Publié le 17 février 2024 à 20h18. Une étude alarmante révèle que près de 261 000 publications scientifiques sur le cancer pourraient être le fruit de fraudes, soulevant des questions sur l’intégrité de la recherche biomédicale à l’échelle mondiale.
- Une analyse basée sur l’intelligence artificielle a identifié 261 245 articles sur le cancer présentant des similitudes avec des publications frauduleuses ou rétractées.
- La Chine, l’Iran et l’Arabie saoudite sont les pays les plus concernés par ces pratiques, représentant à eux seuls 62 % des articles suspects.
- Les « usines à articles », des entreprises proposant des services de rédaction et de publication frauduleuses, sont pointées du doigt.
L’ampleur de la fraude scientifique pourrait être bien plus importante qu’on ne le pensait. Une nouvelle étude, publiée fin janvier dans le BMJ (British Medical Journal) , estime qu’environ 10 % des publications sur le cancer répertoriées dans la base de données PubMed pourraient être le résultat de pratiques douteuses.
Les chercheurs ont développé un modèle d’intelligence artificielle capable de détecter les articles qui présentent des caractéristiques communes aux publications produites par les « usines à articles ». Ces entreprises proposent des services de rédaction et de soumission de manuscrits frauduleux à des revues scientifiques, souvent en réponse à la pression exercée sur les chercheurs pour publier régulièrement.
« Il existe une forte incitation à acheter des articles scientifiques, notamment en Chine, où de nombreux médecins sont tenus de faire des recherches et de publier leurs résultats, mais ils travaillent déjà de longues heures. Il existe donc un marché et les gens utilisent ce service. »
Adrian Barnett, professeur à l’École de santé publique et de travail social de l’Université de technologie du Queensland en Australie
Le modèle a été entraîné sur une base de données de 4 404 articles, dont la moitié étaient des publications rétractées en raison d’erreurs ou de fraudes avérées, et l’autre moitié des articles légitimes. Sa précision dans l’identification des articles suspects s’élève à 91 %.
L’analyse de 2,6 millions d’articles sur le cancer présents dans PubMed a révélé que 261 245 d’entre eux présentaient des caractéristiques similaires à celles des articles frauduleux. La Chine est le pays le plus touché, avec 36 % des articles suspects attribués à des affiliations chinoises. L’Iran (20 %) et l’Arabie saoudite (16 %) suivent, tandis que le Brésil représente 4 % du total.
Selon Adrian Barnett, les résultats de l’étude sont préoccupants. Il souligne que l’analyse de certains manuscrits identifiés comme suspects a confirmé qu’il s’agissait bien de publications frauduleuses. Il reconnaît toutefois que les « usines à articles » améliorent constamment leurs méthodes, ce qui pourrait permettre à certains articles de contourner le modèle de détection.
La lutte contre la fraude scientifique nécessite une action concertée. Les éditeurs scientifiques doivent renforcer leurs procédures de contrôle et de vérification, tandis que les chercheurs doivent s’engager à ne pas recourir aux services des « usines à articles ». Il est également essentiel de s’attaquer aux facteurs qui favorisent l’émergence de ces pratiques, tels que la pression excessive pour publier.
« Beaucoup de gens rejetteraient simplement le problème des publications des usines de papier et diraient : « Ces articles ne paraissent que dans des revues prédatrices ou des magazines de mauvaise qualité que je ne lis pas. » »
Adrian Barnett, professeur à l’École de santé publique et de travail social de l’Université de technologie du Queensland en Australie
Les chercheurs estiment qu’une réduction de la pression pour publier constamment des articles scientifiques pourrait diminuer la demande pour les services des « usines à articles » et contribuer à restaurer l’intégrité de la recherche biomédicale.
