Home Santé Une superbactérie hospitalière suit le rythme du jour et de la nuit en « sachant » quelle heure il est. Une découverte de Conicet change notre façon de comprendre les infections

Une superbactérie hospitalière suit le rythme du jour et de la nuit en « sachant » quelle heure il est. Une découverte de Conicet change notre façon de comprendre les infections

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Publié le 8 février 2026 17h26. Des chercheurs argentins ont découvert qu’une bactérie hospitalière particulièrement résistante aux antibiotiques, Acinetobacter baumannii, possède une horloge biologique interne, ouvrant de nouvelles perspectives pour comprendre et combattre les infections.

  • Acinetobacter baumannii, responsable d’infections nosocomiales graves, présente un rythme circadien, une horloge interne qui régule ses fonctions biologiques.
  • Cette découverte remet en question l’idée que les bactéries agissent de manière aléatoire et ouvre la voie à une meilleure compréhension de leur sensibilité aux antibiotiques en fonction du moment de la journée.
  • L’étude suggère que les bactéries pourraient synchroniser leur horloge avec celle de l’hôte pour optimiser leur capacité d’infection.

Pendant des décennies, la communauté scientifique a considéré les bactéries comme des organismes fonctionnant en continu, sans distinction entre le jour et la nuit. Elles infectaient, se multipliaient et développaient des résistances aux antibiotiques de manière apparemment aléatoire. Cette vision est désormais remise en question par une équipe de scientifiques du Consejo Nacional de Investigaciones Científicas y Técnicas (CONICET), le conseil national de la recherche scientifique et technique argentin. Leurs travaux, publiés dans la revue Communications Biology, révèlent qu’Acinetobacter baumannii, un pathogène courant responsable d’infections hospitalières souvent difficiles à traiter, possède un rythme circadien, une sorte d’horloge biologique interne.

Cette découverte, loin d’être anecdotique, modifie notre compréhension de la physiologie de ce micro-organisme réputé pour sa capacité à survivre dans des environnements hostiles et à résister aux traitements antibiotiques. Les chercheurs du Centre d’études photosynthétiques et biochimiques (CEFOBI), en collaboration avec des universités nationales et internationales, ont démontré que ces bactéries maintiennent des cycles internes d’environ 24 heures, même en l’absence de lumière ou d’autres signaux environnementaux.

Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe a suivi l’activité d’un gène clé, blsA, qui agit comme un capteur de lumière bleue. Grâce à un système de luminescence – une sorte de « signal lumineux » émis lorsque le gène est activé – ils ont observé des fluctuations régulières de son activité. Ce motif persistant, même en l’absence d’éclairage, est un signe révélateur de l’existence d’une horloge endogène, c’est-à-dire une horloge interne qui fonctionne indépendamment des signaux externes. En d’autres termes, la bactérie ne se contente pas de réagir à la lumière, elle anticipe.

Acinetobacter baumannii est un pathogène particulièrement préoccupant. Il est responsable de pneumonies, d’infections de plaies et d’affections graves en réanimation, notamment chez les patients immunodéprimés. Sa résistance à de nombreux antibiotiques en fait l’une des principales menaces en microbiologie clinique. La découverte de rythmes circadiens chez cet agent pathogène introduit donc une variable temporelle jusqu’alors négligée.

Si la bactérie ne se comporte pas de manière constante, sa sensibilité aux antibiotiques ne peut pas non plus être considérée comme invariable. Les auteurs de l’étude suggèrent que ces cycles pourraient moduler la persistance de la bactérie dans l’environnement, sa virulence et sa réponse aux traitements. Cela ne signifie pas qu’il existe une « heure idéale » pour guérir les infections, mais cela suggère que le moment de la journée pourrait influencer l’efficacité des traitements.

Cette recherche marque un changement de perspective important. Traditionnellement, la chronobiologie s’intéressait principalement à l’impact des rythmes biologiques humains sur la santé. On sait par exemple que le système immunitaire humain suit des rythmes quotidiens, que la fièvre a tendance à augmenter l’après-midi et que certains médicaments sont plus efficaces à certaines heures. Ici, l’attention se porte sur l’agent pathogène lui-même.

L’hypothèse qui émerge est troublante : et si les bactéries synchronisaient leur horloge interne avec celle de l’hôte pour infecter au moment où elles sont le mieux préparées ? Bien qu’il n’y ait pas encore de réponses définitives, cette nouvelle approche ouvre des pistes de recherche prometteuses pour mieux comprendre et combattre les infections, qui étaient jusqu’à présent analysées comme des processus intemporels.

Cette découverte ne promet pas de solutions immédiates ni de nouveaux antibiotiques révolutionnaires. Son impact est plus subtil et profond : elle ajoute une dimension temporelle à l’étude des bactéries résistantes. Et en science, c’est souvent la première étape vers des changements de stratégies plus importants. Si les bactéries « savent » quelle heure il est, la question n’est peut-être plus seulement de savoir avec quoi les traiter, mais aussi quand le faire.

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