Publié le 2024-02-29 00:00:00. Une étude du Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) révèle qu’une variante génétique commune pourrait augmenter le risque de développer une forme grave de la Covid-19, en affectant la réponse immunitaire initiale et favorisant une inflammation excessive.
- Une variante génétique présente chez environ une personne sur cinq est associée à un risque accru de Covid-19 grave.
- Cette variante affecte la capacité du corps à contrôler la réplication virale dès le début de l’infection.
- L’étude souligne que cette prédisposition génétique n’est qu’un facteur parmi d’autres, comme l’âge, le sexe et l’origine ethnique.
Des chercheurs du CSIC ont identifié une variation génétique qui pourrait expliquer pourquoi certaines personnes, notamment de jeunes individus sans antécédents médicaux particuliers, ont développé des formes sévères de la Covid-19 pendant la pandémie, alors que la majorité des cas étaient bénins. Cette découverte, publiée dans la revue scientifique iScience, ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre la diversité des réactions au virus SRAS-CoV-2.
L’étude se concentre sur le gène SV1, qui joue un rôle crucial dans la défense antivirale innée. Ce gène permet aux cellules de détecter le matériel génétique du SRAS-CoV-2 et de déclencher une réponse précoce pour limiter sa propagation. En temps normal, cette voie de défense agit comme un premier rempart contre l’infection.
Les chercheurs ont mis en évidence un polymorphisme héréditaire, connu sous le nom rs10774671, qui réduit l’efficacité de cette réponse initiale. Les individus héritant de deux copies de cette variante produisent une forme moins performante de la protéine OAS1, ce qui affaiblit leur capacité à contrôler la réplication virale dès les premiers stades de l’infection.
Cependant, les auteurs insistent sur le fait que cette variante génétique ne détermine pas à elle seule la gravité de la maladie. D’autres facteurs, tels que l’âge, le sexe ou l’appartenance ethnique, influencent également de manière significative l’évolution clinique.
« Avoir ce polymorphisme n’implique pas forcément qu’une forme grave de la maladie va se développer »,
Jordi Pérez-Tur, chercheur
Selon les chercheurs, le facteur génétique agit davantage comme un modulateur de risque qu’une cause unique. Il contribue à expliquer pourquoi certaines personnes sont plus susceptibles de développer des complications, mais ne les condamne pas inévitablement à une forme grave.
Pour parvenir à ces conclusions, l’équipe a analysé des échantillons génétiques de 342 patients âgés de 18 à 65 ans ayant été infectés par le virus. L’étude a combiné le séquençage du génome avec des expériences menées sur des cellules humaines et sur des modèles animaux génétiquement modifiés.
Les résultats obtenus sur les animaux ont montré que l’absence de certains gènes liés à cette voie antivirale est associée à une réponse inflammatoire plus intense, caractérisée par une augmentation des cytokines – des molécules qui, en excès, peuvent provoquer une inflammation incontrôlée.
Comprendre l’influence de la génétique sur la réponse au coronavirus est essentiel pour identifier les facteurs de vulnérabilité et orienter les stratégies de prévention face à de futures urgences sanitaires. Ce polymorphisme, d’origine évolutive ancienne, ne rend pas les porteurs particulièrement vulnérables, mais permet de mieux appréhender la diversité des réactions à une même infection.
Cette étude a bénéficié de la collaboration de plusieurs centres de recherche et hôpitaux, notamment l’Institut de Biomédecine de Valence (CSIC), l’Hôpital Général Universitaire d’Alicante et l’Hôpital La Fe à Valence, ainsi que de financements publics et européens.