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Une nouvelle étude explore pourquoi la douleur chronique dure plus longtemps chez les femmes

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Publié le 22 février 2026 22:41:00. Une nouvelle étude révèle que les femmes ressentent la douleur chronique différemment des hommes, une disparité qui s’explique par des mécanismes biologiques liés au système immunitaire, et non par une simple perception ou sensibilité accrue.

Les femmes souffrant de douleurs chroniques pourraient enfin voir leurs symptômes pris plus au sérieux. Une recherche publiée dans la revue Science Immunology démontre que des différences biologiques dans le fonctionnement du système immunitaire expliquent en partie pourquoi elles ressentent plus souvent et plus intensément des douleurs persistantes que les hommes.

« La douleur des femmes a trop longtemps été minimisée dans la pratique clinique, souvent attribuée à des facteurs psychologiques ou à une plus grande sensibilité émotionnelle », explique Geoffroy Laumet, auteur principal de l’étude et professeur de physiologie à l’université d’État du Michigan, cité par l’AFP. « Notre étude montre que cette différence est bien réelle, qu’elle n’est pas une construction sociale, mais qu’elle repose sur un véritable mécanisme biologique. »

La douleur se manifeste lorsque des neurones sont activés par une stimulation, qu’il s’agisse d’un choc ou d’une blessure. Cependant, dans le cas de la douleur chronique, ces récepteurs peuvent s’activer même en l’absence de stimulation, ou face à un stimulus très léger. Les femmes représentent 60 à 70 % des patients souffrant de douleurs chroniques, selon les estimations de Laumet.

L’équipe de recherche s’est concentrée sur le rôle des monocytes, des cellules immunitaires régulées par les hormones, dans la résolution de la douleur. Ces cellules communiquent avec les neurones qui détectent la douleur et agissent pour les désactiver en produisant de l’interleukine 10 (IL-10), une molécule anti-inflammatoire.

Les études, initialement menées sur des souris, ont révélé que les monocytes produisant de l’IL-10 étaient moins actifs chez les femelles, ce qui prolongeait la sensation de douleur. Chez les hommes, ces cellules sont plus actives, en partie grâce à des niveaux plus élevés d’hormones sexuelles comme la testostérone.

Elora Midavaine, chercheuse à l’Université de Californie à San Francisco, qui étudie également la douleur chronique, souligne l’importance de cette découverte. Elle a déclaré à l’AFP que cette étude apporte une « nuance importante » à notre compréhension des interactions entre les hormones, le système immunitaire et la perception de la douleur.

Midavaine, qui n’a pas participé à l’étude, précise qu’elle s’inscrit dans une tendance plus large visant à explorer les liens entre les neurosciences, l’immunologie et l’endocrinologie, une approche qui pourrait faire progresser la compréhension de la douleur chronique chez les femmes.

Laumet espère que ces nouvelles connaissances ouvriront la voie à des traitements plus efficaces contre la douleur, et pourraient même permettre de réduire la prescription d’analgésiques opioïdes, dont les effets secondaires et le potentiel addictif sont préoccupants. Il envisage notamment la possibilité de stimuler les monocytes et d’augmenter la production d’IL-10 pour améliorer la capacité du corps à soulager la douleur. À court terme, il suggère que la testostérone topique pourrait être une option pour soulager les douleurs localisées.

Les deux chercheurs insistent sur la nécessité de tenir compte des différences sexuelles dans la recherche et le traitement de la douleur. « J’espère que nous pourrons contribuer à dissiper l’idée reçue selon laquelle la douleur des femmes est exagérée », conclut Laumet. « Les protocoles de soins doivent être adaptés en fonction du sexe. »

Ce retard dans la compréhension de la douleur féminine s’explique en partie par l’exclusion des femmes des essais cliniques pendant des décennies, et par le fait que la plupart des études sur la douleur animale n’utilisaient que des sujets mâles, sous prétexte que les hormones féminines introduisaient « trop de variabilité ». De plus, les symptômes rapportés par les femmes sont souvent interprétés comme étant liés à l’émotion ou à l’humeur plutôt que comme ayant une base biologique.

« Le paysage est en train de changer », affirme Midavaine. « Au fur et à mesure que la science progresse, je crois qu’elle contribuera à modifier les croyances culturelles dépassées et à garantir des soins plus équitables pour les femmes. »

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