Publié le 24 février 2026 à 06h49. La mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du puissant Cartel Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), a déclenché une vague de violence dans une vingtaine d’États mexicains, mettant à l’épreuve la sécurité du pays à l’approche de la Coupe du monde de football 2026.
- L’opération militaire qui a mené à la mort d’El Mencho a provoqué des incendies de véhicules, des blocages routiers et des attaques dans plusieurs États.
- Les experts soulignent que l’élimination d’un chef de cartel ne garantit pas l’affaiblissement de l’organisation criminelle, qui pourrait se fragmenter ou voir ses territoires redistribués.
- Le gouvernement mexicain présente cette opération comme une victoire majeure, mais certains analystes mettent en garde contre un risque de célébration prématurée sans s’attaquer aux racines du problème.
L’armée mexicaine a annoncé dimanche dernier la mort de Nemesio Oseguera Cervantes, figure emblématique du crime organisé au Mexique. « El Mencho », à la tête du Cartel Jalisco Nouvelle Génération, dirigeait l’une des organisations criminelles les plus puissantes du pays, avec une présence étendue sur le territoire national et des ramifications internationales. Cette opération constitue, selon le gouvernement mexicain, un coup majeur porté au crime organisé.
Pour Sandra Ley, politologue et experte en sécurité à l’Institut technologique de Monterrey, il s’agit de « l’arrestation la plus importante que nous ayons eue depuis des décennies en raison de la taille du CJNG et de sa portée nationale et internationale ». Toutefois, elle nuance son propos en soulignant que l’impact structurel de cette opération sera limité si elle n’est pas accompagnée d’autres mesures.
Le CJNG réagit avec violence
Les conséquences immédiates de la mort d’El Mencho se sont rapidement manifestées. Des blocages routiers, des incendies de véhicules et des attaques ont été signalés dans plusieurs États, témoignant de la capacité du CJNG à réagir même en l’absence de son chef historique. Selon Sandra Ley, « les décapitations des cartels s’accompagnent généralement d’escalades de violence », en particulier lorsque des actions parallèles de prévention ou de démantèlement des réseaux de protection ne sont pas mises en œuvre.
Günther Maihold, politologue allemand spécialiste du Mexique à l’Institut d’études latino-américaines de l’Université libre de Berlin, souligne également que la mort d’El Mencho n’implique pas nécessairement l’affaiblissement du cartel. Il explique que
« le patron est arrêté ou tué et le cartel continue de fonctionner ; le business continue parce que les structures ne sont pas touchées »
Günther Maihold, politologue
Victoire totale ou victoire à la Pyrrhus pour le gouvernement ?
Le gouvernement de Claudia Sheinbaum présente cette opération comme une démonstration de la capacité de l’État à faire respecter la loi. Javier Oliva Posada, expert en sécurité à la Faculté des sciences politiques et sociales de l’UNAM, estime qu’il s’agit d’une « victoire structurelle pour l’État mexicain » et d’un signe que « d’autres dirigeants peuvent également être traduits en justice ».
Günther Maihold, cependant, appelle à la prudence. Il considère que cette opération n’est que « le début d’une tâche beaucoup plus vaste » et qu’il existe un risque de célébrer un succès médiatique sans s’attaquer aux fondements du pouvoir criminel.
Fragmentation et lutte pour le contrôle des territoires
L’un des scénarios les plus probables est la fragmentation interne du CJNG. Günther Maihold envisage trois possibilités : une succession ordonnée, une rupture interne violente ou une redistribution territoriale entre groupes rivaux. Il prévient que « le degré de confrontation pourrait s’accroître », dans un contexte où différents acteurs criminels chercheraient à contrôler les routes et les marchés.
Sandra Ley confirme que la concurrence criminelle est aujourd’hui « l’un des facteurs les plus importants dans le recours à la violence », ce qui augmenterait le risque pour la population civile dans les semaines à venir.
Cette opération s’inscrit dans un contexte de coopération accrue avec les États-Unis. Toutefois, Günther Maihold doute de son impact sur la consommation de drogue au nord de la frontière. Il affirme que
« la mort d’un patron ne va pas influencer la consommation »
Günther Maihold, politologue
, ajoutant que le véritable défi reste de briser les liens entre le crime organisé, la politique et la justice, un domaine dans lequel le Mexique « a évité d’agir en coulisse ».
La Coupe du monde 2026 menacée ?
À l’approche de la Coupe du monde de football 2026, la question de la sécurité est au cœur des préoccupations. Javier Oliva Posada exclut, pour l’instant, un risque accru pour les visiteurs et les supporters, assurant que « les conditions sont réunies pour garantir la sécurité » pendant le tournoi.
Günther Maihold reconnaît que la violence actuelle relève d’une « démonstration de force » spécifique et non d’une stratégie durable, tout en reconnaissant que le sentiment d’insécurité demeure prégnant au sein de la population.
Au-delà des gros titres, la mort d’El Mencho représente un scénario complexe : bien qu’elle constitue une victoire symbolique et tactique, elle pourrait ouvrir une période de réajustements violents et de défis plus profonds pour la politique de sécurité mexicaine. Le véritable enjeu reste de démanteler les réseaux qui soutiennent le crime organisé, et pas seulement ses figures de proue.
(chp)