Au Japon, la discipline et la performance professionnelle ne suffisent plus : il faut aussi veiller à sa ligne. Depuis 2008, une loi baptisée « Metabo » impose des contraintes strictes sur le tour de taille des employés, sous peine de sanctions pour les entreprises. L’objectif affiché est de lutter contre l’obésité et ses coûts sanitaires associés.
Promulguée par le ministère de la Santé, du Travail et de la Protection Sociale, la loi « Metabo » vise à combattre l’épidémie d’obésité et à réduire les dépenses de santé liées aux maladies cardiovasculaires et au diabète. La législation oblige les entreprises et administrations à mesurer annuellement le tour de taille de leurs employés âgés de plus de 40 ans. Les seuils réglementaires sont fixés à 85 centimètres pour les hommes et 90 centimètres pour les femmes.
Lorsque ces mesures sont dépassées, les entreprises ont l’obligation de proposer à leurs salariés un accompagnement nutritionnel et des programmes d’activité physique. Si la proportion d’employés excédant ces limites dépasse les seuils gouvernementaux, les entreprises s’exposent à des amendes financières et à une réduction de leurs subventions publiques. Ce dispositif, loin d’être anecdotique, s’inscrit dans une culture où l’effort au travail est une valeur cardinale.
Cependant, l’application de cette mesure suscite un débat persistant. Les critiques soulignent que la loi Metabo pourrait favoriser la discrimination physique et imposer une pression supplémentaire aux salariés, dans une société déjà marquée par une forte exigence professionnelle. Nombreux sont les travailleurs à exprimer leur gêne ou leur anxiété à l’approche des mesures annuelles. Par ailleurs, certains professionnels de santé remettent en question la pertinence d’établir une norme de taille unique pour l’ensemble de la population.
Malgré ces critiques, le gouvernement japonais maintient que cette réglementation a contribué à une prise de conscience accrue en matière de santé et d’activité physique. Dans un pays où la longévité est une source de fierté nationale, rester en forme est devenu un impératif qui dépasse la simple esthétique pour revêtir une dimension économique et professionnelle. Au Japon, l’effort ne s’arrête pas aux portes du bureau ; il s’étend à l’échelle sociétale.