Publié le 2025-10-08 08:58:00. Une nouvelle combinaison thérapeutique, associant le niraparib au traitement standard, pourrait significativement ralentir la progression du cancer de la prostate avancé chez les hommes présentant des altérations génétiques spécifiques, selon une étude internationale.
- L’ajout du niraparib (un inhibiteur de PARP) à l’abiratérone et à la prednisone (AAP) a réduit le risque de progression tumorale de 37 % dans une étude de phase III impliquant 696 patients.
- Chez les patients porteurs de mutations BRCA1 ou BRCA2, la réduction du risque atteint 48 %.
- Le délai avant l’aggravation des symptômes a été doublé pour les patients traités avec la nouvelle combinaison.
Une étude internationale d’envergure, coordonnée par des chercheurs de l’University College London (UCL), révèle qu’une nouvelle approche thérapeutique pourrait marquer un tournant dans la prise en charge du cancer de la prostate avancé. Les résultats, publiés dans la revue *Médecine de la nature*, évaluent l’efficacité de l’ajout du niraparib, un inhibiteur de PARP (une enzyme clé dans la réparation de l’ADN), au traitement conventionnel composé d’abiratérone et de prednisone (AAP).
L’essai clinique de phase III, baptisé *Amplitude*, a inclus 696 patients âgés en moyenne de 68 ans, répartis dans 32 pays. L’étude était en double aveugle : ni les médecins ni les patients ne savaient si le niraparib était administré en complément du traitement standard ou s’il s’agissait d’un placebo. Tous les participants souffraient d’un cancer de la prostate métastatique, c’est-à-dire à un stade avancé, et présentaient des altérations génétiques affectant la réparation des ruptures d’ADN par recombinaison homologue (HRR).
Ce mécanisme de recombinaison homologue est un processus cellulaire essentiel qui permet de réparer les dommages à l’ADN en utilisant une copie conforme comme modèle, garantissant ainsi la stabilité du génome. Environ un quart des patients atteints de cancer de la prostate avancé présentent des mutations dans les gènes impliqués dans ce processus, tels que BRCA1, BRCA2, CHEK2 ou PALB2. Ces mutations sont souvent associées à des formes plus agressives de la maladie et à une réponse moins favorable aux traitements classiques.
Les données de l’étude *Amplitude* démontrent que l’adjonction de niraparib à l’AAP a significativement retardé la progression de la maladie. Non seulement le risque de progression tumorale a diminué de 37 % par rapport au traitement standard seul, mais cette efficacité a été encore plus marquée chez les patients porteurs de mutations BRCA1 ou BRCA2, avec une réduction du risque de 48 %. Par ailleurs, le temps nécessaire à l’apparition ou à l’aggravation des symptômes a été doublé chez les patients recevant la nouvelle combinaison thérapeutique. La proportion de patients subissant une détérioration significative de leurs symptômes est ainsi passée de 34 % à 16 %.
Bien que les résultats suggèrent une tendance à l’amélioration de la survie, les chercheurs soulignent la nécessité d’un suivi à plus long terme pour confirmer ces bénéfices en termes d’espérance de vie.
« La combinaison du traitement avec le niraparib retarde la récidive (rechute) de la maladie et, très probablement, prolonge considérablement la durée de vie. Les résultats soutiennent les tests génomiques au moment du diagnostic et l’utilisation ciblée de la thérapie où le bénéfice est maximum. »
Professeur Gerhardt Attard, coordinateur de l’étude
Le professeur Gerhardt Attard, qui a dirigé l’étude, a précisé que les patients présentant des mutations HRR réagissaient différemment et souvent moins bien aux traitements standards. Il a ajouté que ces résultats justifient la réalisation de tests génomiques dès le diagnostic et l’application d’une thérapie ciblée pour maximiser les bénéfices.
Sur le plan de la tolérance, le traitement combiné a été généralement bien supporté. Cependant, certains effets indésirables, notamment l’anémie et l’hypertension, ont été plus fréquents dans le groupe niraparib, entraînant la nécessité de transfusions sanguines chez environ un quart des patients. Le nombre de décès directement attribuables au traitement est resté faible, bien que légèrement supérieur dans le groupe expérimental (14 décès) par rapport au groupe placebo (7 décès).
Ces découvertes ouvrent la voie à une médecine plus personnalisée dans le traitement du cancer de la prostate avancé. Cependant, des recherches supplémentaires sont prévues pour évaluer les bénéfices à long terme, l’impact des tests génétiques élargis et l’utilisation de nouvelles techniques d’imagerie médicale.
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez les hommes dans le monde, avec environ 1,5 million de nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Au Royaume-Uni, plus de 56 000 hommes reçoivent ce diagnostic annuellement, et près de 12 000 en décèdent. Les résultats de cette étude offrent ainsi une perspective prometteuse pour les patients qui disposaient jusqu’à présent d’options thérapeutiques limitées.