Publié le 2024-05-17 10:00:00. De nouvelles recherches suggèrent qu’un spray nasal disponible sans ordonnance pourrait réduire le risque de contracter la COVID-19 et d’autres virus. Des experts nous éclairent sur son potentiel, ses limites et ses effets secondaires.
- Un spray nasal à base d’azélastine pourrait diviser par trois le risque d’infection par la COVID-19, selon une étude.
- Ce traitement pourrait également offrir une protection contre d’autres virus, comme le rhume.
- Bien que prometteur, son utilisation quotidienne et prolongée pose des questions de praticité et nécessite des recherches supplémentaires.
Alors que les infections respiratoires refont surface à l’approche de la saison froide, la quête de moyens efficaces pour se protéger prend une importance accrue. Si les gestes barrières classiques, tels que le lavage des mains et le port du masque dans les lieux clos, demeurent des piliers de la prévention, une nouvelle piste émerge : l’utilisation d’un spray nasal contenant de l’azélastine.
Qu’est-ce que l’azélastine ?
L’azélastine est un antihistaminique couramment utilisé pour soulager les symptômes d’allergies tels que les éternuements, le nez qui coule et les yeux qui pleurent. Elle agit en bloquant l’action de l’histamine dans l’organisme, une substance responsable des réactions allergiques. Ce médicament est disponible sans ordonnance sous forme de sprays nasaux et de collyres.
Un potentiel antiviral prometteur
Une étude clinique de phase 2, publiée dans la revue JAMA, a exploré l’efficacité de l’azélastine dans la prévention de la COVID-19 et du rhume. L’essai, mené sur 450 volontaires sains en Allemagne, a divisé les participants en deux groupes : l’un utilisait un spray nasal d’azélastine trois fois par jour pendant environ 56 jours, tandis que l’autre recevait un placebo. Les résultats ont révélé que le groupe traité à l’azélastine était trois fois moins susceptible de contracter la COVID-19. Seuls 2,2 % des utilisateurs d’azélastine ont été testés positifs, contre 6,7 % dans le groupe placebo. De plus, la durée de positivité virale était réduite, passant de 5,14 jours à 3,4 jours.
Les bénéfices ne se limitent pas à la COVID-19. Les personnes ayant utilisé l’azélastine ont également montré une réduction des infections virales diverses, y compris le rhume. Le taux d’infection virale était de 8,4 % dans le groupe azélastine, contre 18,8 % dans le groupe placebo, avec une durée moyenne de maladie de 1,73 jour contre 2,75 jours.
Plusieurs mécanismes pourraient expliquer ces effets. Selon les experts, l’azélastine pourrait interférer avec les protéines virales, rendant ainsi les virus moins aptes à infecter les cellules. Elle pourrait également bloquer les récepteurs H2 de l’histamine, limitant la pénétration virale et modérant la réponse immunitaire. Une autre hypothèse suggère que l’azélastine pourrait réduire l’inflammation locale dans les voies respiratoires supérieures, rendant plus difficile l’accroche et l’infection par les virus.
Ces découvertes font écho à des recherches antérieures ayant déjà exploré le potentiel de l’azélastine contre le SARS-CoV-2, suggérant qu’elle pourrait se lier aux récepteurs utilisés par le virus pour infecter les cellules et réduire la charge virale nasale. Des données préliminaires indiquent également une efficacité potentielle contre d’autres virus tels que le VRS et la grippe.
Effets secondaires et considérations
Bien que généralement bien tolérée, l’azélastine peut entraîner des effets secondaires. Les plus fréquents, observés dans l’étude, incluent un goût amer, des saignements de nez, des maux de gorge, des maux de tête, de la fatigue et une sécheresse buccale. Dans l’essai clinique, ces effets secondaires étaient plus marqués dans le groupe utilisant l’azélastine, notamment des saignements de nez (6,6 % contre 4 %) et de la fatigue.
Un complément, pas un substitut
Les experts s’accordent à dire que l’azélastine représente une piste intéressante pour renforcer la protection contre les infections virales. Cependant, ils soulignent que les données actuelles proviennent d’un essai de phase 2, nécessitant des études plus approfondies pour confirmer son efficacité en tant que prophylaxie. Le Dr Amesh A. Adalja, chercheur principal au Johns Hopkins Center for Health Security, note que des recherches supplémentaires sont nécessaires avant de pouvoir valider son utilisation.
Le Dr William Schaffner, spécialiste des maladies infectieuses, reconnaît le potentiel antiviral de l’azélastine, tout en suggérant qu’elle pourrait offrir une protection accrue contre le VRS et la grippe. Il ajoute : « Il semble qu’il n’y ait pas de risque à utiliser ces médicaments », tout en insistant sur le besoin de recherches continues.
La praticité d’une utilisation fréquente, potentiellement trois à cinq fois par jour, est un point soulevé par le Dr Thomas Russo, professeur et chef du département des maladies infectieuses à l’Université de Buffalo. Il estime que l’observance d’un tel schéma thérapeutique peut être difficile pour de nombreuses personnes, comparée à la simplicité et au coût moindre de la vaccination.
Néanmoins, l’azélastine pourrait trouver une utilité dans des situations spécifiques, comme avant un événement à haut risque. Le Dr Russo suggère qu’elle pourrait être utilisée comme une protection supplémentaire quelques jours avant et après une telle occasion. Il est toutefois crucial de rappeler que l’azélastine ne doit pas se substituer aux mesures préventives éprouvées, telles que la vaccination et le port du masque.
En conclusion, si l’azélastine montre un potentiel prometteur en tant que complément aux stratégies de prévention actuelles, notamment en bloquant l’infection de manière plus durable que les vaccins actuels et en protégeant contre des virus pour lesquels il n’existe pas de vaccin, des recherches supplémentaires sont indispensables pour déterminer sa place dans la stratégie globale de lutte contre les infections respiratoires.