Publié le 2025-11-03 11:00:00. Une étude récente vient de confirmer la longue durée d’efficacité du vaccin contre la dengue, dissipant les craintes d’une protection éphémère à l’approche d’une nouvelle saison épidémique. Parallèlement, l’hésitation vaccinale semble gagner du terrain en Argentine, malgré les données rassurantes sur la sécurité du produit, y compris pour les populations les plus âgées.
- Le vaccin contre la dengue offre une protection durable, sans nécessité de rappel selon les dernières recherches.
- La sécurité du vaccin est confirmée, y compris pour les personnes âgées de plus de 60 ans, une population dont l’éligibilité était initialement débattue.
- Malgré ces confirmations, les taux de couverture vaccinale en Argentine restent inférieurs aux attentes, marqués par une baisse de la perception du risque.
Alors que le vaccin contre la dengue, commercialisé il y a maintenant deux ans suite à des retards d’autorisation et une forte épidémie, suscitait de grands espoirs, de nouvelles données viennent rassurer quant à sa longévité. L’essai clinique initial avait démontré une efficacité sur cinq ans. Les recherches ultérieures, analysant le comportement du vaccin sur une période plus longue, incluant une éventuelle dose de rappel quatre ans et demi après la première injection, ont révélé que cette dernière n’apportait qu’une amélioration minime et non statistiquement significative.
« Il y a eu une légère augmentation de l’efficacité, mais elle n’est pas statistiquement significative. Cela signifie que le rappel ne serait pas nécessaire et que l’efficacité est maintenue avec les deux doses initiales », a précisé Pablo Bonvehí, chef du service d’infectologie de l’hôpital universitaire CEMIC et membre du comité des vaccins de la Société argentine d’infectologie. Les deux doses du schéma vaccinal sont administrées à trois mois d’intervalle.
Le vaccin maintient ainsi une efficacité de 61,2 % contre la dengue symptomatique et de 84,1 % pour prévenir les formes graves et les hospitalisations. « Il n’y a pas lieu de faire de rappel », confirme Tomás Orduna, ancien chef du service de médecine tropicale de l’hôpital de Muñiz et ancien président de la Société latino-américaine de médecine des voyages. « Une augmentation du titre d’anticorps est obtenue temporairement, comme cela se produit toujours avec un rappel, mais ils reviennent aux niveaux antérieurs. »
Une autre donnée importante issue de cette étude concerne la sécurité du vaccin, un sujet qui a fait l’objet de nombreuses discussions, notamment concernant les personnes âgées. D’après les données du monde réel présentées par la Fondation Vacunar, sur plus de 150 000 doses administrées, les effets indésirables chez les plus de 60 ans ont été similaires à ceux observés chez les plus jeunes. Une étude menée en Allemagne corrobore ces conclusions, ne signalant aucun problème de sécurité particulier dans cette tranche d’âge.
Bien que l’Administration Nationale des Produits Alimentaires, Médicaments et Technologies (ANMAT) ait approuvé le vaccin dès l’âge de quatre ans, la Commission Nationale de Vaccination (CoNaIn) n’avait initialement pas validé son usage chez les plus de 60 ans, recommandant d’attendre davantage de données. « J’ai des patients allant jusqu’à 90 ans », souligne le médecin, précisant que cette tranche d’âge (plus de 60 ans) fait bien partie de celles approuvées par l’autorité de régulation.
Les chiffres concernant le nombre de personnes vaccinées en Argentine demeurent difficiles à évaluer précisément en raison d’une vaccination très hétérogène, déployée dans 15 provinces, et initialement réservée au secteur privé. Ces derniers temps, l’afflux dans les centres de vaccination privés témoigne d’une certaine panique, mais M. Bonvehí reconnaît que les taux de couverture ne sont pas ceux espérés, évoquant une « baisse de la perception du risque ».
La province de Buenos Aires a d’ailleurs partagé des données allant dans ce sens. La campagne de vaccination y a débuté en octobre de l’année dernière, ciblant initialement les personnes âgées de 15 à 59 ans ayant déjà contracté la dengue et résidant dans la zone métropolitaine de Buenos Aires (AMBA). À la mi-septembre, cette vaccination a été étendue à l’ensemble du territoire provincial, incluant désormais les personnes n’ayant pas eu la maladie.
L’accès au vaccin n’étant pas universel dans tous les centres, les résidents de la province de Buenos Aires doivent s’inscrire via l’application « Mi Salud Digital » pour se voir attribuer un rendez-vous par e-mail. Au cours des quarante derniers jours, 63 000 nouvelles inscriptions ont été enregistrées, s’ajoutant aux 169 000 précédentes. Cependant, sur un total de 232 000 personnes inscrites, seules 80 312 ont effectivement été vaccinées.
« Le nombre de personnes qui viennent se faire vacciner a beaucoup diminué. Les gens oublient la nécessité du vaccin », constate M. Bonvehí.
Cet « oubli » est vraisemblablement influencé par des statistiques moins alarmantes. La saison 2024/2025 a enregistré 17 964 cas, un chiffre considérablement inférieur aux deux saisons précédentes, qui avaient été critiques : la saison 2023/2024 a connu un record avec 556 820 personnes infectées, et celle de 2022/2023 comptait 129 595 cas confirmés.
Quant à la saison 2026, Tomás Orduna estime qu’il est difficile de faire des prédictions. Les conditions de transmission sont principalement déterminées par la « lutte inefficace contre le moustique vecteur », le fameux Aedes aegypti. Ces conditions n’ayant pas fondamentalement changé depuis 2024, année de l’épidémie record, où les gîtes larvaires étaient déjà présents. L’expert rappelle cependant que d’autres facteurs, tels que le climat, les précipitations, la persistance des températures élevées et les « micro-hivers » qui interrompent le cycle des moustiques, jouent également un rôle.
En l’absence de certitudes quant à l’évolution de la situation, il est donc impératif de « redoubler d’efforts » en matière de prévention. Des campagnes de sensibilisation devraient être lancées sans tarder. Car si le vaccin est un outil précieux, la stratégie de lutte contre la dengue repose indéniablement aussi sur la prévention de la prolifération du moustique Aedes aegypti.