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Yifat Tomer-Yerushalmi | Le cas du principal avocat militaire d’Israël qui a divulgué une vidéo de la torture d’un prisonnier palestinien et a fini en prison | Gaza | Hamas | Benjamin Netanyahou | Note | MONDE

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Publié le 5 novembre 2025. Une vidéo choquante de mauvais traitements infligés à un détenu palestinien dans la base militaire de Sde Teiman, dans le Néguev, a éclaté au grand jour en août 2024, déclenchant un scandale sans précédent qui a conduit à l’arrestation de militaires réservistes et à la démission forcée de la juriste militaire en chef, Yifat Tomer-Yerushalmi.

  • La base de Sde Teiman, utilisée comme centre de détention massif pour les Palestiniens depuis les attaques du 7 octobre 2023, est au cœur d’accusations d’abus, de torture et de conditions inhumaines.
  • La diffusion d’une vidéo montrant des mauvais traitements infligés à un détenu a provoqué l’indignation internationale et des remous politiques internes en Israël.
  • La juriste militaire Yifat Tomer-Yerushalmi, qui a autorisé la diffusion de la vidéo, a démissionné et a été placée en détention, entraînant une crise au sein de l’armée israélienne.

Depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023, la base militaire de Sde Teiman, située dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël, est devenue un centre névralgique pour la détention de milliers de Palestiniens arrêtés lors des opérations israéliennes à Gaza. Diverses organisations de défense des droits humains, telles que A Moked et Médecins pour les Droits de l’Homme, ont dénoncé l’existence d’un lieu de détention secret, opérant sans accès à des avocats et dans des conditions décrites comme inhumaines, incluant torture physique, privation de sommeil et traitements dégradants. D’anciens détenus rapportent des témoignages glaçants sur des enfermements en cages à ciel ouvert, des semaines de bandeau et de menottes, ainsi que des interrogatoires musclés sans supervision judiciaire.

La situation a pris une tournure explosive le 5 juillet 2024, lorsqu’un détenu palestinien de Sde Teiman a été hospitalisé avec des côtes cassées et une déchirure rectale, suite à des passages à tabac infligés par des réservistes de la « Force 100 », une unité de la police militaire chargée de la garde des prisonniers.

Une enquête militaire a rapidement suivi, menant à l’arrestation de neuf réservistes soupçonnés de participation aux faits. Cependant, ces arrestations ont suscité une vive réaction de la part de personnalités politiques et militants de droite, certains allant jusqu’à tenter d’empêcher les interpellations. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a vivement critiqué la juriste militaire Yifat Tomer-Yerushalmi, l’accusant d’une « application sélective de la loi », tandis que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a appelé à « laisser les soldats tranquilles ».

Le point culminant de cette affaire est survenu le 6 août 2024, avec la diffusion par le journaliste Guy Peleg d’une vidéo issue des caméras de sécurité de Sde Teiman. Ces images accablantes révèlent des scènes de torture, où un détenu palestinien, nu jusqu’à la taille, les mains liées et entouré de soldats, est visiblement maltraité. La vidéo montre des militaires se moquant de lui, le poussant, et l’un d’eux semblant utiliser un objet métallique dans la région rectale du prisonnier. Le détenu, tordu de douleur, crie pendant que les soldats rient ou tiennent des propos désobligeants.

La publication de cette vidéo a provoqué une onde de choc, tant sur la scène internationale qu’au sein même de l’armée israélienne. En février 2025, cinq soldats, assignés à résidence, ont été formellement inculpés pour blessures graves et voies de fait avec circonstances aggravantes. L’acte d’accusation ne mentionne pas de viol, mais précise que les blessures ont été causées par un objet pointu infligé près du rectum.

L’affaire a pris une nouvelle dimension le 29 octobre, lorsque le procureur général Gali Baharav-Miara a ordonné l’ouverture d’une enquête criminelle sur la « fuite » de la vidéo. Yifat Tomer-Yerushalmi, alors juriste en chef de l’armée, a alors pris un congé. Deux jours plus tard, elle annonçait sa démission, admettant avoir approuvé la divulgation de la vidéo dans le but de « contrer la propagande fausse dirigée contre les autorités militaires chargées de l’application des lois », faisant référence aux soutiens de droite niant les faits.

Le 2 novembre, Yifat Tomer-Yerushalmi a disparu pendant plusieurs heures, déclenchant une vaste opération de recherche. Elle a finalement été retrouvée saine et sauve, avant d’être placée en garde à vue pour suspicion d’entrave à la justice, fraude, abus de confiance et abus de pouvoir.

Dimanche dernier, quatre des réservistes impliqués sont apparus devant la Cour suprême de Jérusalem, cagoulés et accompagnés de leurs avocats, exigeant l’abandon des poursuites. L’un d’eux, Adi Keidar, a dénoncé une « procédure judiciaire imparfaite, biaisée et complètement corrompue ».

Pour l’analyste international Carlos Novoa, l’arrestation de Yifat Tomer-Yerushalmi constitue un avertissement clair contre la divulgation d’informations militaires sensibles en Israël, dans un climat politique polarisé. Selon lui, la diffusion de cette vidéo, offrant des preuves tangibles, marque un tournant dans la manière dont les forces armées israéliennes traitent les prisonniers palestiniens, une pratique pourtant dénoncée depuis des années sans être aussi clairement documentée. La réaction de l’État israélien reflète une tension entre la préservation de l’image de l’armée et les pressions des organisations de défense des droits humains. Sur la scène internationale, cet épisode renforce les accusations d’excès militaires portées contre Israël, notamment devant la Cour pénale internationale.

Yifat Tomer-Yerushalmi, native de Netanya, est diplômée de l’Université hébraïque de Jérusalem et a complété des études de troisième cycle à l’Université de Tel-Aviv et à l’École de l’avocat général de l’armée américaine. Sa carrière au sein du système judiciaire militaire israélien a été marquée par son passage comme juge militaire durant une période de forte tension du conflit israélo-palestinien. Nommée conseillère en égalité des genres en 2019, elle a œuvré à la promotion de politiques internes contre le harcèlement sexuel et pour l’inclusion des femmes dans l’armée. Reconnaissant son rôle dans la transformation culturelle de l’armée, le magazine Globes l’a incluse dans sa liste des 50 femmes les plus influentes d’Israël en 2022. Sa consécration est arrivée en 2021 avec sa nomination comme Avocate générale de l’armée, plus haute autorité judiciaire des Forces de défense israéliennes. Sa carrière a brusquement pris fin dans le sillage de ce scandale.

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