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« Wuthering Heights » d’Emerald Fennell est le rêve de tout lecteur

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L’adaptation des « Hauts de Hurlevent » d’Émeraude Fennell a suscité de nombreuses interrogations avant même sa sortie, notamment en raison de l’utilisation intrigante de guillemets autour du titre. Au-delà des spéculations, le film se révèle une relecture audacieuse et visuellement saisissante du classique de Brontë, qui explore la subjectivité de la lecture et la puissance de l’imagination.

Dans les mois précédant la sortie du film, les affiches et les bandes-annonces avaient semé le trouble. L’encadrement du titre par des guillemets a alimenté les théories des spectateurs. Certains y voyaient un simple hommage aux affiches de films d’époque, tandis que d’autres pensaient que Fennell, connue pour son approche provocatrice, signalait une interprétation radicalement différente de l’œuvre originale. Une hypothèse populaire suggérait que le film serait présenté du point de vue d’une lectrice, dont l’imagination donnerait vie à l’histoire d’amour tumultueuse de Cathy et Heathcliff.

Fennell a rapidement démenti ces spéculations. « Je ne peux pas dire que je fais *le* « Hauts de Hurlevent » définitif, ce n’est pas possible », a-t-elle expliqué. « Ce que je peux dire, c’est que j’en fais une version. Il y a une version dont je me souviens avoir lu et qui n’est pas tout à fait réelle. Et il y a une version selon laquelle je voulais que des choses se produisent qui ne se sont jamais produites. »

Le film ne se contente pas de raconter l’histoire de Cathy et Heathcliff, il la contemple avec un mélange d’impassibilité et d’humour noir. Les anachronismes sont assumés et les libertés prises avec le texte original sont présentées comme des digressions affectueuses. L’œuvre de Fennell est un hommage romantique et douloureux à la sensation enivrante de se perdre dans un grand livre, à dévorer chaque page avec avidité.

Dès la séquence d’ouverture, Fennell brise les attentes. Elle est consciente de la réception contrastée de ses précédents films, « Une jeune femme prometteuse » et « Saltburn », qui ont souvent suscité à la fois l’admiration et la controverse. Tina Fey avait même plaisanté sur le penchant de la réalisatrice pour les scènes choquantes. Anticipant une intensité sexuelle et une certaine débauche, Fennell joue avec les perceptions du public.

Le film débute par un grincement sinistre, qui s’intensifie progressivement sur un fond noir. Ce bruit, qui pourrait initialement évoquer une scène d’intimité entre Cathy (Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi), se révèle être le craquement du bois d’une potence, alors qu’un pendu est en train de mourir sous le regard d’une jeune Cathy et de sa gouvernante, Nelly (interprétée par Hong Chau à l’âge adulte). Cette mise en scène préfigure l’approche de Fennell, qui rappelle au spectateur que même en connaissant l’histoire, l’expérience de la visionner est toujours imprévisible.

Le film suit fidèlement les principaux événements du roman : l’amitié naissante entre Cathy et Heathcliff, leur amour secret entravé par les barrières sociales, le mariage de Cathy avec Edgar Linton (Shazad Latif) et les conséquences désastreuses de la vengeance de Heathcliff. Cependant, Fennell enrichit le récit avec une esthétique visuelle somptueuse et des costumes époustouflants.

Les images de Fennell ne sont pas simplement littérales, elles traduisent la manière dont l’esprit humain transforme la prose et les descriptions écrites en un monde tangible. Par exemple, les fraises que Cathy et Isabella partagent sont dépeintes comme étant démesurément grosses, symbolisant la douceur de leur relation avant qu’elle ne se détériore. La pâleur de Cathy est accentuée par les tissus délicats de sa chambre, évoquant la fragilité de sa liberté.

Fennell ne se contente pas de réinterpréter le roman, elle le réinvente, à l’image de Baz Luhrmann avec « Roméo + Juliette ». Son « Hauts de Hurlevent » n’est pas une simple adaptation, mais une expérience sensorielle intense, un sentiment pur et sincère qui incite le spectateur à replonger dans l’œuvre originale. Le film rappelle la puissance d’un roman et la multitude d’émotions qu’il peut susciter. Si l’amour est complexe, beau et douloureux, l’adaptation de Fennell l’est tout autant.

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