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Wien Modern a ouvert désagréablement dans le meilleur sens du terme

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Publié le 2023-10-28 15:00:00. Le Festival Wien Modern a donné le coup d’envoi de son édition 2023 sous le signe du « Grand apprentissage », proposant une ouverture audacieuse avec l’Orchestre Symphonique de la Radio (RSO) de Vienne. Le concert inaugural a marqué les esprits en explorant les œuvres de compositeurs contemporains qui mettent en lumière la diaspora africaine et son absence dans le répertoire classique.

  • Le concert d’ouverture, dirigé par Vimbayi Kaziboni, a suscité l’éveil des consciences musicales à Vienne.
  • Des pièces de George Lewis, Hannah Kendall et Jessie Cox ont déconstruit les représentations musicales traditionnelles.
  • L’expérience auditive immersive a bouleversé le public, le confrontant à des sonorités et des structures inattendues.

Sous la bannière « Le grand apprentissage », Wien Modern s’est fixé pour objectif d’élargir les horizons musicaux. L’audace de cette ambition s’est révélée dès la soirée de lancement au Konzerthaus, où l’Orchestre Symphonique de la Radio (RSO) de Vienne, sous la direction de Vimbayi Kaziboni, a livré une performance qui a définitivement piqué la curiosité d’une ville réputée pour son attachement aux traditions. Au programme, des compositions de George Lewis, Hannah Kendall et Jessie Cox, trois figures de proue de la musique contemporaine dont les œuvres abordent, sous des angles variés, la question de la diaspora africaine et de sa marginalisation dans l’histoire de la musique classique.

L’effet produit sur l’auditeur est électrisant. Les quatre pièces interprétées partagent un sentiment de désorientation, comme une plongée brutale dans un monde inconnu. La musique, d’une intensité graphique saisissante, déploie des sonorités dystopiques à un rythme effréné, générant des mouvements précipités dans l’esprit. On y entend des pas pressés, suivis de trébuchements haletants, puis des silences soudains qui invitent à une respiration collective. L’orchestre entre et sort avec des changements de direction saccadés, ponctuées de clous dramatiques. Cette approche audacieuse vient bousculer la passivité habituelle du public et renverse les hiérarchies établies, offrant une salutaire inversion du monde.

George Lewis, professeur et compositeur renommé, voit dans cette instabilité un terreau fertile pour le changement. Lors des entretiens précédant le festival, il a exprimé son souhait :

« J’espère que cette musique ne crée pas de stress, mais de l’empathie, car diverses formes d’altération – une expression du stress chronique que subissent les groupes marginalisés en raison de la pauvreté et de la discrimination – nous affectent tous. »

George Lewis, professeur et compositeur

Son vœu s’est manifesté durant le concert, confrontant l’auditoire, dans le décor fastueux du Konzerthaus, à une expérience de malaise palpable, emblématique du canon classique. Loin d’être une écoute confortable, l’événement s’est avéré intensément passionnant.

Hannah Kendall, également compositrice reconnue, explore dans ses œuvres primées les complexités des apprentissages sociaux. Sa pièce « Il étend le nord sur le vide et accroche la terre à rien », choisie pour ouvrir le festival, met en parallèle la traite négrière atlantique et l’apogée de la musique classique avec une élégance saisissante. L’œuvre navigue avec aisance entre des références musicales, citant notamment la Symphonie n°2 de Schumann et la Symphonie « Jupiter » de Mozart, cette dernière résonnant de manière inquiétante, comme une boîte à musique dans un silence de mort, concluant la pièce sur une note digne d’un film d’horreur.

Un sentiment d’étrangeté et un désir insatisfait du familier traversent également l’œuvre de Jessie Cox. Dans « Schattenspiele » (Jeux d’ombres), une atmosphère délicate précède l’émergence de dissonances subtiles qui se mêlent à une brume sonore. L’ambiance oscille entre l’effroi et une lueur d’espoir, captivant le public.

Au terme de longs applaudissements, le public quitte la Grande Salle, secoué, dépoussiéré et paradoxalement revitalisé par cette expérience intense. La musique a brillamment rempli sa mission : transformer une émotion subjective en une expérience collective partagée. Wien Modern a ainsi mis à profit son pouvoir de transformation pour élargir de manière significative la diversité des voix culturelles représentées.

Plus d’informations sur le festival : wienmodern.at

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