Publié le 31 octobre 2025, 18h23. L’agence spatiale américaine a fait voler pour la première fois son nouvel avion expérimental X-59, conçu pour tester la possibilité de vols supersoniques sans générer le bruit assourdissant du « bang sonique ». Ce succès ouvre la voie à une nouvelle ère potentielle pour les voyages aériens rapides.
- Le X-59, avion supersonique silencieux de la NASA, a effectué son vol inaugural au-dessus de la Californie.
- L’appareil a pour objectif de démontrer que les vols supersoniques peuvent être réalisés sans le traditionnel bang sonique.
- Des tests futurs incluront des survoles de zones habitées pour évaluer les réactions du public.
Le nouveau prototype de la NASA, baptisé X-59 et développé dans le cadre du programme Quesst (Quiet Supersonic Technology), a récemment pris son envol pour la première fois, marquant une étape significative dans la recherche de vols supersoniques discrets. Les images du constructeur Lockheed Martin documentent ce premier vol, qui vise à prouver qu’il est possible de franchir le mur du son sans provoquer le vacarme habituel, une avancée qui pourrait révolutionner le transport aérien.
Ce premier vol marque le début d’une campagne d’essais rigoureuse. Dans un premier temps, le X-59 évoluera à des vitesses subsoniques avant de passer aux vols supersoniques. L’objectif est d’atteindre une vitesse de croisière de Mach 1,4 (environ 1 731 km/h) à une altitude de 17 kilomètres, tout en minimisant le bruit. La NASA prévoit d’utiliser des capteurs spécifiques pour mesurer précisément les niveaux sonores émis.
Une fois ces tests de performance validés, le X-59 effectuera des survols au-dessus de zones peuplées. L’objectif est de recueillir des données sur la perception du bruit par la population et d’évaluer leur réaction face à un bang sonique atténué. Ces informations seront cruciales pour les autorités de l’aviation, comme la Federal Aviation Administration (FAA) américaine, afin de potentiellement réviser les réglementations actuelles concernant les vols supersoniques au-dessus des terres.
L’espoir de la NASA est qu’une telle technologie ouvre la voie à une nouvelle génération d’avions de ligne capables de doubler la vitesse des appareils actuels, mais sans la nuisance sonore des précédents avions supersoniques, tels que le Concorde. Le bruit au sol ne devrait, idéalement, pas excéder celui d’une portière de voiture qui claque. La concrétisation de cette vision dépendra de la fiabilité technique, de la performance sonore réelle, mais aussi de l’acceptation sociale et de l’évolution des cadres réglementaires.
Le Concorde, dernier avion civil à avoir transporté des passagers à des vitesses supersoniques (jusqu’à Mach 2,04, soit environ 2 522 km/h), a effectué son dernier vol commercial en 2003. Depuis, les vols civils supersoniques au-dessus des terres sont interdits aux États-Unis depuis 1973, en raison des préoccupations liées aux impacts potentiels du puissant bang sonique sur les populations. Le X-59 vise à démontrer qu’une alternative plus silencieuse est réalisable, dans le but de lever cette interdiction à terme.
La conception du X-59 par Lockheed Martin est le fruit de décennies de recherche en aérodynamique. Son allure futuriste, caractérisée par un nez long et effilé, n’est pas qu’esthétique : elle est optimisée pour réduire la formation des ondes sonores. Pour préserver cette forme et améliorer la visibilité du pilote, le cockpit traditionnel a été remplacé par un système de caméra diffusant l’image sur un écran, offrant une vue vers l’avant sans interrompre la ligne aérodynamique.
Le X-59 lors de son premier vol au-dessus de la Californie : l’avion d’essai futuriste est censé atteindre des vitesses supersoniques – sans le bruit typique.
Photo: Lockheed Martin Aeronautics
Une particularité de la conception réside dans l’emplacement du moteur : il est positionné au-dessus du fuselage, et non en dessous comme sur la plupart des avions à réaction. Cette disposition inhabituelle vise à empêcher les ondes de pression générées lors du vol supersonique d’atteindre le sol.
Le moteur du X-59 est situé au-dessus de l’avion plutôt que sous le fuselage, comme c’est le cas pour la plupart des avions à réaction.
Photo : Robyn Beck (AFP)
Edgar Schuler, rédacteur.