Alors que la saison hivernale approche à grands pas, les infections respiratoires, dont la grippe, font leur grand retour et préoccupent les autorités sanitaires. Une nouvelle étude met en lumière un risque accru de maladies cardiovasculaires, notamment de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux, suite à une infection grippale, un phénomène également observé après une infection au Covid-19.
- L’incidence de la grippe saisonnière s’accentue avec l’arrivée de l’automne et de l’hiver.
- Une infection grippale multiplie par six le risque de subir une crise cardiaque dans le mois qui suit la maladie.
- Le risque de complications cardiovasculaires post-Covid-19 est quant à lui doublé.
Les services d’urgence constatent une augmentation des admissions de patients, une tendance accentuée par la circulation des nouvelles sous-variantes d’Omicron (Nimbus NB.1.8.1 et Stratus XFG) qui ont déjà provoqué une vague estivale. Les experts alertent sur la recrudescence des cas de grippe, une maladie saisonnière qui, comme le souligne le Professeur Ertuğrul Okuyan, spécialiste en cardiologie, peut parfois évoluer vers des pandémies.
Une méta-analyse de grande ampleur, couvrant plusieurs décennies et publiée dans le *Journal of the American Heart Association*, révèle que les infections virales, qu’il s’agisse du Covid-19 ou de la grippe, augmentent significativement le risque de pathologies cardiovasculaires, tant à court qu’à long terme. La découverte la plus alarmante concerne la grippe, qui verrait le risque de crise cardiaque multiplié par six dans le mois suivant l’infection. Pour le Covid-19, ce risque est quasi doublé par rapport aux personnes non infectées.
Le Dr Scott Roberts, du département de prévention des infections à la Yale School of Medicine, confirme la compatibilité de ces données avec les observations cliniques. Il explique que les virus respiratoires peuvent affecter le cœur de deux manières : soit en déclenchant une réaction inflammatoire et une coagulation dues à une réponse immunitaire exagérée, soit en attaquant directement le tissu cardiaque.
« Malheureusement, de nombreuses infections peuvent affecter le cœur. »
Dr Scott Roberts, Yale School of Medicine
Le Dr Kosuke Kawai, de la David Geffen School of Medicine de l’UCLA et auteur principal de l’étude, insiste sur le fait que ce risque cardiovasculaire ne concerne pas uniquement les personnes souffrant de maladies chroniques. Les individus jeunes et en bonne santé ne sont pas épargnés et doivent également prendre des mesures de prévention.
« Les individus jeunes et en bonne santé peuvent également courir un risque plus élevé après une infection. Par conséquent, tout le monde doit prendre des mesures de protection. »
Dr Kosuke Kawai, UCLA
Interrogé sur la situation en Turquie, le Professeur Ertuğrul Okuyan constate une reprise des cas de grippe, plus marquée avec la levée des mesures sanitaires qui avaient permis de limiter sa propagation durant la pandémie de Covid-19. Bien que l’activité grippale soit en hausse mondiale, les autorités turques ne signalent pas de tendance différente de celle des années précédentes.
Le Professeur Okuyan précise que ce risque accru d’événements cardiovasculaires aigus, particulièrement marqué durant le premier mois post-infection, est une réalité clinique. Il souligne que les personnes déjà atteintes de maladies cardiaques, de diabète non contrôlé ou d’hypertension artérielle sont plus vulnérables.
« Les infections par la grippe et le coronavirus créent un risque accru d’événements cardiovasculaires aigus. Ce risque est particulièrement évident au cours du premier mois qui suit l’infection. Nous rencontrons de tels patients de temps en temps. Nous rencontrons particulièrement cette situation davantage chez les patients souffrant d’une maladie cardiaque connue, d’un diabète non contrôlé et d’une hypertension. »
Prof. Dr. Ertuğrul Okuyan, cardiologue
Les mécanismes expliquant ces complications varient : soit une réponse immunitaire disproportionnée qui provoque une inflammation des parois vasculaires et favorise la formation de caillots, soit une attaque directe du virus sur le tissu cardiaque, pouvant entraîner une myocardite (inflammation du muscle cardiaque).
Les personnes atteintes de maladies chroniques (cardiaques, hypertension, diabète), les plus de 65 ans, les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes, les professionnels de santé, les personnes immunodéprimées, les diabétiques, ainsi que les personnes en surpoids et sédentaires sont particulièrement invités à faire preuve de vigilance.
Les chercheurs insistent sur l’importance des stratégies préventives comme la vaccination et les traitements antiviraux pour réduire la charge des maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité mondiale. Le vaccin contre la grippe, en prévenant l’infection, permettrait ainsi de diminuer le risque de complications cardiaques.
« Les vaccins préviennent non seulement les infections, mais peuvent également réduire le risque de maladies cardiovasculaires. »
Dr Scott Roberts, Yale School of Medicine
« La méthode la plus efficace pour réduire les hospitalisations liées au coronavirus et prévenir la mortalité est la vaccination, en particulier pour les groupes à risque. Lorsque vous prévenez la grippe par la vaccination, vous éviterez également les complications, notamment les complications [cardiovasculaires]. »
Prof. Dr. Ertuğrul Okuyan, cardiologue
Enfin, il est rappelé aux personnes présentant des symptômes tels que palpitations cardiaques, douleurs thoraciques ou essoufflement après une infection, de consulter impérativement un médecin.