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Vous ne pouvez plus l’exclure ? Le chancelier Merz envisage l’AfD

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Publié le 18 octobre 2025, 08h06. Au sein de la CDU, le débat fait rage : faut-il ou non maintenir le cordon sanitaire autour de l’AfD, parti d’extrême droite dont la montée en puissance inquiète ? Cette question épineuse, au cœur des discussions de la direction conservatrice ce week-end, divise et fragilise le paysage politique allemand.

  • Trois anciens leaders de la CDU/CSU appellent à une ouverture pragmatique envers l’AfD, rompant avec la stratégie du « pare-feu ».
  • L’AfD, désormais deuxième force politique en Allemagne, gagne du terrain et domine même certains sondages.
  • Les services de sécurité intérieure allemands considèrent l’AfD comme un mouvement d’extrême droite radicalisé.

La question de la coopération avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) agite les rangs de la Union chrétienne-démocrate (CDU) et de l’Union chrétienne-sociale (CSU). Cette semaine, trois anciens dirigeants des partis conservateurs, dont Peter Tauber, ancien secrétaire général de la CDU, et Karl-Theodor zu Guttenberg, ex-ministre de la Défense de la CSU, ont plaidé pour une révision de la stratégie actuelle. Selon eux, le « pare-feu » qui isole l’AfD a paradoxalement contribué à sa croissance. Ils estiment qu’il est temps de pouvoir envisager des « relations plus fluides » et d’accepter des décisions soutenues par l’AfD, sans pour autant tomber dans une rhétorique rappelant le nazisme.

Cette prise de position relance un débat ancien, devenu d’autant plus pressant que l’AfD s’affirme comme la deuxième force politique du pays, talonnant la CDU/CSU et même en tête dans certains sondages. Jusqu’à présent, les autres partis politiques allemands ont systématiquement refusé toute forme de coopération, une position renforcée par les conclusions des services de renseignement intérieur allemand (Verfassungsschutz) qui ont qualifié le parti d’extrême droite et de radicalisé. Cette exclusion va au-delà de la simple formation de gouvernements ; elle implique également le refus de soutenir ou de laisser adopter des propositions législatives avec l’aide de l’AfD.

Karl-Theodor zu Guttenberg soutient que le boycott n’est pas une solution pour désillusionner les électeurs de l’AfD. Il estime que le parti conservateur ne devrait pas craindre d’affronter l’AfD, arguant que nombre de ses membres manquent de substance. D’autres voix au sein du parti convergent vers cette idée, suggérant qu’un dialogue, même prudent, pourrait être nécessaire.

« Le passé montre que lorsque les conservateurs se tournent, le pays tourne. »

Hakan Demir, parlementaire du SPD

Cependant, cette ouverture suscite de vives inquiétudes et des mises en garde. Hakan Demir, parlementaire du Parti social-démocrate (SPD), a alerté sur les risques d’une « normalisation » de l’AfD, rappelant que « lorsque les conservateurs se tournent, le pays tourne ». Les sociaux-démocrates, ainsi que les Verts et La Gauche (Die Linke), voient dans cette stratégie une menace pour la démocratie et se sentent « condamnés les uns aux autres » pour contenir l’AfD.

Le chef du parti de l’AfD, Alice Weidel, a d’ailleurs souligné cette interdépendance, affirmant que l’exclusion de son parti par les conservateurs les rendait dépendants de leurs adversaires de gauche. Selon elle, cette situation ne durera pas et les démocrates-chrétiens finiront par collaborer avec l’AfD, y voyant le chemin le plus rapide pour accéder au pouvoir. Cette perspective est vue par les opposants comme un danger majeur pour la cohésion nationale.

Friedrich Merz, leader de la CDU, se trouve dans une position délicate. Il est régulièrement accusé de flirter avec les thèmes de l’extrême droite, notamment sur la question de l’immigration, dans une tentative de reconquérir un électorat attiré par l’AfD. Récemment, une déclaration de Merz sur les migrants, lors d’une visite dans le Brandebourg, a provoqué une polémique, nécessitant une clarification de la part d’un porte-parole du gouvernement qui a dû préciser que la déclaration n’était pas considérée comme raciste. La CDU a elle-même publié une analyse de son propre bureau scientifique, qui conclut que la coopération avec l’extrême droite présente plus d’inconvénients que d’avantages, en s’appuyant notamment sur des exemples européens comme celui du CDA aux Pays-Bas.

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