Publié le 16 février 2026 à 15h13. Le gouvernement irlandais envisage un nouveau dispositif d’épargne incitatif pour encourager les classes moyennes à investir, une initiative qui pourrait transformer la gestion de l’épargne des Irlandais, actuellement massivement placée sur des comptes peu rémunérés.
- Le gouvernement souhaite inciter les épargnants à diversifier leurs placements vers des produits plus rentables, mais aussi plus risqués, comme les actions.
- Ce nouveau système ne sera pas une reprise du SSIA (Special Savings Incentive Account) des années 2000, mais plutôt un ensemble d’incitations fiscales inspirées de modèles étrangers.
- La mise en place de ce dispositif s’inscrit dans une initiative plus large de l’Union européenne visant à créer un marché unique de l’épargne et de l’investissement.
Avec plus de 170 milliards d’euros dormants sur les comptes bancaires irlandais, le gouvernement cherche à dynamiser l’épargne et à stimuler l’investissement. Selon le Tánaiste (Vice-Premier ministre) et ministre des Finances, Simon Harris, il est temps d’offrir aux citoyens des alternatives aux taux d’intérêt traditionnellement bas. L’objectif est double : permettre aux ménages de constituer un patrimoine sur le long terme et fournir aux entreprises de nouvelles sources de financement.
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les Irlandais ne se tournent pas naturellement vers les marchés financiers. Le régime fiscal, avec une imposition de 33 % sur les plus-values, constitue un frein. De plus, les produits d’investissement, tels que les ETF (Exchange Traded Funds), sont soumis à une règle de cession présumée qui impose de payer l’impôt sur les gains tous les huit ans. Les frais liés à l’investissement et le risque inhérent aux marchés financiers dissuadent également de nombreux épargnants.
Le nouveau système envisagé par le gouvernement ne reproduira pas le modèle du SSIA, qui offrait un bonus de 25 % sur l’épargne après cinq ans. L’idée n’est pas de stimuler l’épargne en elle-même, mais de proposer des options d’investissement plus attractives. Simon Harris s’est inspiré de dispositifs existants au Royaume-Uni, au Canada et en Suède, qui offrent des avantages fiscaux pour l’argent investi sur une période donnée.
Au Royaume-Uni, le compte d’épargne individuel (ISA) permet d’épargner jusqu’à 20 000 £ par an (environ 23 500 €) sans impôt sur les intérêts ou les gains en capital. Un ISA spécial dit « à vie » est également disponible pour l’achat d’une première maison ou la préparation de la retraite. Au Canada, il est possible d’investir jusqu’à 7 000 $ CA (environ 5 100 €) par an sur les marchés financiers en franchise d’impôt, en plus d’un régime d’épargne-retraite distinct. La Suède propose quant à elle un compte d’épargne-investissement avec des limites d’exonération fiscale généreuses.
Le gouvernement irlandais doit maintenant préciser les contours de son dispositif. Il devra notamment déterminer le niveau d’incitation fiscale, la structure des produits d’investissement proposés et leur intégration avec le régime de retraite existant. Une collaboration étroite avec le secteur financier sera essentielle pour concevoir des produits simples et peu coûteux. La question de l’utilisation des liquidités accumulées pour financer des investissements publics à long terme, notamment dans le logement, pourrait également être examinée.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’Union de l’épargne et de l’investissement promue par l’Union européenne, qui vise à créer un marché unique plus vaste, financé par l’épargne, et à faciliter l’accès au financement pour les start-ups et les entreprises en croissance. L’enjeu politique est de présenter cette mesure comme une « récompense » pour ceux qui investissent, tout en reconnaissant les risques inhérents aux marchés financiers. Une éducation financière adéquate sera donc cruciale pour sensibiliser les investisseurs à la nature à long terme de cet instrument d’épargne.