Publié le 21 octobre 2025 à 21h00. Un récent sondage révèle l’ampleur de la violence vécue par le personnel de soutien scolaire, des agressions physiques et verbales aux inconduites sexuelles, un constat qui attriste Claudine Léveillé, ancienne technicienne en éducation spécialisée ayant elle-même subi de multiples commotions cérébrales.
- Plus de la moitié des employés de soutien scolaire ont été victimes de menaces (56 %) ou de violence physique directe (52 %).
- Les agressions incluent cris, coups, langage grossier, menaces de mort et même des actes à caractère sexuel.
- Près d’un quart du personnel sondé envisage de quitter son poste en raison de ces violences.
« Je trouve ça désolant. Je trouve ça triste, parce que la technique d’éducation spécialisée, c’est une belle profession », confie Claudine Léveillé, qui a consacré une quinzaine d’années à travailler avec des enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme (TSA). Durant sa carrière, elle a accumulé plusieurs blessures, dont quatre commotions cérébrales, avant que son médecin ne la mette en garde contre les risques d’une cinquième commotion. Ces expériences personnelles l’amènent aujourd’hui à commenter avec gravité les résultats d’un sondage mené par la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP-CSN).
L’enquête, réalisée en ligne entre mai et septembre auprès de 6129 employés de soutien scolaire (incluant techniciens en éducation spécialisée, éducatrices en service de garde, secrétaires et concierges), met en lumière une réalité préoccupante. Les violences rapportées sont variées : 61 % des répondants font état de cris avec colère, 40 % de coups, 62 % de langage grossier, 14 % de menaces de mort, 24 % d’attaques avec objets, et des comportements à caractère sexuel sont également signalés (18 % de propos, 9 % de gestes, dont 5 % d’attouchements).
Ces agressions peuvent provenir d’élèves, de parents, de collègues ou de membres de la direction. Annie Charland, présidente du secteur scolaire à la FEESP-CSN, s’est dite surprise par la proportion d’inconduites à caractère sexuel, surtout venant d’élèves. « Ça, j’ai été surprise, parce que la majorité des gestes qui seraient survenus viendraient d’élèves. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y en ait autant », a-t-elle déclaré. Le sondage, diffusé via courriel professionnel aux 36 000 membres de la FEESP-CSN, a reçu 6129 réponses complètes.
Les conséquences de cette violence sont lourdes. Plus d’une personne sur quatre (26 %) a envisagé de quitter son emploi, un chiffre qui ne compte pas ceux qui sont déjà partis ou qui souffrent de présentéisme, c’est-à-dire qui travaillent malgré la blessure ou l’épuisement. Annie Charland souligne également qu’un niveau élevé de détresse psychologique a été rapporté par 48 % des sondés, atteignant 57 % chez le personnel en adaptation scolaire. Pour Claudine Léveillé, cette détresse s’explique par la pression sociale axée sur la performance. « Je comprends pourquoi ça arrive. Les élèves évoluent dans une société qui valorise la performance. Ces cocos-là, quand ils n’y arrivent pas, ils manquent de moyens pour l’exprimer, et ils le font par les coups », explique-t-elle.
La FEESP-CSN présentera officiellement ces conclusions lors d’un colloque consacré à la santé et à la sécurité au travail, prévu pour mardi prochain.