Publié le 2024-02-29 10:00:00. Olaf Dupke, confronté à un second cancer en quelques années, témoigne de son combat et de l’importance de l’état d’esprit face à la maladie, tout en soulignant les limites de l’optimisme comme remède unique.
- L’état psychologique peut améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer, mais ne guérit pas la maladie.
- Il est crucial de ne pas réprimer ses émotions face au cancer, mais d’apprendre à les gérer.
- L’entourage joue un rôle essentiel dans la façon dont les patients vivent leur maladie, avec un risque de pression à rester constamment positif.
À 54 ans, Olaf Dupke a reçu un nouveau diagnostic de cancer de l’estomac, quelques années seulement après avoir vaincu une leucémie (cancer du sang) grâce à quatre cycles de chimiothérapie. Initialement consulté pour une toux persistante, il a appris que sa tumeur appuyait sur son diaphragme. « Mon monde s’est effondré », confie-t-il, après avoir subi huit traitements de chimiothérapie supplémentaires et deux interventions chirurgicales.
Malgré ce nouveau coup dur, Olaf Dupke refuse de se laisser abattre. « Abandonner n’est pas une option », affirme-t-il, soutenu par sa femme et ses deux enfants. Il aborde cette épreuve avec un mélange de détermination et d’acceptation : « Je ferai de mon mieux et le reste, c’est le destin. Mais je ne veux jamais me blâmer de ne pas avoir tout donné. »
Pas de guérison par l’optimisme
Si la pensée positive est reconnue pour son impact sur la santé, notamment en réduisant le stress et en renforçant le système immunitaire, les mécanismes précis qui relient le cerveau et le corps restent encore mal compris. Des recherches récentes suggèrent un lien entre l’état d’esprit et le cancer. Une étude de l’Université technique d’Israël (2018) a démontré que la stimulation du centre de récompense dans le cerveau de souris rendait leur système immunitaire plus efficace pour combattre des tumeurs pulmonaires, réduisant leur taille de moitié en deux semaines.
Toutefois, il serait illusoire de croire que le cancer peut être vaincu uniquement par la pensée positive. « Le cancer n’est pas un exercice mental, mais une maladie biologique », explique Till Johannes Bugaj, directeur médical principal de la clinique externe psycho-oncologique du Centre national des maladies tumorales (NCT) de Heidelberg. « Il ne suffit pas de penser correctement pour que le cancer disparaisse. Il n’existe pas de guérison directe d’une tumeur par des pensées positives ou par l’optimisme. »
Le psycho-oncologue reconnaît néanmoins que l’état psychologique influence la façon dont les patients vivent la maladie. Un bon état d’esprit peut atténuer l’anxiété et la dépression. Cependant, des phrases de motivation bien intentionnées, telles que « Restez positif », peuvent s’avérer contre-productives : « Cela met beaucoup de pression sur les malades car la conclusion inverse qui s’ensuit est la suivante : si la tumeur progresse, j’ai probablement échoué parce que je n’étais pas assez positif. »
Ressentir, classer et réguler les sentiments
Till Johannes Bugaj accompagne psychologiquement les personnes atteintes de cancer et leurs proches, les aidant à faire face aux bouleversements de la maladie. Son approche consiste à renforcer leur capacité à réguler leurs émotions, plutôt que de leur imposer une attitude particulière. Il souligne l’importance de reconnaître et d’accepter les sentiments, qu’il s’agisse de peur, de tristesse, de colère ou d’impuissance, comme des réactions normales à une situation exceptionnelle.
« Une attitude durable se développe rarement sous la pression, mais plutôt là où l’espace intérieur surgit. »
Johannes Bugaj, psychologue
La régulation émotionnelle passe par la reconnaissance des sentiments, leur classification et l’adoption de techniques de gestion du stress, telles que des exercices de respiration et de relaxation. Il est essentiel de ne pas refouler ses émotions, mais de ne pas se laisser submerger par elles.
La famille donne de la force
Olaf Dupke puise également sa force dans sa famille. Ses enfants lui ont confectionné un coffret rempli de citations encourageantes, tandis que sa femme lui a offert un guide de voyage, l’invitant à imaginer de futures destinations pour maintenir son moral. Il trouve également du réconfort dans son livre, « Journal d’un oiseau : celui qui a décidé de survivre au cancer », dans lequel il relate son expérience avec la leucémie. « Je voulais transmettre ma propre force pour pouvoir être un compagnon pour d’autres qui n’ont peut-être pas cette force et cette attitude positive », explique-t-il.
Selon le psycho-oncologue Bugaj, l’entourage joue un rôle crucial dans la façon dont les patients vivent leur maladie. La famille, les amis et les connaissances peuvent exercer une influence positive ou négative, parfois en exerçant une pression implicite pour que les patients restent forts et optimistes. Il souligne que l’état d’esprit ne se forme pas dans le vide, mais en interaction avec les autres.
Des chercheurs de l’Université de Stanford aux États-Unis ont développé un cours interactif en ligne pour influencer l’état d’esprit des patients atteints d’un cancer à un stade précoce. Une étude (2023) publiée dans la revue « Psycho-Oncology » a révélé que ce cours pouvait améliorer la qualité de vie des patients de 10 pour cent et même avoir un impact sur les symptômes physiques.
Le cancer comme compagnon temporaire
Olaf Dupke aborde son combat contre le cancer avec une philosophie particulière : « Je n’essaie jamais de dire que j’ai un cancer, parce que « avoir » signifie « posséder » et je ne veux pas le posséder. Au lieu de cela, je dis qu’il m’accompagne pendant une partie de ma vie et qu’à un moment donné, nos chemins se séparent à nouveau. » Il partage son expérience en tant que conférencier, espérant inspirer d’autres patients et leurs familles.