Publié le 2025-10-13 17:03:00. Le procès du « Dimanche sanglant » à Derry a été marqué par une violente attaque contre un témoin clé de l’accusation, qualifié de « menteur » par la défense. L’avocat de l’ancien parachutiste jugé pour les meurtres de deux civils remet en cause la fiabilité des témoignages sur lesquels repose l’accusation.
- Le soldat F est accusé des meurtres de James Wray et William McKinney le 30 janvier 1972.
- La défense soutient que le témoignage du « soldat H », un autre ancien parachutiste, est incohérent et peu fiable.
- L’accusation s’appuie sur les déclarations des soldats G et H pour situer le soldat F sur les lieux et l’incriminer.
Le procès, qui se déroule sans jury devant la Couronne de Belfast, examine la responsabilité du « soldat F » dans les événements tragiques du 30 janvier 1972, jour où 13 personnes ont trouvé la mort sous les balles du régiment de parachutistes. En plus des deux meurtres pour lesquels il est spécifiquement jugé, l’ancien militaire est également poursuivi pour tentative de meurtre sur cinq autres personnes, dont un individu non identifié. Il plaide non coupable de l’ensemble des sept chefs d’accusation.
Au cœur de la stratégie de la défense se trouve le témoignage du « soldat H ». L’avocat Mark Mulholland KC a vivement critiqué ce témoin, affirmant que ses déclarations avaient évolué au fil des années et des différentes enquêtes menées depuis les faits. « C’est un menteur, c’est un faussaire, et c’est le type de preuve que l’accusation a présenté à ce tribunal, » a déclaré Maître Mulholland, soulignant que l’incapacité à interroger directement le soldat H, qui a invoqué son droit à ne pas s’auto-incriminer, pénalise considérablement la défense.
Le ministère public, quant à lui, qualifie les déclarations des « soldats G » et « H » de « décisives ». Ces témoignages placent le soldat F dans le secteur de Glenfada Park North et l’accusent d’avoir ouvert le feu. L’accusation a conclu la présentation de ses preuves vendredi, après que le tribunal a été informé que le soldat F avait été interrogé en mars 2016 par la Police d’Irlande du Nord (PSNI). Durant cet entretien, il avait refusé de répondre aux questions, invoquant une perte de mémoire des événements.
Maître Mulholland a qualifié ces preuves, notamment celles par ouï-dire, de « peu fiables » et « peu convaincantes », estimant qu’une condamnation basée sur celles-ci serait « dangereuse ». Il a mis en lumière les « contradictions » entre les récits des anciens parachutistes et les témoignages civils recueillis, affirmant qu’il n’existait « aucun soutien » aux tirs simultanés décrits par les soldats G et H, tels que rapportés dans les témoignages initiaux.
Le soldat G est décédé depuis le déroulement des enquêtes. L’audience a également révélé que le soldat H, s’il était appelé à comparaître, exercerait son droit de ne pas répondre aux questions afin de ne pas s’incriminer. Les comparaisons entre sa déclaration initiale à la police militaire la nuit des faits, son témoignage lors de l’enquête Widgery puis lors de l’enquête Saville dans les années 2000, ont été au centre des questionnements de la défense.
L’avocat de la défense a insisté sur le fait que la partialité du soldat H et l’impossibilité de le confronter directement à la barre créent une « injustice fondamentale » pour le soldat F. « On peut se gratter la tête et se demander ce qui se passait dans ce premier récit. Eh bien, quand vous regardez les autres récits de H, la réponse respectueuse et rhétorique doit être ‘Dieu seul le sait’ – et est-ce le genre de preuve sur lequel on condamne un homme pour meurtre ? », a conclu Maître Mulholland.
Le procès se poursuit.