Publié le 2025-11-03 02:17:00. Les accoucheuses pratiquant des « naissances libres » pourraient faire face à des sanctions pénales en Australie-Méridionale, une initiative qui suscite le débat national quant à la sécurité des pratiques d’accouchement non conventionnelles.
- En Australie-Méridionale, des amendes pouvant atteindre 30 000 dollars australiens (AUD) ou des peines de prison de 12 mois sont envisagées pour les accoucheuses dont les pratiques sortent du cadre réglementé.
- Le gouvernement victorien a annoncé qu’il réexaminerait le modèle sud-australien, après des préoccupations soulevées par des organisations professionnelles de sages-femmes et de gynécologues.
- Ces derniers estiment que les accouchements sans personnel médical qualifié qualifié, souvent appelés « naissances libres », mettent en danger la vie des mères et des nouveau-nés.
La controverse autour des « naissances libres », concept où les femmes choisissent d’accoucher sans intervention médicale professionnelle, s’intensifie en Australie. Le RANZCOG (Collège royal australien et néo-zélandais des gynécologues et obstétriciens) et le Collège australien des sages-femmes (ACM) ont exprimé leurs inquiétudes quant à la sécurité de ces pratiques. Un porte-parole du gouvernement victorien a indiqué que sa juridiction allait étudier les restrictions mises en place en Australie-Méridionale.
La Dr. Nisha Khot, présidente du RANZCOG, a souligné que de nouvelles lois nationales pourraient aider à prévenir les complications liées à des accouchements assistés par des individus non qualifiés. « Nous avons réussi à réduire la mortalité maternelle ces dernières années grâce à des soins axés sur la sécurité. La naissance libre va à l’encontre de tous nos efforts pour garantir la sécurité des mères et des bébés », a-t-elle déclaré, qualifiant cette approche de « situation vraiment dangereuse ».
Les statistiques du tribunal des coroner de Victoria révèlent une réalité préoccupante : entre 2015 et le 20 août 2025, six bébés sont décédés dans le cadre de naissances libres. De plus, quatre autres décès ont été enregistrés lors d’accouchements à domicile planifiés avec personnel médical, deux lors d’accouchements à domicile planifiés sans ce personnel, et 15 suite à des accouchements à domicile non planifiés, souvent dus à des naissances prématurées.
En Nouvelle-Galles du Sud, où la « naissance libre » n’est pas formellement enregistrée, une enquête de l’ABC en 2024 a mis en lumière au moins 10 incidents catastrophiques. Deux accoucheuses ont même été mises en examen pour homicide involontaire suite au décès d’un nourrisson dans le nord de cet État.
Ces lois sud-australiennes font suite à des constatations judiciaires concernant trois décès de nourrissons non liés entre eux. La Dr. Zoe Bradfield, présidente de l’ACM, a affirmé que son organisation respectait le droit des femmes à l’autonomie lors de l’accouchement. Cependant, elle a ajouté : « L’harmonisation de la législation nationale, telle que proposée, garantira que toutes les femmes puissent avoir confiance dans la transparence, la sécurité et la responsabilité des soins pendant l’accouchement, de la même manière, dans toute l’Australie. » Elle a également tenu à distinguer la « naissance libre » de l’accouchement à domicile encadré, une option soutenue par de nombreuses maternités mais dont la demande excède actuellement la capacité d’accueil.
Les programmes d’accouchement à domicile en milieu hospitalier sont réservés aux femmes considérées comme présentant un faible risque et nécessitent la présence de deux professionnels de santé qualifiés et agréés. « Nous disposons en Australie de cliniciens parmi les plus compétents au monde et d’un enseignement de niveau international en matière de sages-femmes. C’est pourquoi l’accouchement à domicile y est sûr », a précisé Dr. Bradfield. Elle a néanmoins constaté « une augmentation du nombre d’accouchements assistés par des personnes sans qualifications ni compétences, s’orientant potentiellement vers un espace où elles offrent des conseils, voire des soins cliniques, ce qui sort de leur compétence. Nous en avons vu les conséquences malheureuses. »
La demande pour les accouchements à domicile a doublé depuis la pandémie, représentant toutefois une faible proportion des naissances australiennes, jusqu’à 2%. Selon Dr. Bradfield, le manque d’accès aux programmes hospitaliers pour certaines femmes, notamment en raison de leur localisation géographique, est une des raisons pour lesquelles elles se tournent vers la « naissance libre ». « Nous devons réellement œuvrer à élargir le modèle de soins auquel les femmes souhaitent accéder. Il existe une demande claire pour l’accouchement à domicile, et bien qu’encore faible, elle a doublé en peu de temps », a-t-elle insisté. « Les femmes souhaitent et exigent la continuité des soins par une sage-femme qu’elles connaissent. »
Le gouvernement de Victoria, tout en reconnaissant les différentes préférences des mères en matière d’accouchement, a rappelé que « sans la présence d’une sage-femme agréée ou d’un clinicien qualifié lors de l’accouchement, la vie d’une mère et de son bébé peut être gravement mise en danger ». Il encourage les personnes envisageant une « naissance libre » à privilégier les services d’accouchement à domicile des hôpitaux de l’État.
Le ministère fédéral de la Santé, du Handicap et du Vieillissement a réagi à la lettre du RANZCOG/ACM en réaffirmant son soutien à l’implication active des femmes dans les décisions concernant leurs soins, tout en déconseillant fortement la « naissance libre ». « Les femmes souhaitant accoucher à domicile devraient consulter un professionnel de santé. Les doulas ne sont pas des professionnels de santé reconnus et ne sont pas réglementées par l’Australian Health Practitioner Regulatory Agency (AHPRA) », a précisé le communiqué. Il a toutefois rappelé que les doulas sont légalement tenues de se conformer au Code national de conduite des travailleurs de la santé, qui établit des normes minimales obligatoires pour protéger le public.