L’espoir renaît pour les enfants atteints de tumeurs cérébrales grâce à une nouvelle approche thérapeutique innovante, basée sur l’utilisation de virus modifiés pour cibler et détruire les cellules cancéreuses. Une équipe de chercheurs de l’Université de Navarre, soutenue par l’Association espagnole contre le cancer (AECC), a reçu un financement d’1 million d’euros pour poursuivre ses travaux prometteurs.
« Nous cherchons une opportunité de nous battre », confie une mère dont l’enfant souffre d’une tumeur cérébrale, témoignant de l’urgence de trouver de nouvelles solutions face à ces cancers particulièrement agressifs et souvent résistants aux traitements classiques.
Le Dr Jaime Gallego Pérez de Larrayade, neurologue à la Clinique du Centre de Cancer de l’Université de Navarre, explique que l’équipe travaille sur une stratégie consistant à utiliser des adénovirus – des virus responsables du rhume – génétiquement modifiés. Ces virus, baptisés DNX-2401, sont conçus pour reconnaître et attaquer spécifiquement les cellules tumorales.
« Nous modifions génétiquement les virus pour qu’ils soient capables de reconnaître la cellule tumorale et de l’attaquer : de la tuer », précise le Dr Gallego. Une fois injectés dans la tumeur, ces virus sont programmés pour se multiplier uniquement à l’intérieur des cellules cancéreuses, grâce à une altération génétique spécifique. Ce processus de réplication virale conduit à la destruction de la cellule tumorale.
En outre, l’injection du virus déclenche une réaction inflammatoire qui stimule le système immunitaire à agir contre la tumeur. « En injectant le virus dans la tumeur, en plus de tuer les cellules tumorales, nous appelons le système immunitaire à agir contre la tumeur. Nous stimulons l’action du système immunitaire », souligne le Dr Gallego. Il s’agit donc d’une double action : destruction directe des cellules cancéreuses et renforcement de la réponse immunitaire.
Les tumeurs cérébrales, contrairement à d’autres types de cancers, sont souvent infiltrantes et diffuses, se mêlant aux tissus sains et ne présentant pas de frontières clairement définies. Les modifications apportées aux virus permettent de les rendre plus aptes à cibler ces tumeurs complexes.
Les premières recherches, menées sur des modèles animaux, ont démontré l’efficacité de ces virus modifiés pour attaquer les cellules tumorales tout en épargnant les cellules saines et en activant le système immunitaire. Un premier essai clinique, ciblant le tronc cérébral – une zone difficile d’accès chirurgicalement – a confirmé la possibilité d’injecter des virus dans le cerveau sans provoquer d’infections graves, grâce aux modifications génétiques apportées.
Un nouvel essai clinique de phase II est désormais en préparation, et s’étendra à d’autres localisations tumorales. Il impliquera des patients de moins de 25 ans en situation de rechute ou ne répondant pas aux traitements conventionnels. L’objectif est de valider la sécurité et l’efficacité de cette nouvelle approche thérapeutique.
« Nous voulons que la maladie soit traitée dans le monde entier », affirme l’équipe de recherche. Bien que rares, les tumeurs cérébrales pédiatriques représentent la première cause de cancer chez les enfants, après les leucémies et les lymphomes. Les traitements actuels, tels que la radiothérapie, la chimiothérapie et l’immunothérapie, ne permettent pas toujours de guérir ces patients. « Les statistiques ne fonctionnent pas pour une personne en particulier. Quand c’est votre tour, c’est à cent pour cent », rappelle le Dr Gallego, soulignant l’importance de poursuivre la recherche pour offrir de nouvelles perspectives aux enfants atteints de ces maladies.
Marthe Alonso, responsable du Groupe de Thérapies Avancées pour les Tumeurs Solides Pédiatriques de la Cima de l’ONU, a commencé ses recherches dans ce domaine en 2010. L’AECC, qui a ouvert une ligne de recherche sur le cancer de l’enfant en 2007, soutient activement ces travaux.