L’activité de fusions-acquisitions en Asie, bien que globalement en hausse en 2025, révèle un paysage fragmenté où l’investissement massif dans l’intelligence artificielle (IA) redéfinit les priorités et creuse les écarts entre les différentes économies de la région.
La valeur totale des transactions a progressé de 10 %, et le volume de 3 %, mais ces chiffres masquent une disparité croissante. Alors que la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud affichent une croissance à deux chiffres, la majorité des autres marchés asiatiques ont vu leur activité diminuer.
Ce contraste s’explique en grande partie par la nécessité pour les entreprises asiatiques de réallouer des capitaux considérables vers les technologies d’IA et les infrastructures associées. Entre 5 000 et 8 000 milliards de dollars (USD) devraient être investis mondialement dans ce domaine au cours des cinq prochaines années, un montant supérieur à la valeur totale des fusions-acquisitions mondiales en 2025, qui s’est élevée à 3 500 milliards de dollars (USD).
En Chine, le volume des transactions a augmenté de 22 % en 2025, bien qu’il reste inférieur au pic de 2021. Les entreprises technologiques chinoises, déjà fortement investies dans l’IA, sont confrontées à des défis géopolitiques qui compliquent les accords transfrontaliers. Elles privilégient désormais la consolidation nationale et le repositionnement stratégique.
Au Japon, les conglomérats disposant de réserves de liquidités importantes évaluent les investissements dans les infrastructures d’IA par rapport aux acquisitions internationales initialement prévues. En Inde, les entreprises de services technologiques se lancent dans une course à l’acquisition de compétences en IA pour contrer l’automatisation et préserver leurs parts de marché.
L’optimisme des dirigeants d’entreprises varie considérablement d’un pays à l’autre. Une enquête menée par PwC révèle que 50 % des PDG indiens envisagent des acquisitions majeures dans les trois prochaines années, un niveau comparable à celui des États-Unis. À l’inverse, seulement 20 % des PDG chinois expriment une intention similaire, plaçant la Chine parmi les marchés les plus prudents, aux côtés de l’Allemagne.
Cette confiance accrue en Inde se traduit par une forte demande intérieure, un secteur technologique dynamique et un intérêt croissant des acquéreurs stratégiques et des fonds d’investissement. Le pays bénéficie également de la tendance à la diversification des chaînes d’approvisionnement et à la relocalisation des activités.
L’impact de l’IA se fait sentir dans tous les secteurs de l’économie asiatique, en particulier dans l’industrie manufacturière, les soins de santé et les services publics. Un tiers des 100 plus grandes transactions mondiales de fusions-acquisitions en 2025 ont cité l’IA comme justification stratégique.
L’acquisition par SoftBank de l’activité robotique d’ABB pour 5,4 milliards de dollars (USD) illustre cette tendance, positionnant un investisseur technologique japonais majeur à l’intersection de l’IA et de l’automatisation industrielle.
L’Asie est également confrontée à un défi structurel : une sous-représentation dans les mégatransactions (opérations supérieures à 5 milliards de dollars (USD)). Ces transactions, qui ont été le principal moteur de la reprise de la valeur mondiale des fusions-acquisitions, sont moins nombreuses en Asie en raison d’un contrôle réglementaire accru, de risques géopolitiques et d’écarts de valorisation.
Lorsque les entreprises asiatiques concluent des mégatransactions, elles se concentrent sur l’acquisition de compétences essentielles à la compétitivité en matière d’IA, notamment dans les semi-conducteurs, les infrastructures de données et la fabrication de pointe.