Publié le 24 mai 2024. Une avancée significative dans la compréhension de la schizophrénie. Des chercheurs ont identifié pour la première fois des altérations moléculaires spécifiques dans une petite région du cerveau, l’habenula, qui pourraient expliquer en partie les prédispositions génétiques à cette maladie complexe.
Une étude pionnière, publiée dans l’American Journal of Psychiatry, jette une nouvelle lumière sur les mécanismes sous-jacents du risque de schizophrénie. Des scientifiques du Lieber Institute for Brain Development et de l’université Johns Hopkins ont mis en évidence que de nombreux changements moléculaires associés à la schizophrénie sont concentrés dans l’habenula, une zone cérébrale de la taille d’un petit pois jouant un rôle clé dans la régulation de la motivation et de l’humeur. Ces découvertes ouvrent la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques ciblant spécifiquement cette région.
La schizophrénie, maladie d’origine multifactorielle et héréditaire, résulte de l’interaction de plusieurs variantes génétiques. L’objectif de cette recherche était de décrypter comment les altérations moléculaires dans l’habenula contribuent au développement de cette pathologie. Les chercheurs ont choisi de se focaliser sur cette région en raison de son implication de plus en plus reconnue dans les troubles psychiatriques et de son influence sur les systèmes de neurotransmetteurs affectés par la schizophrénie.
Grâce à des techniques d’analyse moléculaire de pointe, l’équipe dirigée par Ege A. Yalcinbas, Ph.D., a dressé la première carte d’expression génique cellule par cellule de l’habenula humaine. Ils ont comparé des échantillons de tissus cérébraux provenant de 35 personnes atteintes de schizophrénie et de 33 individus non affectés par des troubles psychiatriques. Leurs analyses ont révélé de nombreuses altérations dans l’expression de gènes chez les patients schizophrènes, dont une proportion significative semblait être spécifique à l’habenula. De plus, 16 des gènes identifiés présentaient des profils d’expression modifiés en commun avec des gènes déjà connus pour leur association avec le risque de schizophrénie. Ces résultats apportent ainsi des preuves solides que l’habenula joue un rôle dans l’architecture génétique causale de la schizophrénie.
L’étude a également révélé la présence de gènes liés à la dépendance à la nicotine dans l’habenula, un élément d’autant plus pertinent que les personnes atteintes de schizophrénie présentent un taux de tabagisme considérablement plus élevé.
« Ce travail est important car il a mis en évidence des altérations dans l’expression de gènes spécifiques dans l’habenula, une région cérébrale relativement sous-étudiée, qui pourraient être liées à la physiopathologie et/ou à l’étiologie de la schizophrénie. »
Ned Kalin, MD, rédacteur en chef de l’AJP
Les auteurs soulignent la nécessité de recherches supplémentaires pour confirmer ces découvertes. Ils reconnaissent également les limites de leur étude, notamment l’impossibilité d’établir un lien de causalité direct et la composition de leur échantillon, limité à un petit groupe d’hommes d’origine européenne.
L’étude complète est consultable sous le titre : Analyse transcriptomique de l’Habenula humaine dans la schizophrénie.
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