Publié le 31 octobre 2025 13:48:00. Une étude américaine met en lumière un lien potentiel entre l’infection au Covid-19 durant la grossesse et un risque accru de troubles neurologiques chez l’enfant, notamment l’autisme, tout en soulignant que ce risque absolu demeure faible.
- Les enfants nés de mères ayant contracté le Covid-19 pendant leur grossesse pourraient présenter un risque plus élevé d’autisme et d’autres différences neurologiques.
- L’étude observationnelle, portant sur plus de 18 100 naissances dans le Massachusetts, n’établit pas de causalité mais une association.
- Les experts réaffirment l’importance de la vaccination contre le Covid-19 pendant la grossesse pour protéger la mère et l’enfant.
Une recherche significative menée par des scientifiques du Massachusetts General Hospital et publiée dans la revue Obstétrique et gynécologie suggère une corrélation entre une infection maternelle au Covid-19 et l’apparition de troubles neurologiques chez les nouveau-nés. L’étude, qui a analysé les données de plus de 18 100 naissances entre les premiers mois de la pandémie et une partie de 2021, avant la généralisation des vaccins, pointe vers un risque accru de diagnostics tels que l’autisme, des retards de langage ou de développement moteur.
Il est crucial de noter que les auteurs insistent sur la nature observationnelle de leurs travaux. Les résultats ne démontrent pas que le Covid-19 soit la cause directe de ces troubles, mais plutôt qu’il existe une association entre l’infection de la mère et ces diagnostics. De plus, les chercheurs tiennent à préciser que le risque absolu, même pour les femmes infectées, reste « très faible ».
« Ce n’est pas que toutes les femmes enceintes qui ont eu le Covid-19 devraient penser que leur enfant sera autiste. En général, le risque absolu n’est pas extrêmement élevé. »
Andrea G. Edlow, médecin et chercheuse au Massachusetts General Hospital et professeure agrégée à la Harvard Medical School
Ces conclusions viennent renforcer l’importance des campagnes de vaccination anti-Covid-19 chez les femmes enceintes. Les professionnels de santé soulignent que la protection des femmes enceintes se répercute directement sur la santé de leur futur bébé. Cette étude est publiée dans un contexte où les taux de vaccination contre le coronavirus connaissent une baisse.
Parallèlement, le débat sur la vaccination pendant la grossesse reste ouvert. Si le Collège américain des obstétriciens et gynécologues maintient sa recommandation de vaccination, les autorités fédérales encouragent une consultation médicale personnalisée pour évaluer la nécessité de se faire vacciner, indépendamment des facteurs de risque individuels. Des prises de position ont également émergé, tel que l’annonce au printemps dernier par le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr. (connu pour son scepticisme vaccinal) que les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) cesseraient de recommander le vaccin aux femmes enceintes en bonne santé, une décision vivement critiquée par la communauté scientifique.
L’administration de Donald Trump avait également durci sa position sur les politiques vaccinales, propageant une idée non fondée scientifiquement selon laquelle l’utilisation de paracétamol (Tylenol) pendant la grossesse pourrait accroître le risque d’autisme. De nombreux experts médicaux s’accordent aujourd’hui pour dire qu’il n’existe aucune preuve reliant la consommation de paracétamol à l’autisme et rappellent que la fièvre pendant la grossesse peut s’avérer préjudiciable.
« Ceci est particulièrement important dans le contexte actuel de méfiance à l’égard des vaccins. »
Mary Ann Comunale, professeure agrégée à la faculté de médecine de l’université Drexel
Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont examiné les dossiers médicaux de femmes suivies entre le 1er mars 2020 et le 31 mai 2021. Parmi elles, 861 ont été testées positives au coronavirus pendant leur grossesse. Leurs enfants, au nombre de 140, ont reçu un diagnostic neurologique avant l’âge de trois ans. Les chercheurs précisent que la majorité de ces femmes n’étaient pas vaccinées.
Des recherches plus approfondies sont jugées nécessaires par les co-auteurs, notamment Andrea G. Edlow et Roy H. Perlis, pour évaluer les risques potentiels chez les femmes vaccinées. Cette étude s’ajoute à un corpus de recherches croissant sur les effets des infections virales pendant la grossesse sur la santé fœtale. Il est déjà établi que certains virus, tels que la rubéole, la varicelle-zona et le Zika, peuvent avoir des conséquences néfastes sur le fœtus. L’exemple du virus Zika, déclaré urgence sanitaire mondiale en 2015-2016 par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), lié à des centaines de cas de microcéphalie chez les nouveau-nés, illustre ces risques.
Bien qu’il soit rare que des virus respiratoires comme la grippe ou le SARS-CoV-2 franchissent la barrière placentaire, leur impact sur le fœtus pourrait résulter de la réponse immunitaire de la mère. L’inflammation, par exemple, pourrait déclencher la libération de molécules influençant le développement, la connexion et la migration des neurones dans le cerveau fœtal. Les infections comme la grippe ou le Covid-19 ont déjà été associées à des complications obstétricales, telles que des naissances prématurées, mais les effets à long terme sur le développement neurologique des enfants demeurent sujets à débat, avec des études montrant tantôt une légère augmentation des diagnostics, tantôt aucune différence notable.
Le docteur Edlow explique que l’activation excessive du système immunitaire fœtal pourrait entraîner des conséquences à plus long terme, affectant non seulement le cerveau en développement, mais aussi le métabolisme, le foie, le pancréas, le cœur ou le tissu adipeux, potentiellement liés à l’obésité, au syndrome métabolique ou à la résistance à l’insuline.
Les auteurs de l’étude reconnaissent cependant certaines limites, notamment le fait que des facteurs maternels tels que l’obésité, l’hypertension ou le diabète gestationnel, qui auraient pu influencer les résultats, n’ont pas été pris en compte. Malgré ces réserves, les conclusions sont jugées solides par Lisa Croen, scientifique principale à l’Institut de recherche Kaiser Permanente, qui estime qu’elles « constituent une base solide supplémentaire pour continuer à promouvoir la vaccination contre le Covid-19 pendant la grossesse ».