Des agriculteurs syriens et palestiniens accusent Israël de pulvériser des produits chimiques sur leurs terres, détruisant des récoltes et menaçant leurs moyens de subsistance. Ces opérations, qui se multiplient depuis la chute du régime syrien en décembre 2024, suscitent des inquiétudes quant à leurs motivations et à leurs conséquences sur la sécurité alimentaire et l’environnement.
Dans le gouvernorat de Quneitra, au sud de la Syrie, des images et des témoignages recueillis par nos Observateurs montrent des avions israéliens volant à basse altitude et pulvérisant des substances chimiques sur des zones agricoles. Plusieurs agriculteurs affirment que ces opérations ont eu lieu les 25, 27 et 30 janvier 2026, le long de la ligne Alpha, qui marque la frontière avec le plateau du Golan occupé par Israël.
« Dix jours après le survol des avions, tout était jaune, puis tout est mort », témoigne Abou Salah, un agriculteur d’Al-Razaniyeh, à Quneitra. « J’ai perdu 75 hectares de blé, toute ma récolte a disparu. Nous avons emprunté de l’argent pour faire ces cultures, et aujourd’hui, nous avons encore plus de dettes. »
Le ministère syrien de l’Agriculture a effectué des tests à Quneitra qui n’ont révélé aucun niveau de toxicité aiguë, sans toutefois préciser la nature des produits chimiques pulvérisés. La chaîne de télévision israélienne i24News a rapporté le 2 février que l’armée israélienne utilisait des herbicides pour éliminer la végétation susceptible de dissimuler des combattants près des frontières syrienne et libanaise. L’armée israélienne n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Des images satellite analysées par He Yin, spécialiste des images satellite à la Kent State University, montrent une dégradation significative de la couverture végétale autour du village de Kodna à partir du début de 2025. « La conclusion la plus claire est que la couverture végétale autour de Kodna est devenue nettement moins « saine » à partir du début de 2025 et est restée dégradée jusqu’au début de 2026 », explique-t-elle.
Hassan, un autre agriculteur de la région, décrit une situation désespérée : « J’ai perdu 80 hectares de terre. Tout ce que j’avais planté est devenu jaune. Même les oliviers ont commencé à perdre leurs feuilles. Ils ont abattu tous les arbres après la chute du régime syrien, puis ils ont tout pulvérisé. »
Par ailleurs, des agriculteurs de la région de Masafer Yatta, en Cisjordanie, signalent des incidents similaires, accusant des colons israéliens de pulvériser des produits chimiques sur leurs cultures en février 2026. Hussein Shanaran, un agriculteur de la région, affirme avoir perdu 20 hectares de blé et d’orge après que des colons ont aspergé ses terres avec des produits chimiques, d’abord manuellement, puis à l’aide de drones.
« Nous avons porté plainte contre les colons », déclare-t-il. « Le ministère palestinien de l’Agriculture est venu prélever des échantillons et a promis une compensation. »
Les autorités israéliennes n’ont pas fait de déclaration publique sur ces opérations, laissant planer le doute sur leurs objectifs. Au Liban, des responsables locaux interprètent ces incidents dans le contexte des tensions avec le Hezbollah et des opérations militaires israéliennes visant le groupe chiite.