Malgré une réduction du nombre de consultations, les médecins généralistes passent plus de temps sur leur dossier médical électronique (DME). Une nouvelle étude révèle que cette charge administrative croissante ne diminue pas forcément avec un agenda moins rempli, posant des questions sur l’accès aux soins et la rémunération des médecins.
L’étude, publiée dans la revue Health Affairs et basée sur l’analyse de données nationales issues du système de DME Epic entre 2019 et 2022, montre que les médecins ayant réduit leur volume de consultations ont vu celui-ci diminuer de 32,6 %. Cependant, le temps consacré à leur DME n’a baissé que de 21,2 %. En conséquence, le temps passé dans les systèmes de dossiers par consultation a augmenté de plus de 20 %.
Les médecins de premier recours sont confrontés à de nombreuses tâches administratives en dehors des consultations, notamment la gestion des messages des patients. Réduire le nombre de rendez-vous ne supprime donc pas nécessairement ces tâches, soulignent les chercheurs. Cette situation a des répercussions directes sur leurs revenus et sur la capacité des patients à obtenir des soins rapidement.
L’analyse a révélé que le temps mensuel passé sur le DME en dehors des heures de consultation a diminué de seulement 12,8 % pour les médecins ayant réduit leur activité. Parallèlement, le temps consacré au DME par consultation a augmenté de près de 40 %. Plus précisément, la gestion des messages électroniques des patients a augmenté de plus de 29 % et le temps consacré aux examens cliniques de près de 26 %, tandis que la rédaction des notes a progressé de plus de 18 %.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce paradoxe. Les médecins pourraient réduire le nombre de rendez-vous sans pour autant diminuer le nombre de patients qu’ils suivent, ce qui entraîne une augmentation des messages. Ils pourraient également choisir de limiter les consultations pour consacrer plus de temps à chaque patient, ou pour se concentrer sur les cas les plus complexes. L’étude a en effet constaté que la complexité des patients – mesurée par l’âge et le nombre de prescriptions et de problèmes médicaux enregistrés par consultation – a augmenté pour les médecins ayant réduit leur disponibilité.
Les chercheurs mettent en garde contre une possible aggravation des délais d’attente pour les patients et une baisse des revenus des médecins généralistes. Ils suggèrent d’explorer des modèles de rémunération qui prendraient en compte le travail administratif effectué en dehors des consultations. L’utilisation d’outils d’intelligence artificielle, tels que les scribes IA qui enregistrent les conversations et rédigent les notes cliniques, pourrait également alléger la charge de travail des médecins. Des outils d’aide à la rédaction des messages aux patients pourraient également s’avérer utiles.