Publié le 2025-11-06 12:03:00. Une reprise potentielle des essais d’armes nucléaires, évoquée par Donald Trump, soulève des inquiétudes internationales, malgré le traité d’interdiction complet non encore entré en vigueur. Cette perspective met en lumière les défis de modernisation des arsenaux nucléaires et la zone grise des tests « sous-critiques ».
- Le premier essai nucléaire, « Test Trinity », a eu lieu le 16 juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique.
- Les États-Unis ont mené plus de mille essais avant l’interdiction légale de 1992.
- Le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), rédigé en 1996, n’est toujours pas en vigueur faute de ratifications.
L’annonce par Donald Trump de reprendre les essais nucléaires, citant le maintien de « programmes d’essais nucléaires » par « d’autres États », a suscité une vive inquiétude mondiale. Cependant, cette déclaration comporte des imprécisions. Ce ne sont pas les États-Unis, mais la Russie, qui détient le plus grand arsenal nucléaire mondial, qui a récemment pris des mesures concernant le traité interdisant ces essais. En outre, aux États-Unis, la responsabilité de la maintenance et des tests des armes nucléaires incombe au Département de l’Énergie, et non au Pentagone.
Le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a précisé que les activités actuelles portent sur les « tests de systèmes » et non sur des explosions nucléaires, se concentrant sur de nouveaux vecteurs et d’autres composants des armes, à l’exception de la tête explosive elle-même. La question demeure de savoir si cette distinction correspond à l’intention réelle du président américain.
Malgré une interdiction légale depuis 1992, les États-Unis ont maintenu une infrastructure dédiée aux essais d’armes nucléaires, incluant des laboratoires de recherche et le site de sécurité nationale du Nevada. Selon le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), la reprise d’un essai nucléaire complet ne serait pas immédiate et nécessiterait au moins trois ans de préparation.
Le défi de la modernisation et de l’entretien des arsenaux nucléaires sans procéder à de nouveaux essais concerne toutes les puissances nucléaires. La Russie et les États-Unis possèdent chacun plus de 5 000 têtes nucléaires, dont une grande partie est stockée depuis des décennies. Ces armes vieillissent, leurs composants fissiles pouvant se dégrader lentement et leurs pièces mécaniques et électroniques s’user, nécessitant une maintenance et un remplacement réguliers.
Une zone grise existe avec les essais dits « sous-critiques ». Ces tests, réalisés en profondeur, impliquent l’explosion d’explosifs chimiques contenant une faible quantité de plutonium. La masse de plutonium n’atteint pas la criticité nécessaire à une réaction en chaîne autonome, évitant ainsi une libération mesurable de radiations. Ces expériences permettent aux chercheurs d’étudier le comportement du plutonium et d’alimenter des simulations informatiques. Le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires ne définit pas précisément ce qui constitue un « essai nucléaire », laissant ainsi une marge d’interprétation pour les tests « sous-critiques », dont les États-Unis ont mené au moins 27, la dernière date officiellement enregistrée étant le 5 décembre 2012. La Chine et la Russie seraient également impliquées dans des tests similaires.
La perspective de tests « supracritiques », impliquant une réaction en chaîne auto-entretenue avec des matières nucléaires de qualité militaire dans un environnement contrôlé, est désormais sur la table. Des rapports américains de 2020 et 2022 suggéraient que Moscou et Pékin menaient déjà ce type de tests pour recueillir des informations. Donald Trump aurait fait allusion à ces rapports lorsqu’il a affirmé que la Russie et la Chine « mènent des tests en profondeur, là où les gens ne savent pas ce qui se passe ». Cependant, la possibilité de mener de tels tests à l’insu de la communauté internationale est un sujet de débat parmi les experts, d’autant plus que l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires dispose d’un réseau mondial de stations de surveillance.
Il est également possible que les déclarations de Donald Trump visent avant tout à tester des armes et leurs vecteurs, susceptibles d’être équipés d’ogives nucléaires en cas de crise. La Chine a considérablement augmenté sa flotte de silos de missiles balistiques intercontinentaux ces dernières années, et la Russie a récemment commandé des tests de systèmes de lancement. Le président russe Vladimir Poutine a même évoqué la possibilité de reprendre les essais d’armes nucléaires, son ministre de la Défense estimant qu’il est « conseillé de se préparer immédiatement à des essais nucléaires à grande échelle » compte tenu des actions récentes des États-Unis.