Publié le 29 octobre 2025. Le ministre de la Défense, Sjafrie Sjamsoeddin, multiplie les rencontres avec les leaders des partis politiques soutenant le président Prabowo Subianto, redessinant le paysage de la communication politique présidentielle jusque-là dominé par Sufmi Dasco Ahmad.
- Sjafrie Sjamsoeddin ouvre une nouvelle voie de communication avec le président, concurrençant l’influence de Sufmi Dasco Ahmad.
- L’implication croissante de l’armée dans les affaires des partis politiques soulève des questions sur la suprématie civile.
- Ces manœuvres interviennent après une période de tensions politiques et d’émeutes ayant mis en lumière le rôle des forces armées.
Au ministère de la Défense, à Djakarta, le général à la retraite Sjafrie Sjamsoeddin a accueilli mi-octobre 2025 plusieurs figures politiques majeures. Parmi eux, Surya Paloh, président général du Parti national-démocrate (NasDem), et Mohamad Sohibul Iman, président du Parti de la justice et de la prospérité (PKS). Ces rencontres, à l’origine d’une invitation du ministre, marquent une rupture avec les habitudes, le ministère de la Défense n’étant pas traditionnellement un lieu de concertation politique partisane. Avant ces échanges officiels, Sjafrie Sjamsoeddin aurait également reçu des représentants du Parti démocratique indonésien de lutte (PDI-P) pour discuter de leurs difficultés internes, une rencontre restée dans l’ombre médiatique. Depuis, d’autres responsables de partis font la queue pour s’entretenir avec le diplomé de l’Académie militaire de 1974.
Cette nouvelle approche de la communication politique par Sjafrie Sjamsoeddin modifie l’équilibre des pouvoirs au sein de l’administration. En début de mandat, fin 2024, l’entourage présidentiel s’articulait autour de trois pôles : Sufmi Dasco Ahmad pour la politique et les institutions de sécurité, Sjafrie Sjamsoeddin pour les affaires militaires, et Hashim Djojohadikusumo, frère du président, pour les questions économiques. Dans ce dispositif, Sufmi Dasco Ahmad, également vice-président de la Chambre des représentants (DPR), était le principal interlocuteur politique, orchestrant l’adoption rapide de législations et du budget de l’État 2026, malgré les réticences de certaines factions parlementaires.
La montée en puissance de Sjafrie Sjamsoeddin comme canal de communication est une réponse directe aux troubles survenus fin août 2025. Ces événements, caractérisés par des émeutes et des saccages de domiciles privés, dont celui de Sri Mulyani Indrawati, alors ministre des Finances, ont vu le rôle des militaires devenir prépondérant. Durant cette période critique, Sufmi Dasco Ahmad s’était temporairement retiré avec sa famille, tandis que des rapports policiers soulignaient l’implication significative des forces armées.
Les relations entre Sjafrie Sjamsoeddin et Sufmi Dasco Ahmad, tous deux en quête d’influence auprès du président Prabowo Subianto, sont marquées par une tension latente. L’un, ancien camarade d’armes du président, l’autre, pilier du parti Gerindra qui l’a porté au pouvoir, se retrouvent désormais en concurrence. Il est peu probable que Prabowo ignore cette redistribution des cartes, et certains analystes suggèrent que le président pourrait même avoir encouragé Sjafrie Sjamsoeddin dans cette démarche afin de rétablir un nouvel équilibre.
Cette dynamique rappelle les luttes de pouvoir historiques en Indonésie, comme l’incident de Malari en 1974, attribué à une rivalité entre deux généraux pour l’oreille du président Suharto. À l’époque, les partis politiques étaient déjà affaiblis et soumis au régime de l’Ordre Nouveau, une situation qui, selon certains observateurs, perdure un demi-siècle plus tard. Les formations politiques, en quête de proximité avec le pouvoir, renonceraient à leur indépendance, au profit de personnalités proches du président, au risque de voir le peuple relégué au second plan dans la gestion du pouvoir.