Un outil en cuivre découvert en Égypte, datant de la fin du IVe millénaire avant notre ère, s’avère être le plus ancien foret rotatif connu à ce jour. Cette découverte, issue d’une réévaluation d’un artefact longtemps négligé, révèle une maîtrise technologique insoupçonnée chez les artisans égyptiens de l’Antiquité.
L’objet, initialement catalogué dans les années 1920 comme un simple poinçon en cuivre avec une lanière de cuir, a été soumis à une analyse approfondie par des chercheurs de l’Université de Newcastle et de l’Académie des Beaux-Arts de Vienne. Les résultats, publiés début février dans la revue L’Égypte et le Levant, démontrent des traces d’usure compatibles avec un mouvement de rotation, et non une simple perforation. On observe notamment « de fines stries, des bords arrondis et une légère courbure à l’extrémité de travail », des caractéristiques typiques d’un tel usage.
Selon le Dr Martin Odler, chercheur invité à l’Université de Newcastle et co-auteur de l’étude : « Les anciens Égyptiens sont célèbres pour leurs temples en pierre, leurs tombes peintes et leurs bijoux éblouissants, mais derrière ces réalisations se cachent des technologies pratiques et quotidiennes qui survivent rarement dans les archives archéologiques. » Cet outil suggère que les artisans égyptiens maîtrisaient le forage rotatif fiable plus de 2 000 ans avant les ensembles de forets les mieux conservés connus des archéologues.
L’analyse de la composition chimique du foret a également révélé un alliage de cuivre inhabituel, contenant de l’arsenic, du nickel, du plomb et de l’argent. Jiří Kmošek, co-auteur de l’étude, souligne que la présence d’argent et de plomb pourrait indiquer des choix d’alliages délibérés et des « réseaux plus larges de matériaux ou de savoir-faire reliant l’Égypte à l’Orient ancien plus vaste » au IVe millénaire avant notre ère.
Les chercheurs suggèrent que la lanière de cuir encore attachée à l’outil pourrait être un vestige de la corde d’un arc utilisé pour actionner une perceuse à archet, l’équivalent ancien d’une perceuse à main. Des représentations de perceuses à arc apparaissent dans les peintures de tombes du Nouvel Empire, datant du milieu à la fin du IIe millénaire avant notre ère, mais la foreuse de Badari est antérieure à ces exemples d’environ 2 000 ans.
Cette découverte, issue du projet EgypToolWear financé par l’UKRI, met en lumière le potentiel inexploité des collections des musées. Un simple objet, fouillé il y a longtemps et initialement décrit de manière sommaire, s’avère ainsi préserver des informations précieuses sur les techniques de travail des métaux et l’utilisation réelle de l’outil.