L’économie américaine sous pression : entre croissance résiliente et incertitudes
Dans un contexte marqué par la fermeture du gouvernement fédéral américain et une crise tarifaire persistante, les économistes naviguent à vue, privés d’un flux de données habituel. Malgré ces obstacles, les indicateurs disponibles dessinent un tableau contrasté : une économie en croissance modérée, un marché du travail figé et une consommation soutenue, le tout sur fond d’une inflation qui stagne autour de 3 %. Ces éléments devraient alimenter les débats du Comité fédéral de l’Open Market (FOMC) lors de sa prochaine réunion, le 29 octobre, où la question d’une nouvelle baisse des taux directeurs sera examinée.
Malgré les turbulences, l’économie américaine fait preuve d’une résilience remarquable, réussissant les différents tests de résistance imposés par la situation politique et les tensions commerciales. Les données, bien que fragmentaires, permettent de dresser un état des lieux :
Inflation : une tendance à la hausse contenue
Sur le front de l’inflation, la situation demeure sous surveillance. Le Bureau of Labor Statistics (BLS) a publié le 24 octobre l’indice des prix à la consommation (IPC) pour le mois de septembre. Selon le modèle de la Fed de Cleveland, l’inflation globale et l’inflation sous-jacente se seraient maintenues à 3,00 % sur un an en septembre, respectivement à 2,99 % et 2,96 %.
Les droits de douane imposés par l’administration Trump ont un impact notable sur les prix des biens durables. Leur taux d’inflation, passé de -4,2 % il y a un an à 1,9 % en août, a ainsi contribué à maintenir l’inflation globale à un niveau plus élevé. Parallèlement, l’inflation des services de l’IPC reste obstinément autour de 4,0 % ces derniers mois, malgré un ralentissement de l’inflation des loyers.
Les petites entreprises, quant à elles, montrent une tendance à ajuster leurs prix. Selon une enquête de la National Federation of Independent Business (NFIB) publiée le 22 octobre, 31 % des propriétaires prévoyaient d’augmenter leurs prix de vente moyens en septembre, un chiffre qui demeure élevé par rapport à la moyenne historique de 24 %. Heureusement, l’inflation n’est plus qu’un troisième souci pour ces entrepreneurs, devancée par la qualité de la main-d’œuvre (20 %) et la fiscalité (17 %).
Activité économique : des signaux mitigés
L’activité économique est suivie de près, notamment à travers les bénéfices prévisionnels hebdomadaires par action, un indicateur avancé qui a atteint un nouveau sommet la semaine du 9 octobre. En septembre, les perspectives sur la conjoncture générale ont certes reculé à 23,0 %, mais restent bien au-dessus de leur moyenne de 3,0 %.
L’indice d’optimisme des petites entreprises a également diminué en septembre, s’établissant à 98,8, à peine supérieur à sa moyenne historique de 97,9. Ce repli pourrait s’expliquer par un indice d’incertitude qui demeure historiquement élevé, à 93,0 le mois dernier.
Consommation : un moteur toujours actif mais sous observation
Les dépenses de consommation affichent une dynamique positive. La série hebdomadaire Redbook a enregistré une hausse de 5,9 % sur un an jusqu’à la semaine du 10 octobre. La baisse récente des prix de l’essence devrait soutenir davantage les ventes au détail durant la période des fêtes.
Cependant, le repli de 2,8 % du crédit renouvelable à la consommation en août, sur sa moyenne mobile sur 12 mois, pourrait signaler une prudence accrue, notamment de la part des ménages les plus modestes. Il est possible que les consommateurs à hauts revenus, plus enclins à rembourser leurs dettes de carte de crédit, pèsent davantage dans la consommation globale.
Marché du travail : une pénurie de compétences freine l’embauche
Le marché du travail américain reste en tension, principalement en raison d’une pénurie de travailleurs qualifiés. 50 % des propriétaires de petites entreprises interrogés par la NFIB en septembre ont fait état de cette difficulté. Cette situation devrait, à terme, stimuler l’adoption de solutions technologiques visant à accroître la productivité. Parallèlement, les offres d’emploi demeurent significatives, avec 32 % des entrepreneurs déclarant rechercher activement des collaborateurs, et 16 % envisageant d’augmenter leurs effectifs.
Profits des entreprises : une tendance haussière prometteuse
Les bénéfices prévisionnels des entreprises du S&P 500 ont atteint un niveau record la semaine dernière, annonçant une poursuite de la croissance économique. Les bénéfices du S&P 400 MidCaps et du S&P 600 montrent également des signes d’amélioration, après une période de stagnation pour ces derniers. L’enquête NFIB confirme cette tendance, avec une amélioration notable du solde des entreprises déclarant une augmentation de leurs bénéfices au cours des trois derniers mois jusqu’en septembre. Un net -16,0 % ont ainsi vu leurs profits progresser, un chiffre en forte amélioration par rapport à -37 % en août 2024.