Home Santé Un rapport met en garde contre la relation circulaire entre inégalités et pandémies, perpétuée par une action insuffisante

Un rapport met en garde contre la relation circulaire entre inégalités et pandémies, perpétuée par une action insuffisante

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L’escalade des inégalités mondiales rend notre planète plus vulnérable aux pandémies, tandis que ces dernières accentuent elles-mêmes ces disparités dans un cercle vicieux alimenté par une inaction persistante. C’est le constat alarmant dressé par un nouveau rapport, « Briser le cycle inégalités-pandémie : construire une véritable sécurité sanitaire à l’ère mondiale », publié ce lundi. L’ouvrage, fruit d’une collaboration entre économistes, experts en santé publique et décideurs politiques de premier plan, propose des pistes concrètes pour endiguer les crises sanitaires actuelles et renforcer notre résilience face aux futures menaces.

Les données sont sans appel : au sein même des nations, les inégalités intersectionnelles, qui combinent plusieurs facteurs de discrimination, sont directement liées à la propagation et à l’impact des pandémies. Les pays les plus inégalitaires ont ainsi enregistré des taux de mortalité significativement plus élevés lors de la pandémie de Covid-19, ainsi que face au VIH et au sida. Ces mêmes nations éprouvent d’ailleurs plus de difficultés à mettre en place des stratégies efficaces pour y faire face. À l’inverse, les sociétés plus égalitaires démontrent une résilience accrue face à ces crises sanitaires.

L’étude illustre ce lien indissociable par l’exemple de plusieurs pays africains qui, en luttant activement contre les inégalités urbaines persistantes, ont parallèlement réalisé des avancées notables dans la lutte contre le sida. Les chiffres du Fonds Monétaire International (FMI) corroborent également cette analyse. Concernant des épidémies telles que la grippe porcine (H1N1), le SRAS, le MERS, Ebola ou encore Zika, le rapport révèle que les pandémies ont systématiquement entraîné une aggravation durable des inégalités, dont le pic se situe généralement environ cinq ans après leur apparition.

Le rapport met également en garde contre l’effet globalisant des inégalités internationales. Lorsque certains pays disposent des moyens de réagir efficacement à une épidémie, mais que d’autres en sont privés, la vulnérabilité de l’ensemble de la communauté mondiale s’en trouve accrue. Ce constat s’inscrit dans un contexte où l’inaction face aux pandémies et épidémies endémiques comme le sida, la tuberculose ou le paludisme, continue de faucher des millions de vies chaque année, touchant particulièrement les populations des pays à revenu faible et intermédiaire, ainsi que les groupes marginalisés dans les pays plus riches. La réduction drastique de l’aide et du financement internationaux menace, à ce stade, de freiner, voire d’inverser, les progrès considérables accomplis, notamment la baisse historique des nouvelles infections au VIH.

Briser le cercle

Pourtant, le rapport se veut porteur d’espoir, soulignant qu’il est tout à fait possible d’interrompre ce cycle délétère. Pour y parvenir, une refonte des approches en matière de sécurité sanitaire est impérative, fondée sur des actions concrètes et réalisables ciblant les déterminants sociaux et économiques des pandémies, tant au niveau national qu’international. Ces mesures visent à la fois à intervenir lors du développement d’une pandémie et à anticiper les urgences futures, en plaçant toujours la lutte contre les inégalités au cœur des stratégies.

Parmi les recommandations phares, le rapport préconise la levée des obstacles financiers afin de renforcer la capacité budgétaire des États à lutter contre les inégalités. Dans l’optique d’une gestion de crise pandémique, comme celle du VIH, une proposition urgente est émise : un moratoire sur le remboursement de la dette des pays en difficulté jusqu’en 2030. Ce moratoire devrait être complété par des mécanismes de financement d’urgence innovants, incluant l’émission automatique de droits de tirage spéciaux du FMI.

Pour accroître la capacité de réponse face aux futures pandémies, le rapport appelle à une réorientation des institutions financières internationales. Il s’agit de délaisser les approches d’aide financière qui encouragent des politiques d’austérité procycliques et de s’attaquer aux failles structurelles qui limitent l’espace budgétaire nécessaire pour réduire les inégalités et contenir les pandémies.

L’investissement dans les déterminants sociaux des pandémies est également une priorité. Cela passe par le renforcement de la protection sociale en période de crise sanitaire, via des systèmes préparés et attentifs aux plus vulnérables, en se concentrant sur des piliers essentiels tels que le logement, la nutrition et les autres déterminants de la santé. À plus long terme, des actions stratégiques sont nécessaires pour s’attaquer aux déterminants sociaux qui engendrent de profondes inégalités en matière de santé et exacerbent la vulnérabilité aux pandémies.

Enfin, le rapport plaide pour une gouvernance repensée de la recherche et du développement, favorisant la production locale et régionale. Des mesures économiques et relatives à la propriété intellectuelle sont proposées pour garantir le partage des technologies, considérées comme des biens publics indispensables à la lutte contre les pandémies. L’encouragement d’une réponse multisectorielle, menée par les communautés et intégrant les organisations locales, les défenseurs des droits humains et les scientifiques en collaboration avec les gouvernements, est également au cœur des préconisations pour bâtir une réponse plus confiante, équitable et efficace.

Le Conseil mondial sur les inégalités, le sida et les pandémies compte utiliser les conclusions de ce rapport pour orienter ses travaux auprès du G20, des institutions financières internationales et des acteurs de la santé. L’objectif est d’établir une approche coordonnée de prévention, de préparation et de réponse aux pandémies, capable de rompre le cycle infernal des inégalités. Ignorer cet appel, prévient le rapport, aurait des conséquences dévastatrices.

« Les preuves sont sans équivoque. Si nous réduisons les inégalités – notamment grâce à un logement décent, un travail équitable, une éducation de qualité et une protection sociale – nous réduisons le risque de pandémie à la racine. Les mesures visant à lutter contre les inégalités ne sont pas un luxe ; elles sont essentielles à la préparation et à la réponse à une pandémie », a déclaré Michael Marmot, directeur de l’Institut pour l’équité en santé à l’University College de Londres (Royaume-Uni).

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