La moitié des jeunes Suisses traversent une période de détresse psychologique, révèle une étude d’UNICEF. Les conséquences de crises mondiales cumulées pèsent lourdement sur la santé mentale des 14-25 ans, qui expriment un manque de soutien et une perception de stigmatisation persistante.
Une enquête alarmante publiée ce mercredi 5 novembre par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) met en lumière la fragilité de la santé mentale chez les jeunes Suisses. Selon l’étude, 52 % des adolescents et jeunes adultes âgés de 14 à 25 ans déclarent éprouver un profond malaise face aux turbulences actuelles : dérèglement climatique, conflits géopolitiques et précarité économique se succèdent, affectant leur bien-être psychique. Près de 40 % d’entre eux estiment même avoir besoin d’une aide professionnelle.
Ces chiffres ne surprennent guère le corps médical. La professeure Kerstin von Plessen, cheffe du Département de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), confirme la cohérence de ces résultats avec le constat quotidien et fait écho à des travaux antérieurs. « Ce qui m’interpelle davantage, c’est le chapitre concernant la stigmatisation de la santé mentale à l’école et en entreprise », confie-t-elle.
En effet, l’étude révèle qu’une proportion significative de jeunes Suisses interrogés perçoivent encore un jugement négatif dans ces environnements. 42 % estiment que le milieu scolaire véhicule des opinions défavorables envers ceux qui évoquent leurs difficultés psychiques, un sentiment partagé par 44 % des jeunes en milieu professionnel. La professeure von Plessen exprime sa surprise face à cette observation, considérant que la situation aurait dû évoluer positivement depuis la pandémie de Covid-19. « Je pensais vraiment que l’ampleur des problèmes de santé mentale était admise. Visiblement, ce n’est pas le cas partout », ajoute-t-elle.
Dans le canton de Vaud, le directeur général adjoint de la Direction psychologie, psychomotricité, logopédie en milieu scolaire (DPPLS), Raphaël Gerber, assure que des mesures sont déjà en place. « Nous n’avons pas attendu cette étude pour agir puisque nous travaillons sur le climat scolaire depuis une quinzaine d’années. Le Conseil d’État a débloqué des moyens financiers conséquents pour accompagner les jeunes et les adultes encadrants. Je précise que l’école a un rôle important à jouer mais que la santé mentale est l’affaire de tous. »
L’étude d’UNICEF soulève également la difficulté pour les jeunes en souffrance de trouver des solutions. Seuls 43 % des sondés savent où chercher du soutien. Quant aux stratégies d’adaptation, leur efficacité est variable. L’écoute de musique apparaît comme un remède populaire et efficace pour 77 % des jeunes, tandis que l’usage du téléphone portable tendrait à aggraver le mal-être.
« Là encore, je suis surprise », réagit Kerstin von Plessen. « Aujourd’hui, il est assez simple de trouver des possibilités d’accompagnement en effectuant une simple recherche sur internet. Il est par contre plus difficile de prendre l’initiative de consulter. Peut-être qu’il faudrait donc réfléchir à l’accès aux prestations à bas seuil. »
La professeure est moins étonnée par l’impact négatif des réseaux sociaux. Elle évoque un rapport récent d’Amnesty International dénonçant les algorithmes de plateformes comme TikTok qui orienteraient les jeunes vulnérables vers des contenus pro-suicide ou dépressifs. « Là, nous sommes à l’inverse de la stigmatisation, c’est de la romantisation choquante », commente-t-elle.
Un point plus encourageant émerge cependant : deux tiers des jeunes interrogés se disent prêts à agir pour aider leurs pairs en détresse. « Dans un contexte difficile, la génération Z affirme qu’elle veut contribuer à changer le monde, c’est un motif d’espoir », souligne Meije Bello, responsable de l’étude pour UNICEF International. Elle insiste sur le besoin d’accompagnement pour cette génération qui se sent investie d’une responsabilité et appelle à une mobilisation de tous les acteurs.