Publié le 17 février 2024 15:50:00. Une étude de l’Imperial College de Londres suggère que la diméthyltryptamine (DMT), une substance psychédélique naturelle présente dans l’ayahuasca, pourrait offrir un nouvel espoir aux personnes souffrant de dépression, grâce à son action rapide et à sa bonne tolérance.
- Des essais cliniques de phase 2a indiquent une réduction significative des symptômes dépressifs chez les patients traités au DMT intraveineux, par rapport à un placebo.
- La courte durée d’action du DMT (environ cinq minutes) permet des séances thérapeutiques plus courtes et potentiellement moins coûteuses.
- Bien que prometteurs, ces résultats nécessitent des recherches supplémentaires pour évaluer pleinement l’efficacité et la sécurité de ce traitement.
La dépression, qui touche près de 332 millions de personnes dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé, représente un défi majeur de santé publique. En Europe, plus de 25 millions de personnes vivent avec des troubles dépressifs. Les traitements actuels, tels que les antidépresseurs et la psychothérapie, ne sont pas toujours efficaces, et de nombreux patients souffrent d’effets secondaires indésirables. Environ 20 à 30 % des personnes atteintes de trouble dépressif majeur (TDM) développent une dépression résistante au traitement, ne répondant pas à au moins deux médicaments différents.
L’étude, publiée dans la revue Nature, a porté sur 34 participants souffrant de dépression depuis une moyenne de 10,5 ans. Ils ont été répartis aléatoirement en deux groupes : 17 ont reçu une perfusion de 21,5 milligrammes de DMT, tandis que les 17 autres ont reçu un placebo. Tous les participants ont bénéficié d’un accompagnement psychothérapeutique. Après deux semaines de suivi, les personnes ayant reçu le DMT ont présenté une amélioration significativement plus importante de leurs symptômes dépressifs, un effet qui s’est maintenu jusqu’à trois mois après le début de l’essai.
Les chercheurs ont souligné la bonne tolérance du DMT, avec des effets secondaires principalement légers ou modérés, le plus fréquent étant une douleur au point d’injection. La courte demi-vie de la substance (environ cinq minutes) – le temps nécessaire pour que la concentration du médicament dans le sang diminue de moitié – est un avantage notable, permettant des séances plus courtes et potentiellement plus confortables pour les patients, tout en réduisant les coûts.
Cependant, les experts mettent en garde contre une interprétation trop hâtive de ces résultats. Selon James Stone, professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de Brighton et Sussex,
« En termes de problèmes de sécurité, il peut y avoir un risque d’expériences négatives au cours de l’expérience psychédélique qui pourraient être effrayantes ou traumatisantes. »
James Stone, professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de Brighton et Sussex
Il ajoute que certains individus pourraient être plus sensibles à ces effets et qu’il est crucial de déterminer leur fréquence grâce à des études plus approfondies.
À l’heure actuelle, aucun traitement psychédélique, tel que le DMT ou le diéthylamide de l’acide lysergique (LSD), n’a obtenu d’autorisation de mise sur le marché en Europe. Leur utilisation se limite principalement à des essais de recherche et à des programmes d’accès compassionnel, permettant aux patients atteints de maladies graves ou potentiellement mortelles d’accéder à ces médicaments expérimentaux en l’absence d’alternatives thérapeutiques approuvées. Néanmoins, la République tchèque a récemment légalisé la psilocybine médicale – contenue dans les « champignons magiques » – pour la psychothérapie à partir du 1er janvier 2026, ciblant les patients souffrant de dépression résistante aux traitements conventionnels et présentant un risque vital lié à une maladie sous-jacente.
Ce nouveau cadre réglementaire impose que le traitement soit administré par des psychiatres et des psychothérapeutes cliniciens certifiés, ayant reçu une formation psychédélique spécialisée, et dans des établissements agréés.