Home Économie à Saint-Malo, la bataille contre Airbnb sert de modèle… mais ne suffit pas

à Saint-Malo, la bataille contre Airbnb sert de modèle… mais ne suffit pas

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Publié le 21 février 2026 19h03. Saint-Malo, confrontée à la flambée des locations touristiques, a mis en place des mesures restrictives validées par la justice, mais la bataille pour préserver un tissu urbain vivant et accessible à ses habitants est loin d’être gagnée, au cœur même de la campagne municipale.

  • Saint-Malo a instauré des quotas et un enregistrement obligatoire pour les locations de courte durée, une réglementation pionnière qui a inspiré la loi dite « Le Meur ».
  • La ville interdit désormais toute nouvelle construction destinée à une résidence secondaire dans les quartiers en développement ou en rénovation.
  • Les commerçants et habitants expriment des avis partagés sur l’efficacité de ces mesures, entre crainte d’un impact négatif sur le tourisme et nécessité de préserver le cadre de vie local.

Après avoir expérimenté une forte augmentation des locations de courte durée, Saint-Malo a pris des mesures drastiques pour limiter l’impact d’Airbnb et autres plateformes sur le marché immobilier local. La ville a imposé un enregistrement obligatoire pour les propriétaires louant leur logement à des touristes, limité cette activité à un seul logement par propriétaire et fixé des quotas par zone géographique. Dans le quartier emblématique des remparts, par exemple, seuls 12,5 % des logements peuvent désormais être dédiés à la location touristique.

Ces mesures, initialement contestées en justice par des propriétaires, ont été validées par le tribunal administratif en 2024 et ont servi de modèle pour la loi « Le Meur », encadrant les meublés touristiques au niveau national depuis l’année dernière. Le maire de Saint-Malo, Gilles Lurton (LR), candidat à sa réélection en mars prochain, souligne l’urgence de la situation : « Quand vous construisez 500 logements, environ 300 ne servent pas à loger des habitants permanents. »

Si l’édile estime que ces mesures ont permis de « stabiliser la situation » et d’éviter une augmentation encore plus forte du nombre de logements dédiés au tourisme, il reconnaît ne pas pouvoir chiffrer précisément le nombre de logements rendus à l’habitat permanent. Jérôme Lebrun, gérant d’un grand cabinet immobilier malouin et président de la chambre Fnaim pour la Bretagne, nuance cet optimisme : « Je n’ai pas plus de logements à louer à l’année aujourd’hui. » Il pointe « l’effet pernicieux » d’une régulation qui a « un peu pénalisé tout le monde », notamment les propriétaires « qui louaient pour couvrir leurs charges », ainsi que l’écosystème de la location saisonnière qui « a pris un coup ».

Airbnb assure quant à elle ne pas avoir constaté « d’évolution récente significative du volume d’offres » depuis l’application de la loi « Le Meur ». La plateforme reconnaît toutefois que « les quotas par quartier constituent une solution adaptée » à des villes comme Saint-Malo.

Face à ces difficultés persistantes, la commune a décidé, à l’image de Cancale (Ille-et-Vilaine), de s’attaquer directement aux résidences secondaires. Fin 2025, elle a modifié son plan local d’urbanisme pour interdire toute construction destinée à une résidence secondaire dans les nouveaux quartiers ou ceux en reconversion. Cette mesure ne concerne pas les logements existants ou les projets en cours, mais uniquement les nouvelles constructions, soit environ 3 000 logements potentiels, selon la municipalité.

La question du logement est au cœur des préoccupations des habitants. Véronique Descamps, qui a réussi à interdire la location courte durée dans son immeuble après des années de procédures, insiste sur la nécessité de préserver l’attractivité résidentielle de Saint-Malo : « Saint-Malo doit rester une ville à vivre », affirme-t-elle, dénonçant une transformation « au profit de ceux qui n’y vivent pas » et comparant la situation à celle de Venise.

Les avis divergent cependant. Claire Guinemer, poissonnière dans le centre historique fortifié et pilier de l’association des commerçants, dénonce « l’impact négatif » de la régulation. « Avec les quotas, l’activité a baissé presque tout de suite », selon elle. « Je suis un commerce de proximité, les gens qui louent des Airbnb sont toujours de très bons clients », affirme-t-elle, à l’instar d’autres commerçants du marché voisin.

« On ne pourrait pas vivre à l’année » sans cette clientèle touristique. « Il faut faire attention en légiférant à ne pas casser cet équilibre très fragile »

Claire Guinemer, poissonnière et commerçante

Simone Josselin, 92 ans, résidente de Saint-Malo depuis 1957, constate avec tristesse le dépeuplement du centre historique : elle est aujourd’hui la seule occupante permanente de son immeuble. Christian Bertheau, 75 ans, résident permanent, déplore également une « ville qui se vide » et où trop de volets restent fermés. Dans son immeuble, « cinq ou six » des huit appartements sont loués via Airbnb, sans qu’il ne constate de nuisances particulières.

« Mais on en souffre parce que c’est vide » toute la semaine l’hiver et que les commerçants disparaissent, s’empresse-t-il d’ajouter. Ce sujet, « les candidats aux municipales vont devoir s’en emparer. Ça jouera dans le vote »

Christian Bertheau, résident permanent

Saint-Malo et son agglomération ont accueilli 2,7 millions de visiteurs pour l’été 2025, dont 42 % de touristes étrangers. L’équilibre entre attractivité touristique et préservation du cadre de vie local reste donc un défi majeur pour l’avenir de la cité corsaire.

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