Publié le 7 février 2026 à 08h00. Alors que la pandémie de Covid-19 n’est pas encore un souvenir lointain, les experts s’accordent à dire que de nouvelles menaces sanitaires sont à l’horizon, des virus émergents aux bactéries résistantes aux antibiotiques, en passant par la réapparition de maladies vectorielles.
- Les experts soulignent la distinction entre une pandémie et un événement de santé publique d’intérêt international (ESPI).
- Les virus à ARN à polarité négative, comme la rougeole et Ebola, présentent un risque élevé de déclencher de nouvelles épidémies.
- Les bactéries multirésistantes constituent une menace majeure pour la santé publique mondiale, qualifiée de « pandémie silencieuse ».
Pour anticiper les pandémies de demain, il est essentiel de comprendre la nature même d’une pandémie. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, un événement de santé publique d’intérêt international (ESPI) se caractérise par son caractère inhabituel, sa gravité et son potentiel d’affecter le transit international de personnes ou de marchandises. Une pandémie, en revanche, est un concept plus large. « Une ESPI implique qu’elle est inhabituelle, grave et qu’elle peut affecter le transit international de personnes ou de marchandises ; alors que, par exemple, l’infection grippale annuelle est pandémique », rappelle l’épidémiologiste Adrien Aginagalde, coordinateur de la Section de Santé Publique de l’Académie des Sciences Médicales.
M. Aginagalde souligne également que la sensibilité des décideurs face à ces menaces a augmenté et que les ressources sont mobilisées plus rapidement qu’auparavant. « Probablement, dans les ESPI, le critère de sensibilité que nous avions un peu changé », ajoute-t-il, précisant que « Il y a plus de sensibilité de la part des décideurs et les ressources sont mobilisées plus facilement ». Il tempère toutefois l’optimisme en rappelant que « Une chose que la pandémie a amenée, c’est qu’on croit que les épidémiologistes sont des futuristes, et bien au contraire. Notre capacité de prévision est faible ».
Les virologues mettent en garde depuis longtemps contre le potentiel pandémique des virus à ARN à polarité négative, tels que la rougeole ou Ebola. Ces virus « ont pas mal de signes » avant-coureurs. Le Mers, un « frère cousin » du SARS-CoV-1, était ainsi considéré comme « comme le prélude au SARS-CoV-2 », bien que « personne-personne ne s’est pas bien étendue ». Par ailleurs, on observe une réémergence d’infections transmises par les rongeurs, favorisée par le changement climatique qui leur offre davantage de nourriture et favorise leur prolifération, entraînant des « petits incréments » qui avaient déjà inquiété en 2010 à Madagascar avec le poisson.
La menace de bactéries multirésistantes
L’épidémiologiste s’inquiète particulièrement des bactéries multirésistantes, qu’il considère comme « la vraie menace ». L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) les a classées comme la menace du 21ème siècle. « Pas des bactéries multirésistantes, car elles sont là. Elles sont là depuis les années 90, en augmentation. Ce n’est pas inconnu, le problème est de l’arrêter », assure-t-il. C’est, selon lui, la grande menace du 21ème siècle, et il souligne également le risque lié aux maladies vectorielles (infections propagées par des organismes vivants), qui « en Europe, ils sont réapparus » et qui « avant la crise du covid, nous les avions sous le radar », même si « ils nous inquiétaient ».
Le professeur de microbiologie à l’Université du Pays Basque (EHU) et vice-président de l’Académie des Sciences Médicales de Bilbao, Miren Estado, rappelle que « La grande majorité des pandémies sont provoquées ou ont été provoquées par des virus » qui étaient, à l’époque, inconnus et ont émergé. Cependant, elle prévient qu’il faut également prendre en compte d’autres micro-organismes : bactéries, champignons et parasites. Elle met notamment en lumière les bactéries multirésistantes à différents antimicrobiens, dont on parle déjà comme une « pandémie silencieuse », car elles causent des décès et sont résistantes à tous les médicaments disponibles. « C’est aussi quelque chose qui doit être analysé, contrôlé, surveillé en permanence », insiste-t-elle.
Le développement de nouveaux antimicrobiens – antibiotiques en particulier – est également très lent. « De nouveaux antibiotiques apparaissent à peine », et les bactéries qui génèrent un important mélange de cas cliniques en étant résistantes à tout l’arsenal des antibiotiques actuel représentent « un problème supplémentaire ». « Cela peut aussi être un autre foyer d’éventuelles pandémies à prendre en compte », dit ce professeur, qui anticipe que certaines de ces bactéries pourraient être considérées comme des « pandémies silencieuses » car « Elles tuent des milliers de personnes chaque année dans le monde ».