La Fed face à un dilemme : ralentissement de l’emploi contre inflation persistante
Face à des signes de ralentissement sur le marché de l’emploi américain et un risque d’inflation qui s’amenuise, la Réserve fédérale s’apprête à ajuster sa politique monétaire. Une nouvelle baisse des taux d’intérêt de 25 points de base est largement anticipée dès mercredi, et la banque centrale pourrait par la même occasion mettre un terme à son resserrement quantitatif (QT).
## L’emploi, nouveau cheval de bataille de la Fed
Malgré une croissance économique jugée satisfaisante et des marchés boursiers florissants, le marché anticipe avec une quasi-certitude une nouvelle baisse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale. Une première réduction de 25 points de base est attendue dès cette semaine, suivie potentiellement d’une autre en décembre. Cette orientation restrictive semble d’autant plus justifiée que l’inflation, bien que toujours présente, ne progresse pas aussi agressivement que redouté. Les tarifs douaniers, source de préoccupation majeure, semblent avoir un impact plus modéré sur les prix que prévu, les entreprises américaines parvenant à absorber une partie des surcoûts en diversifiant leurs fournisseurs.
Cependant, le tableau économique est terni par des indicateurs d’emploi inquiétants. Les données indirectes suggèrent une détérioration du marché du travail, avec des pertes d’emplois nettes enregistrées sur plusieurs mois et un pessimisme croissant chez les ménages quant à l’évolution du chômage. Cette situation menace directement l’un des objectifs fondamentaux de la Fed : la maximisation de l’emploi. Un chômage accru pourrait freiner l’économie et compliquer la tâche de la banque centrale pour maintenir l’inflation à son objectif de 2 % à moyen et long terme.
## Le QT, un outil sous surveillance
Parallèlement aux taux d’intérêt, la Réserve fédérale pourrait également modifier sa stratégie de resserrement quantitatif (QT), qui consiste à réduire la taille de son bilan en laissant expirer des obligations sans les réinvestir. Actuellement, le bilan de la Fed s’élève à environ 10 % du PIB. La banque centrale cherche à maintenir un niveau de réserves bancaires suffisant pour assurer la stabilité du système financier. Les estimations suggèrent qu’une réduction supplémentaire d’environ 300 milliards de dollars pourrait être absorbée sans heurts.
À l’allure actuelle, les actifs vendus chaque mois permettraient d’atteindre ce niveau de confort dans environ un an. La Fed pourrait donc choisir de mettre fin à la vente des bons du Trésor. Concernant les titres adossés à des créances hypothécaires (MBS), un actif que la Fed souhaiterait idéalement ne plus détenir, plusieurs options s’offrent à elle. Elle pourrait continuer à les laisser mûrir, ou envisager une stratégie plus complexe consistant à vendre des MBS tout en achetant des bons du Trésor ou des bons du Trésor, une mesure qui ne serait pas interprétée comme un assouplissement quantitatif.
## Un dollar en attente de confirmation
Le dollar américain observe avec fébrilité les prochaines annonces de la Fed. Si la perspective d’une baisse des taux est déjà intégrée par le marché, l’orientation future de la politique monétaire et les données économiques seront déterminantes. Les retards de publication des statistiques officielles dus à la fermeture du gouvernement américain avaient initialement soutenu le dollar, mais un retour à la normale de la diffusion des données pourrait redonner de l’élan à une faiblesse structurelle, particulièrement à l’approche de la fin d’année, saisonnalement moins favorable à la devise américaine. L’objectif de 1,20 euro pour un dollar fin décembre reste une projection plausible.