François Truffaut ou Hiroshima mon amour d’Alain Resnais.

— David Sims, rédacteur

« Soleil trompeur » : entre art et dissidence sous le regard de Nikita Mikhalkov

Moins adepte des « hautes sphères » du cinéma étranger, je confesse avoir vu mon dernier film en salle lors de ma jeunesse avec un nouvel opus de Superman. Cependant, mon parcours professionnel consacré à l’étude de l’Union soviétique et de la Russie me pousse à recommander un film poignant, véritable artefact de deux époques. En 1994, le réalisateur russe Nikita Mikhalkov livrait Soleil trompeur, une étude méditative et lancinante de l’amour et de la trahison, figée dans une journée d’été de 1936, à l’aube des purges staliniennes. Le général soviétique Kotov, incarné par Mikhalkov lui-même, voit sa vie basculer avec l’arrivée d’un homme issu du passé de sa femme. La quiétude est alors brutalement supplantée par la peur, puis par un désespoir profond. Mikhalkov parvient à capturer l’essence des années 1930 et la nouvelle liberté de la Russie des années 1990. Un parcours artistique cependant contrasté par ses engagements politiques ultérieurs : nationaliste russe, fervent soutien de Vladimir Poutine et promoteur de l’invasion de l’Ukraine. Regarder Soleil trompeur impose de distinguer l’œuvre de son créateur, et il est déplorable de constater le chemin parcouru par Mikhalkov, éloigné des thèmes qu’il a si brillamment illustrés.

— Tom Nichols, rédacteur

« Shadow » : un chef-d’œuvre visuel inspiré par la peinture chinoise

Si Héros (2002) de Zhang Yimou est un pilier du genre wuxia, je profite de chaque occasion pour saluer son film de 2018, Shadow (影). Situé durant la Période des Trois Royaumes en Chine, ce drame d’arts martiaux prend son temps pour installer ses personnages et ses enjeux. Les non-sinophones ne craignent rien : le film se vit comme un poème symphonique, ses thèmes centraux – la nature fuyante de l’identité, le dialogue entre le yin et le yang – se manifestant à travers sa grammaire visuelle. Inspiré par la peinture traditionnelle chinoise à l’encre, le film joue avec les noirs, les blancs et les gris, l’eau, et bien sûr, l’ombre. C’est une leçon de cinéma, un éloignement bienvenu des montages rapides, du rythme effréné et des caméras tremblantes des superproductions hollywoodiennes. Shadow se déploie comme un coup de pinceau calligraphique, élégant et maîtrisé. La bande sonore est majoritairement diégétique – cithare, flûte, pluie – et ses séquences d’action époustouflantes se déroulent avec la puissance inéluctable des marées. À l’issue, d’une pertinence saisissante (une spectatrice dans ma salle avait haleté : « Oh mon Dieu ! »), le public est submergé par la beauté et le carnage, mais aussi par un sentiment d’exaltation. C’est la démonstration d’un auteur au faîte de son art, et d’une œuvre sans équivalent en Occident. À savourer sur le plus grand écran possible.

— Rina Li, rédactrice en chef

« La Passion de Dodin Bouffant » : un antidote à l’anxiété culinaire

À l’heure actuelle, les films et séries consacrés à la cuisine se révèlent souvent vertigineux et stressants. Pensez à la cadence infernale des jurons dans The Bear ou aux cris de Gordon Ramsay dans Cauchemar en cuisine : « Ma grand-mère pourrait faire mieux ! Et elle est morte ! ». La Passion de Dodin Bouffant, film français du réalisateur Tran Anh Hung, se présente comme un remède à ce tourbillon d’anxiété culinaire. Se déroulant dans la campagne française en 1889, le film suit Eugénie, une cuisinière de génie, et son patron, Dodin, son amoureux de longue date, unis par leur passion commune pour la gastronomie. Les scènes de cuisine, d’une lenteur révérencieuse, baignent dans une lumière dorée. On y voit les choux bouillis et séchés, les raies poêlées au lait. Des années après avoir vu ce film, une image me reste particulièrement : une poire disposée sur une assiette, coupée en parallèle avec le derrière nu et moite d’Eugénie sur un lit. Sous le regard de Hung, la chair et la nourriture sont dépeintes comme la générosité éphémère et décadente de la Terre. En quittant la salle, je me souviens être entré dans mon épicerie locale, abasourdi, soudainement émerveillé par l’apparence miraculeuse de chaque radis rebondi et de chaque poire dodue.

— Valérie Trapp, rédactrice adjointe

Lectures du dimanche

Pour compléter votre week-end, découvrez trois lectures proposées par notre rédaction :

Au programme la semaine prochaine :

  • The Monsters We Make, le nouveau livre de la journaliste Rachel Corbett, consacré à l’essor et à l’histoire du profilage criminel (sortie mardi).
  • Chance, une comédie réalisée par Aziz Ansari dans laquelle un ange échange les vies d’un ouvrier du bâtiment et d’un investisseur en capital-risque (sortie vendredi au cinéma).
  • La saison 3 de The Diplomat : une ambassadrice britannique de haut rang continue d’équilibrer sa carrière et son mariage avec une star politique controversée (sortie jeudi sur Netflix).

Essai

Le réalisateur tombé amoureux des perdants
Par David Sims

L’épicerie de l’Upper West Side où je rencontre Benny Safdie regorge d’une clientèle typiquement new-yorkaise, rétive et ancrée dans ses habitudes. Ce sont les personnages qui peuplent souvent les films du cinéaste : névrosés, plus préoccupés par leurs propres objectifs que par ceux qui les entourent. Avec son frère Josh, Benny a bâti sa carrière sur sa fascination pour ces figures, parfois revêches, souvent en déclin. Pour sa première réalisation en solo, The Smashing Machine, Safdie se concentre sur un personnage inattendu : un champion sportif qui apprend la signification de l’échec. « Je veux savoir ce que ça fait de vivre ça », m’a-t-il confié autour d’une assiette d’œufs en discutant du film. C’est le portrait dérangeant de celui qui devient le gagnant lorsqu’il commence à perdre. Pour lire l’article complet.

Dans la rubrique Culture

Retrouvez notre album photo : Les passagers des Stardust Racers subissent une force de plus de 4 g, un niveau auquel le cœur humain peine à pomper le sang. (Sinna Nasseri pour The Atlantic)

Ces photos illustrent le plaisir coûteux et écrasant des parcs à thème.

Rafaela Jinich a contribué à cette newsletter.

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